Ba Solo Cissé, à moto, le boubou au vent

Quand un géant du cinéma malien et mondial comme Souleymane Cissé décède, il arrive que le plus gros des souvenirs le concernant soit du domaine cinématographique, pour un admirateur ordinaire de l’homme. Personnellement, que sais-je de l’homme ?

Publié lundi 24 février 2025 à 07:43
Ba Solo Cissé, à moto, le boubou au vent

Qu’est-ce qu’un simple témoin de l’actualité cinématographique peut conserver en termes d’images pour une telle icone ? Je n’ai ni vécu, ni travaillé avec lui encore moins ne l’ai côtoyé assez longtemps. Mais des bribes de temps que j’ai eues pour le croiser, je retiens de Souleymane Cissé un personnage profondément humble, simple et attaché à sa condition d’homme malien et africain, au sens traditionnel du terme.

Mon plus grand souvenir de l’homme peut surprendre. Notre connaissance l’un de l’autre est née dans un minuscule bureau du rédacteur en chef de la radio nationale du Mali au cours de la décennie 2000-2010. Il avait l’habitude, de passage à l’ORTM pour une course, de venir siroter du thé avec les journalistes, notamment son homonyme et journaliste culturel Souleymane Kenza Sidibé.

Nous avons droit à chaque fois à des anecdotes qui nous font vite oublier la différence de génération. Souleymane Cissé avait ce don de briser la glace des âges. Ces rares moments feront de nous de vieux amis. Et en 2009, en mission à Paris au compte de l’ORTM, avec le caméraman Demba Ouane, Souleymane Cissé qui y séjournait demande à notre équipe de reportage une visite au studio de montage où il finissait les derniers réglages de son film Min Ye qui devait compétir au festival de Cannes, quelques semaines plus tard.

Après une visite des lieux et des explications avec le chef monteur, il nous apprend que Salif Keita le Rossignol finissait les répétitions de son prochain album dans une salle attenante et que nous pouvions lui rendre visite. «Aywa, c’est Salif et ça dépend s’il est dans un bon jour pour nous recevoir», nous lance-t-il.

Ensemble, nous arpentons un couloir et à l’approche on peut entendre la voix de Salif chantant. Souleymane Cissé nous conseille de ralentir nos pas.  Il n’a pas fini de le dire que Salif lance un strident «qui va là ?». Et Souleymane de répondre à haute voix : «mon gars, c’est moi. Je suis accompagné d’une équipe de l’ORTM qui souhaite te saluer».

À l’analyse de la réponse avec un «petit écart» en guise de réponse, nous avons compris que les deux hommes ont des familiarités et s’autorisent certains écarts entre amis d’âge comme c’est la pratique en Afrique. « Jeunes gens, je vous conseille de nous éloigner. Cet énergumène est trop plongé dans sa répétition pour nous consacrer du temps. Quittons les lieux avant qu’il ne sorte nous chasser. C’est ça Salif ». Souleymane Cissé voulait nous offrir la chance de deviser avec une icône comme lui, mais nous n’avons tenu rigueur à aucun d’eux.

Les boubous et autres tenues africaines le plus souvent arborés, pour la dernière partie de sa vie dont nous sommes témoins, expriment aisément son attachement à la culture. Souleymane Cissé était ce personnage qui pouvait quitter la limousine de Cannes, de Los Angeles la veille et se retrouver le lendemain derrière une moto dans la circulation bigarrée de Bamako, boubou au vent comme un voilier échoué sur un ban de sable. Toujours taquin quel que soit l’âge qu’il a en face, sans aucune frontière de proximité, quand celui que j’appelle « Ba Solo » est dans les environs, vous ne vous ennuyez point.

C’était ça Ba Solo Cissé, ce baobab qui a adapté le cinéma malien et africain à tous les Finyè (vents) violents de l’évolution socio-politique, a valorisé le Baara (travail) de cet art, lui a apporté du Yeleen (lumière) du monde entier, lui a consacré tout son Waati (temps), a inspiré les Den muso (filles et femmes).

 C’était cela, Ba Solo Cissé, grand vivant à 84 ans, attendant la mort sans la prendre au sérieux. Pour ne même pas prendre au sérieux son effet de surprise parce qu’il ne l’attendait point, lui qui vivait déjà le prochain Fespaco comme si c’était le début. Ce vieux veinard savait déjà que le 7è art l’immortalisera. Ba solo n’est pas mort.

Alassane Souleymane

Lire aussi : Efficacité énergétique à Bamako : 20 bâtiments seront audités

Réduire la consommation d’électricité des bâtiments publics et privés tout en améliorant leur performance énergétique, tel est l’objectif du Projet de renforcement des capacités de dix Entreprises de services écoénergétiques (Esco)..

