Pour la campagne 2026-2027, l’objectif annoncé est d’atteindre environ 598.500 tonnes de coton graine
À cette période de l’année, les champs cotonniers racontent une histoire faite d’attente, de patience et d’espoir. Sous le soleil des zones de production du Sud du Mali, les producteurs observent leurs parcelles avec attention. Chaque capsule blanche représente des mois de travail, des investissements consentis et parfois le seul revenu annuel d’une famille.
« Le coton, c’est notre activité principale. Quand la campagne est bonne, c’est toute la famille qui respire », témoigne Mamadou un producteur de la zone cotonnière. Derrière cette confidence, se cache toute l’importance d’une filière qui dépasse largement le simple cadre agricole.
Au Mali, le coton demeure une culture stratégique. Il nourrit l’économie rurale, soutient des milliers d’exploitations familiales et contribue fortement aux recettes d’exportation. Avec une contribution estimée à environ 15 % du Produit intérieur brut, il reste l’un des piliers du développement économique national.
Cette place historique, le Mali l’a construite grâce à l’engagement de ses producteurs, à l’encadrement technique et à une organisation structurée autour de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT). Le pays figure régulièrement parmi les grands producteurs africains de coton. Les campagnes 2023-2024 et 2024-2025 ont notamment confirmé cette capacité avec des volumes dépassant les 650.000 tonnes de coton graine.
Au-delà des chiffres, le coton malien dispose d’un autre avantage : sa qualité. Sur les marchés internationaux, sa fibre bénéficie d’une bonne réputation. Une performance qui montre que le pays possède des atouts importants pour renforcer sa position dans la compétition régionale.
Mais dans les champs, les producteurs savent que rien n’est jamais acquis. La filière reste exposée à plusieurs menaces. La première demeure le changement climatique. L’irrégularité des pluies perturbe les cycles agricoles et fragilise les rendements. À cela, s’ajoutent les difficultés d’accès aux intrants, la hausse des coûts de production et l’insécurité dans certaines zones.
La campagne 2025-2026 a rappelé cette réalité. La production de coton graine est descendue à environ 433.700 tonnes contre 656.679 tonnes la saison précédente. Une chute importante liée notamment aux perturbations pluviométriques, aux contraintes d’approvisionnement en engrais et aux difficultés sécuritaires. Cette baisse a fait perdre provisoirement au Mali sa première place de producteur dans la zone CFA au profit du Bénin. Mais pour les acteurs du secteur, cette situation constitue davantage un signal d’alerte qu’un recul définitif.
DE LA FIBRE AU PRODUIT FINI- Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage. Il est aussi de transformer davantage sur place. Pendant longtemps, le Mali a exporté une grande partie de son coton sous forme de fibre, laissant aux industries étrangères une importante part de la valeur ajoutée. Le paradoxe est là : le pays produit une matière première de qualité, mais transforme encore peu cette richesse sur son propre territoire.
La transformation locale demeure donc le grand chantier de la filière. Le développement de la filature, du tissage et de la confection pourrait permettre de créer davantage d’emplois et d’offrir de nouvelles opportunités aux jeunes et aux femmes. Des unités industrielles existent, mais elles font face à plusieurs contraintes : coût élevé de l’énergie, difficultés de financement, équipements insuffisants et concurrence des produits importés. Pour les professionnels, lever ces obstacles permettrait de faire du coton un véritable moteur industriel.
L’ambition est désormais claire : faire en sorte que le coton malien ne quitte plus systématiquement le pays sous forme brute. Il doit pouvoir être transformé, valorisé et porter une identité nationale jusque sur les marchés internationaux. Cette transformation passe également par l’amélioration de la productivité agricole. L’augmentation des rendements, la formation des producteurs, la fertilité des sols et l’accès aux innovations agricoles sont considérés comme des leviers essentiels pour renforcer la compétitivité de la filière.
Pour accompagner cette relance, les autorités affichent de nouvelles ambitions. Pour la campagne 2026-2027, l’objectif annoncé est d’atteindre environ 598.500 tonnes de coton graine. Le prix d’achat du kilogramme de coton premier choix a été fixé à 300 francs CFA et les mesures de soutien aux intrants maintenues afin d’encourager les producteurs. Dans les villages cotonniers, cette nouvelle campagne nourrit l’espoir d’un nouveau départ. Les producteurs veulent croire au retour des bonnes récoltes, mais restent prudents face aux incertitudes climatiques.
Car, dans le monde paysan, une vérité demeure : le travail de l’homme prépare la récolte, mais c’est le ciel qui donne le dernier mot. Pour la campagne 2026-2027, le Mali vise un rebond de sa production cotonnière. Que les pluies soient au rendez-vous afin que cette ambition ne reste pas seulement un chiffre sur le papier, mais devienne une nouvelle victoire dans les espoirs.
Mariam A. TRAORÉ
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