À l’heure du Mali : Anciens et nouveaux médias, vent debout

Il est bien loin ce temps où Radio Mali et L’Essor mobilisaient seuls tous les sens des citoyens maliens et façonnaient l’opinion. Jusqu’en 1983, lorsqu’ils furent rejoints par la télévision nationale. La nouvelle venue ne faisait qu’agrandir la famille des «médias publics».

Publié vendredi 12 décembre 2025 à 09:16
À l’heure du Mali : Anciens et nouveaux médias, vent debout

Ce long monopole céda brusquement la place à la première véritable transition médiatique au Mali, avec la libéralisation de la presse écrite en 1989 (arrivée de l’hebdomadaire Les Échos) et des ondes en 1991 (naissance de Bamakan). Le quotidien national se retrouve à paraître aux côtés de nouveaux titres, de plus en plus nombreux à la faveur de la démocratisation du pays. De même, Radio Mali doit changer de fusil d’épaule face à la multiplication des radios libres à Bamako et à l’intérieur du pays. Cette adaptation aboutit à la création de la Chaîne 2 en 1993.

 

À l’orée des années 2000 survient la deuxième transition médiatique, avec la pénétration d’Internet. Les médias classiques doivent «muter» ou affronter de nouveaux concurrents. Les premières plateformes d’actualités en ligne voient le jour : Maliweb, Afribone, Maliactu, Malijet. Elles reprennent les articles des journaux classiques ou produisent leurs propres contenus. Ces plateformes encouragent la création de blogs et posent les bases de la presse en ligne.

 

La naissance de la chaîne privée Africable Télévision sur satellite en 2004, facilitée par l’installation des distributeurs MMDS comme Multicanal (qui opérait déjà avec les paraboles dès la fin des années 1990), puis de Malivision en 2002, amorce la troisième transition médiatique au Mali. La quatrième transition médiatique intervient avec l’arrivée des réseaux sociaux, principalement Facebook. Timides dans la création de sites web, plusieurs médias classiques y trouvent une facilité à installer des déclinaisons via des pages spécialisées.

 

Une nouvelle race d’acteurs émerge : les activistes- influenceurs. Les réseaux sociaux comme WhatsApp et TikTok donnent un caractère féroce aux transformations qu’ils induisaient. Cette quatrième transition, marquée par la floraison des réseaux sociaux, démocratise l’accès à l’information. Mais elle va livrer aussi le produit informationnel à toutes sortes de fabriques, aux mains d’amateurs, de pirates et d’imposteurs. Chaque citoyen, avec le clavier d’un téléphone, le micro et la caméra intégrés, se voit investi d’un diplôme imaginaire de journaliste ou de préposé à transmettre l’information.


De nouveaux médias foisonnent, de nouveaux acteurs pullulent, souvent peu ou mal formés. Devenus des dangers publics, ils manient une substance qui peut à tout moment se transformer en arme létale lorsqu’elle est mal utilisée. La transition médiatique en cours est plus brutale, nourrie par la désinformation qui alimente la mésinformation. Les activistes en usent pour polariser autour d’idées ou d’idéologies, laissant les citoyens désabusés. Entre ces vagues déferlantes de nouveaux 
médias et leurs animateurs, les médias classiques se cherchent, dans un instant de survie permanent.

 

Nous sommes loin des théories de Marshall McLuhan sur les médias «chauds» et «froids». Ces médias classiques, à leur apogée, avaient tout de même semé, dans le monde occidental, ce qu’Ignacio Ramonet appelait «la tyrannie de la communication », entre les fausses informations des « charniers de Timisoara» et les manipulations de la guerre du Golfe. Les citoyens n’avaient alors aucune emprise sur l’information. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, chacun peut s’en saisir.

Chaque citoyen, chaque activiste, chaque vidéaste devient un petit «Goebbels » en puissance. À travers les réseaux sociaux,  se joue chaque jour «le viol des foules », pour reprendre une partie du titre de l’ouvrage du Russe Serge Tchakhotine. Aujourd’hui, les fake news, qui semblent noyer de plus en plus les bonnes informations, 
participent à un véritable «viol des opinions». Et cela persiste en l’absence d’une régulation forte.

 

Le numérique semble-t-il prendre le droit de vitesse? Devant ce tableau contrasté, les médias classiques paraissent dépassés face aux transformations rapides des habitudes de consommation. Cela soulève de vrais débats, surtout dans un contexte de crise comme celui que vit le Mali et la sous-région sahélienne.

Faut-il recourir à un « journalisme patriotique » pour défendre la patrie face à la guerre de l’information ? La cabale médiatique ourdie contre le Mali ces derniers mois l’illustre parfaitement. La guerre hybride que nous subissons induit une guerre de l’information qui agit à la fois sur les conditions de travail de la presse, toutes obédiences confondues, et sur la condition même du journaliste et de l’acteur de presse.