Lire aussi : Facilité du transport sur le corridor Bamako-San Pedro : Le projet réalisé à 82,58%

Le ministère des Transports et des Infrastructures a abrité, hier, la cérémonie d’ouverture des travaux de la 4è session du Comité de pilotage du Projet d’aménagement routier et de facilitation du transport sur le corridor Bamako - Zantièbougou - Boundiali - San Pedro (PR 8)..

Lire aussi : Œuvres sociales du Président de la Transition : 800 kits alimentaires offerts au camp de Kati et au Génie militaire

Chaque kit alimentaire est composé de 50 kg de mil, 50 kg de riz, 50 kg de sucre et d’un bidon d’huile de 20 litres. Ces dons qui arrivent à quelques jours du début du Ramadan et du Carême, sont un véritable soulagement pour les bénéficiaires.

Lire aussi : Santé : ChildFund International harmonise ses actions avec le ministère de la santé et du développement social

La ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel-major Assa Badiallo Touré, a accordé une audience, le mardi 10 février, au nouveau directeur pays de ChildFund International au Mali..

Lire aussi : Programme Tokten : Des résultats satisfaisants

Le ministre Mossa Ag Attaher (c) préside la rencontreLe ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine Mossa Ag Attaher a présidé, mardi 10 février dans les locaux de son département, la cérémonie d’ouverture de la session ordinaire du comité de pilotage .

Lire aussi : Journée des diplomates russes : L’axe Bamako-Moscou se consolide

Le Mali et la Russie sont résolument déterminés à approfondir leur dialogue politique et à coordonner leurs positions de principe sur les questions actuelles de l’agenda mondial et régional à l’ONU et dans d’autres formats multilatéraux. Ces assurances ont été données par l’ambass.

Les articles de l'auteur

À l’heure du Mali : Vœux à Koulouba, pour la lumière et contre l’obscurité

Le volet de l’agenda du Président de la Transition en ce début d’année, consacré à la traditionnelle série de présentations de vœux, s’est refermé le jeudi 5 février par les Forces armées et de sécurité, avec à leur tête le Chef d’État-major général. Le ballet avait débuté le lundi 12 janvier..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 10 février 2026 à 08:42

À l’heure du Mali : Le cas Vénézuélien, entre désarroi mondial et fermeté sahélienne

Dans une précédente chronique, parue dans notre livraison du 5 janvier dernier et intitulée «Entre souveraineté assumée et hégémonie hémisphérique», nous évoquions la journée du 3 janvier 2025 et «la torpeur quasi mondiale provoquée, un peu plus tôt, par l’arrestation du président d’un État souverain par les forces d’un autre, telle qu’elle a été vécue au Venezuela »..

Par Alassane Souleymane


Publié lundi 12 janvier 2026 à 08:54

Perspectives sahéliennes : Les attentes des populations confédérales pour 2026

La proximité de la 2ᵉ session du Collège des Chefs d’État de la Confédération AES, tenue à Bamako, avec la fin de l’année 2025 a permis aux dirigeants de se projeter sur l’avenir, notamment sur cette nouvelle année qui commence..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 06 janvier 2026 à 10:02

À l’heure du Mali : 2026, entre souveraineté assumée et hégémonie hémisphérique

La journée du 3 janvier 2026 illustre-t-elle déjà l’allure que nous réserve la nouvelle année, pour le Mali comme pour le monde ?.

Par Alassane Souleymane


Publié lundi 05 janvier 2026 à 08:40

Perspectives sahéliennes : L’hiver noir et le prix de l’acier

Remontons le fil de l’histoire et posons-nous dans un moment mémorable : la conférence des chefs d’État de France et d’Afrique à Paris. Le mercredi 4 novembre 1981, une conférence de presse conjointe réunit le président français François Mitterrand, ses homologues ivoirien Félix Houphouët-Boigny et zaïrois Mobutu Sese Seko. Beaucoup de choses sont dites ce jour-là, et certains extraits circulent encore aujourd’hui sur les réseaux sociaux..

Par Alassane Souleymane


Publié mardi 30 décembre 2025 à 08:27

À l’heure du Mali, À la présidence confédérale : des lumières d’Assimi aux outils d’IB

La Confédération des États du Sahel (AES) poursuit son chemin, nourrie chaque jour par la ferveur populaire qui l’accompagne et par la détermination des chefs d’État des trois pays à en faire un tournant décisif pour assurer un bien-être collectif durable. Tel est l’esprit de la Confédération : redessiner la carte géopolitique régionale et continentale, imposer de nouveaux paradigmes de gouvernance vertueuse..

Par Alassane Souleymane


Publié mercredi 24 décembre 2025 à 08:40

La Confédération AES, par le sang et pour la prospérité

Cher lecteur, merci de lire votre quotidien national Sidwaya, que vous tenez en main en ce moment et dont vous scrutez chaque mot. Quoi ? Vous pensez que je me trompe de titre ? Je dis bien Sidwaya..

Par Alassane Souleymane


Publié lundi 22 décembre 2025 à 08:54

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner