Affaire Wave : Le décryptage dE Mamadou Coulibaly

L’expert en audit stratégique des filières économiques soutient que la régulation du secteur du mobile money au Mali nécessite d’équilibrer la concurrence, d’harmoniser les tarifs et de renforcer la sécurité des consommateurs

Publié mercredi 11 mars 2026 à 08:47
Affaire Wave : Le décryptage dE Mamadou Coulibaly

Le mobile money est devenu en si peu de temps un véritable moteur de transactions financières au Mali. Il facilite les envois d’argent au sein de la société, particulièrement entre les Maliens de la diaspora et leurs proches restés au pays. Aujourd’hui, la concurrence est forte entre les opérateurs historiques Orange Mali et Moov Africa (Malitel) et les nouveaux acteurs comme Sama money et Wave qui opèrent via le numérique.


Cette concurrence a pris récemment une tournure particulière avec la décision n°2026-0001/MIC-DGCC du 02 février 2026 de la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC). Celle-ci a sommé la société Wave Mali de «cesser immédiatement la pratique de vente à perte» sur ses services de transfert et de retrait d’argent.

En effet, selon la DGCC, l’opérateur Wave couvre elle-même le prélèvement obligatoire de 1%, destiné au fonds de soutien social contrairement aux autres acteurs du secteur comme Orange Money et Moov Money qui le prélèvent directement lors des transactions de leurs clients. Pour la DGCC, cela constitue une pratique de vente à perte et déséquilibre le marché.

Autrement dit, Wave Mali doit désormais prélever le 1% conformément à la réglementation sous peine de sanction, tout en conservant son attractivité au près des utilisateurs maliens. Depuis la publication de cette décision, chacun y va de son commentaire. Le sujet fait l’objet de débats sur les réseaux sociaux, dans les groupes de causerie et dans les bureaux. Si certains y voient une simple concurrence, d’autres évoquent des inquiétudes liées à la sécurité financière et au blanchissement de capitaux.

Pour éclairer la lanterne de nos lecteurs, nous avons approché Mamadou Coulibaly, expert et consultant en audit stratégique des filières économiques. Il livre son analyse sur le système mobile money dans notre pays.

 

RECOMPOSITION DU POSITIONNEMENT CONCURRENTIEL- De l’analyse de Mamadou Coulibaly, le mobile money a facilité l’inclusion financière dans notre pays en offrant des services financiers à une importante couche de la population jusqu’ici non bancarisée. Il rappelle de prime à bord que le secteur est encadré par deux régulateurs, d’abord le régulateur de la monnaie qui est la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Elle autorise l’émission de la monnaie électronique en partenariat avec une banque locale sous forme d’agrément.

La seconde entité est l’Autorité malienne de régulation des télécommunications et des postes (AMRTP) pour l’attribution d’un code USSD permettant l’accès sécurisé aux services financiers sans internet. Pour obtenir ce code, l’opérateur de la monnaie électronique doit soumettre un dossier, incluant son agrément afin d’obtenir un code court unique qui lui permet d’offrir des services financiers sécurisés.

Ainsi, après installation, pour grignoter des parts de marché à côté des deux gros opérateurs, Wave a pratiqué des tarifs de coûts bas selon la DGCC en prenant sur son compte, les frais de 1% appliqués sur la transaction en guise de fonds de soutien autorisé. Selon le diagnostic de l’expert, du point de vue mercantile et de la stratégie de marché, cette pratique de Wave pourrait être adossée à une destruction de la structure du marché avec la recomposition du positionnement concurrentiel.


«Dans une rupture stratégique pour des parts de marché, chaque opérateurs développe des stratégies en fonction de ses moyens pour définir sa politique commerciale», explique le spécialiste. De son avis, dans un secteur avec des barrières à l’entrée, tous les coups sont permis pour inverser la tendance du volume de transactions et de clients à sa faveur. «L’essentiel n’est pas la perte en tant que telle mais l’effet d’échelle pour compenser les pertes dans les transactions», soutient-il. 


En adoptant la stratégie de différenciation par les coûts, est-ce que cette politique est tenable pour Wave dans un secteur en pleine mutation? s’interroge l’expert qui rappelle l’exemple de Canal+ qui avait pratiqué la même politique auprès de ses clients pour les réabonnements de leurs tarifs audiovisuels avant de se raviser pour demander à ses clients de prendre en charge les frais de paiement de leurs factures. L’expert souligne que cette pratique n’a pourtant pas suscité beaucoup de débats ou de réactions de la part de ses autres concurrents comme Malivision ou Startimes.


Selon Mamadou Coulibaly, les secteurs à forte croissance sont à dominance impulsés par les lobbys pour influencer la taille et la croissance du marché à leur faveur. «En 2021, lors de l’arrivée de Wave sur le marché malien, ses concurrents avaient joué sur la tarification des frais d’envoi et de retrait impactant ainsi sur le début prometteur du pingouin. Cette pratique avait complètement déstabilisé la stratégie de marché de Wave. Cela avait même provoqué des suppressions de postes», relève-t-il.

De son point de vue la «vente à perte» par Wave, invoquée par la DGCC, peut se traduire par les difficultés de ses concurrents (Orange Money et Moov money) à s’aligner sur ses tarifs réduits. «Une régulation du marché a été jugée nécessaire par la DGCC pour éviter la domination des opérateurs par les coûts. Il peut s’agir aussi d’une volonté à garantir la sécurisation de la taxe de fonds de soutien», explique l’expert.


DROIT DES CONSOMMATEURS-Notre interlocuteur prévient que ce modèle économique risque de susciter un tarif plus élevé pour les usagers et constituer un frein à de nouveaux business modèles basés sur des innovations technologiques et financières. Selon l’expert, la spéculation autour de cette affaire crée un débat de fond entre la régulation et l’embellie du secteur qui, dans les jours à venir, pourrait subir les contrecoups de cette sanction.

L’expert en audit stratégique des filières économiques soutient que la régulation du secteur du mobile money au Mali nécessite d’équilibrer la concurrence, d’harmoniser les tarifs et de renforcer la sécurité des consommateurs. Il estime que le régulateur du marché doit veiller à une saine compétition entre les acteurs traditionnels et les nouveaux pour éviter la déstabilisation du secteur.  «Il est indéniable de garantir la stabilité financière avec des mesures fortes sur le cadre tarifaire uniforme, l’atomicité du marché, la protection des usagers pour accroître la confiance au système et favoriser l’interopérabilité des plateformes avec les banques locales dans le souci de booster l’inclusion financière», insiste Mamadou Coulibaly.

S’agissant de la sauvegarde du droit des consommateurs, l’expert indique qu’il s’agit d’une équation à plusieurs inconnues. D’abord, il faut connaître les avis des consommateurs et comprendre les liens relationnels entre les opérateurs dans le cadre des transactions. Selon lui, c’est très difficile dans ce sens, car la plupart des consommateurs jouent sur le volet coût et accessibilité du système de transfert avec les opérateurs du mobile money.


 La preuve, pourquoi un opérateur a plus d’utilisateurs qu’un autre ? La raison est simple et ce n’est autre que la proximité clientèle, la technologie, le marketing agressif et les gains des intermédiaires pour les services de transfert», explique-t-il, ajoutant qu’il est impossible de maîtriser ce circuit car même les désarrois des intermédiaires n’ont pas d’impact sur la transaction parce que le mobile s’est intégré dans notre quotidien.

Selon l’expert, la clé ne pourrait venir que de la transparence des frais entre les acteurs, la régulation du secteur avec la révision des textes réglementaires et la collaboration entre les régulateurs (Bceao, AMRTP et  DGCC) pour mieux surveiller la concurrence.

Babba COULIBALY

Lire aussi : Hydrocarbures : Plus de 737 camions citernes réceptionnés ce samedi

Plus de 737 camions citernes chargés du carburant sont arrivés ce samedi 16 mai dans les parkings de stationnement de Bamako. Cela sous l'escorte de nos Forces de Défense et de Sécurité..

Lire aussi : Kayes: Nette amélioration des stocks d'hydrocarbures avec des prix stables

Pour toute la région de Kayes, le stock de l'essence a été estimé à 3 055 295 litres contre 2 693 043 lors de la dernière évaluation, soit une hausse de 362 252 litres de plus correspondant à un taux de 13,45%..

Lire aussi : UEMOA : La 11e revue des réformes prévue du 05 mai au 16 juin

La Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) procédera avec les Gouvernements des Etats membres, à l’évaluation des résultats de la mise en œuvre des réformes, politiques, programmes et projets communautaires, du 05 mai au 16 juin 2026..

Lire aussi : FIPE-UEMOA : Un rendez-vous stratégique pour l’avenir économique régional

Dakar abritera du 24 au 26 juin prochain le premier Forum International de la Presse Économique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE-UEMOA) sous le haut parrainage du Président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA)..

Lire aussi : Boucle Nord 225 kV : Des projets de textes adoptés pour le financement partiel

Le Conseil des ministres vient d’adopter ce mercredi des projets de texte relatifs à la ratification des Accords de prêt, signés à Bamako, le 25 février dernier, entre le Gouvernement de la République du Mali et la Banque africaine de Développement pour le financement partiel du Projet de l.

Lire aussi : Sensibilisation au changement climatique : La radio, une arme efficace

Dans un pays où l’agriculture dépend fortement du climat, informer devient bien plus qu’un rôle médiatique, c’est un levier de transformation sociale et une condition de survie collective. Dans le combat quotidien contre les effets du changement climatique, les médias, en particulier la r.

Les articles de l'auteur

Hydrocarbures : Plus de 737 camions citernes réceptionnés ce samedi

Plus de 737 camions citernes chargés du carburant sont arrivés ce samedi 16 mai dans les parkings de stationnement de Bamako. Cela sous l'escorte de nos Forces de Défense et de Sécurité..

Par Babba COULIBALY


Publié samedi 16 mai 2026 à 11:48

Sécurité routière : Des données fiables pour mieux orienter les politiques publiques

Réunis à Bamako, les acteurs de la sécurité routière ont validé les statistiques 2025 des accidents de la circulation. L’objectif est de disposer de données fiables pour mieux orienter les politiques publiques et réduire la mortalité sur les routes. La rencontre s’est tenue hier au ministère des Transports et des Infrastructures..

Par Babba COULIBALY


Publié vendredi 24 avril 2026 à 08:07

Effondrement des immeubles : Les normes de construction en cause

Les accidents de chantier se multiplient à un rythme inquiétant. Et pourtant, l’habitat ne doit pas être une source d’insécurité, mais de bien-être familial et collectif dans un environnement agréable à vivreUn bâtiment s’est effondré en 2013 dans la zone ACI 2000 à Hamdallaye.

Par Babba COULIBALY


Publié mercredi 08 avril 2026 à 07:49

Mines : Le Réseau des artisans miniers de l'AES rencontre le ministre Amadou Keïta

Le Réseau des artisans miniers de l’Alliance des États du Sahel ( RAM-AES) a été présenté vendredi dernier au ministre des Mines, Pr Amadou Keïta, lors d’une audience. La délégation était conduite par Amadou Sanoussi Daffé, président de ce réseau non moins président de la Confédération nationale des sociétés coopératives des orpailleurs du Mali (Cnscom-Coop-CA).

Par Babba COULIBALY


Publié samedi 04 avril 2026 à 13:25

Commerce : Le Mali a importé 105 millions de litres de carburant en mars

Cette quantité importante d’hydrocarbures a été acheminée dans notre pays par 2.200 camions citernes, a affirmé hier le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, lors de sa rencontre avec les groupements professionnels du pétrole.

Par Babba COULIBALY


Publié vendredi 03 avril 2026 à 08:48

Farine et pain : Les prix restent inchangeables

Malgré la hausse des prix des hydrocarbures, il n’y aura aucune augmentation sur ceux de la farine et du pain. C’est ce qui ressort de la rencontre du ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, avec les acteurs du secteur industriel, particulièrement les minotiers et les boulangers dans les locaux de son département..

Par Babba COULIBALY


Publié vendredi 03 avril 2026 à 08:45

Impôts : Les partants à la retraite célébrés

Ce sont onze fonctionnaires de la catégorie «A», six de la catégorie «B-1» et trois de la catégorie «C» qui ont fait valoir leurs droits à la retraite. Leur mérite a été salué par la direction générale des Impôts et l’ensemble du personnel.

Par Babba COULIBALY


Publié mardi 31 mars 2026 à 11:23

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner