Intervenant lors d’un panel consacré à l’économie des médias dans le cadre du Forum des professionnels des médias africains à Bamako, le président du Groupement professionnel des agences-conseils en communication (GPAC) du Mali, Sidi Dagnoko, a estimé que le modèle traditionnel fondé sur les ventes, les abonnements, la publicité et les soutiens publics montre désormais ses limites.
Selon lui, le secteur est confronté à trois principales fragilités : technologique, institutionnelle et commerciale. « Ce modèle a montré des fragilités », a-t-il dit, évoquant notamment l’impact de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle sur les modes de production et de diffusion de l’information.
Le responsable a également souligné l’affaiblissement du rôle traditionnellement reconnu à la presse comme service d’intérêt public et acteur de la gouvernance démocratique. Il a estimé que cette évolution contribue à réduire le soutien institutionnel dont bénéficiait historiquement le secteur.
Sur le plan commercial, Sidi Dagnoko a indiqué qu’une part croissante des revenus publicitaires est désormais captée par les plateformes numériques mondiales, tandis que les budgets de communication se réorientent progressivement vers les actions de marketing opérationnel et les supports digitaux.
Concernant le Mali, il a relevé une contradiction entre la multiplication des médias et la stagnation, voire la baisse, des recettes publicitaires disponibles. Selon lui, cette situation fragilise l’ensemble des acteurs du secteur dans un marché qu’il juge limité par la faible diversification de l’économie nationale.
Face à ces défis, le président du GPAC a recommandé une évolution vers de véritables entreprises de presse structurées autour de modèles économiques viables, de plans d’affaires, d’investissements privés et d’une gestion professionnelle. Il a également plaidé pour une meilleure mutualisation des ressources, davantage de synergies entre médias, publicitaires, investisseurs et pouvoirs publics ainsi qu’une diversification des sources de revenus.
« Ce n’est plus le journaliste talentueux fondateur qui fera le média de demain. C’est plutôt le modèle économique », a-t-il affirmé.
Prenant la parole à la suite de cette intervention, le directeur général de la Maison de la presse du Sénégal, Sambou Biyagui, a estimé que les médias africains doivent réduire leur dépendance à l’aide extérieure et accélérer la diversification de leurs revenus à travers les abonnements, les événements, les contenus numériques, les podcasts et les documentaires.
Il a également plaidé pour la création de fonds d’investissement dédiés aux médias africains, le développement d’aides publiques transparentes et un renforcement de la formation aux nouveaux métiers du numérique. Selon lui, « la réponse passe par la réinvention des modèles économiques et la reconnaissance du rôle stratégique des médias dans la société ».
Les deux intervenants ont enfin insisté sur la nécessité de valoriser les contenus locaux, de renforcer la coopération entre les acteurs du secteur et de développer des mécanismes collectifs permettant d’assurer la durabilité économique des médias africains.
Oumar SANKARE
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