Selon plusieurs témoins, cela laisse entrevoir une cloison de plus en plus étanche entre «journaliste» et «communicant». La transition médiatique que nous vivons est faite de turbulences pour le secteur et ses acteurs. Et les passes d’armes entre médias classiques et nouveaux sont truculentes. Entre résistance des premiers 
et persistance des seconds, vent debout, chacun cherche son chemin. Non sans devoir se transformer au quotidien, à la vitesse du numérique.

Alassane Souleymane

Lire aussi : Supposée libération de terroristes : La DIRPA dénonce une pure manipulation

Acculés par la pression militaire exercée par les Forces armées maliennes (FAMa), les groupes armés terroristes et leurs parrains se rabattent désormais sur le terrain médiatique pour tenter de déstabiliser notre pays. Cette dénonciation a été faite par le patron de la Direction de l’inf.

Lire aussi : Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme: Le rapport annuel d’activités 2025 remis au Garde des Sceaux

Les deux tomes du rapportLe rapport annuel d’activités 2025 constitue un document monumental de 1.087 pages, structuré en deux volumes distincts avec un premier tome de 381 pages consacré aux services centraux et un second tome de 706 pages dédié aux juridictions nationales..

Lire aussi : Un choc exogène lié aux tensions géopolitiques

La hausse des prix du carburant au Mali, observée il y a quelques jours, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes au sein de la population..

Lire aussi : À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon.

Lire aussi : Il y a 30 ans, la Flamme de la Paix à Tombouctou

Par décision N° 96-06 /PM du 26 Février 1996, il a été crée une Commission nationale d’organisation de la cérémonie «Flamme de la Paix» présidée par SEM Dioncounda Traoré, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration afri.

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Entre héritage des martyrs de 1991 et refondation de l’Etat

Trente-cinq ans après les évènements historiques de mars 1991, le Mali ne se contente plus de commémorer. Il s'interroge. À l'heure où la Transition place la souveraineté au cœur de l'action publique, la question de l'héritage des martyrs de la démocratie revêt une dimension nouvelle.

Les articles de l'auteur

À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon résonner sur un autre continent..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 31 mars 2026 à 11:33

Au Rebond : Le basket-ball, trésor vivant du Mali

Le jeudi 12 mars 2026, à 8h30, alors qu’au Mali commençait une journée ordinaire en plein Ramadan, une bataille épique se jouait à Wuhan, en Chine, à plus de douze mille kilomètres de Bamako. L’équipe nationale féminine senior affrontait la République tchèque pour son 2e match du tournoi qualificatif au Mondial prévu en Allemagne en septembre..

Par Alassane Souleymane


Publié vendredi 27 mars 2026 à 08:23

À l’heure du Mali : Le Président Goïta et les étrennes de l’Eid El-Fitr

S’il est un mot qui a résonné, comme de coutume, autour de la fête de l’Eid el-Fitr, c’est bien «selimafo» en bamanakan, «djingar goro» en sonraï, «korandje» en dogon, « juuldudi » en peulh ou encore «xa ke bire waaga» en soninké..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 24 mars 2026 à 09:17

À l’heure du Mali : Guerre Israël–Iran, si loin, si proche

Ce 11 mars, la deuxième guerre Iran–Israël comptera douze jours, égalant déjà celle de juin dernier. Au delà de ce seuil, l’incertitude sur sa fin ne fera que s’épaissir. Les États Unis, alliés d’Israël, avaient prédit une guerre éclair pour en finir avec le régime de Téhéran..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 10 mars 2026 à 08:37

À l’heure du Mali : De guerre lasse

En juin, c’était douze jours. Et maintenant, combien de temps durera l’affrontement entre Israël et l’Iran ? Ce que nous pensions n’être qu’une folie meurtrière passagère, avec son lot de morts et de destructions, n’aura offert que neuf petits mois de répit..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 03 mars 2026 à 08:16

Perspectives sahéliennes : Une diplomatie confédérale sans grain de sable

Qu’est-ce qu’une confédération, sinon «une ligue de nations ou d’États indépendants qui, tout en gardant leur autonomie, se réunissent pour former un gouvernement commun? » Les juristes peuvent en discuter les nuances, mais cette définition suffit à saisir la communauté de destin que le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont choisi d’amorcer pour le bonheur de leurs peuples..

Par Alassane Souleymane


Publié vendredi 27 février 2026 à 09:02

À l’heure du Mali : Le gouvernement réaménagé, entre continuité et confiance

De nouveaux ministres, de nouveaux ministres d’État et voilà le gouvernement Abdoulaye Maiga 2. Le Président de la Transition sait entendre ses compatriotes quant à la réorientation de l’action publique, incarnée par le pouvoir exécutif à travers le duo Chef de l’État et chef du Gouvernement. Ce jeudi 12 février 2026 a marqué un changement dans l’équipe du Premier ministre Abdoulaye Maïga..

Par Alassane Souleymane


Publié vendredi 13 février 2026 à 08:29

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner