Le site de la Mosquée de Kankou Moussa est situé dans le tissu ancien de la ville de Gao, quartier Aldjanabandja, et couvre 3,51 hectares. Il avait abrité la mosquée historique construite par l’empereur du Manding, Kankou Moussa, à son retour du pèlerinage à La Mecque en 1324. Ainsi, Gao, une dépendance de l’empire du Mali, fut l’un des points de rencontre des pistes caravanières qui traversaient le désert et des pistes venant du Sud.
Mamadou Samaké est le chef de la Mission culturelle de Gao. Il rappelle que l’ouvrage fut réalisé par un architecte andalou du nom d’Es Saheli. La mosquée de Kankou Moussa est présentée par les chroniqueurs arabes et les traditions orales comme un bâtiment colossal et constitue le premier cas de grands travaux entrepris dans l’histoire du Mali, avant la construction de la célèbre mosquée de Djingareyber à Tombouctou en 1325.
« Le site de la mosquée de Kankou Moussa à Gao est un lieu historique et de mémoire d’une grande importance. Il constitue un témoignage historique et culturel de l’empire du Mali. Le site, par son étendue et l’importance de ses structures exhumées, constitue l’un des plus remarquables du Mali.
Cet espace englobe des biens meubles enfouis (comprenant diverses poteries, des objets en fer et en cuivre, des ossements divers, des fusaïoles, des perles en verre, en terre cuite et en cornaline). Une datation au radiocarbone des échantillons de charbon de bois a permis de situer la période d’utilisation du bâtiment à piliers entre les IXe et XIIe siècles de notre ère.
La date de construction du bâtiment en barre n’est pas encore connue avec précision. Son utilisation se situe avant le XVIe siècle du fait de la présence, au cours des fouilles, de pipes à tabac inconnues dans la zone avant l’invasion marocaine à la fin du XVIe siècle », explique le chef de la Mission culturelle de Gao. La quantité de perles en verre découverte au cours des travaux (plus de 11.000 perles en verre) nous indique à quel point Gao entretenait des liens commerciaux avec d’autres villes marchandes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient entre le VIIe et le XIIIe siècle.
Selon notre interlocuteur, le professeur Raymond Mauny avait effectué des fouilles archéologiques sommaires sur le site au cours des années 1950, dont il révélera la présence de plusieurs structures en briques cuites ou crues. En 1993 et 1996, sur le même site, au cours des fouilles, T. Insoll de l’Université de Cambridge avait mentionné la présence de structures en briques cuites associées à de nombreux objets exotiques importés, des perles (en verre, en cornaline ou en terre cuite), de la céramique et des objets en cuivre, a résumé le responsable de la Mission culturelle de Gao.
Il soutient que ces objets de l’Antiquité attestent de la richesse de Gao et de son rôle de métropole du commerce transsaharien entre le VIIe et la fin du XVIe siècle. Mamadou Samaké dira que, depuis 2003, des fouilles archéologiques sont conduites sur le site par la Direction nationale du patrimoine culturel, en collaboration avec l’Institut des sciences humaines du Mali, le Musée national du Mali et le Musée national d’ethnologie d’Osaka (Japon).
Pour le responsable culturel, ces fouilles ont permis d’exposer deux bâtiments colossaux (un bâtiment à piliers et un autre en barre) et des structures annexes (mur d’enceinte, bassin avec piédestal, toilettes). Mamadou Samaké ajoute que les différentes fouilles menées sur le site ont révélé les modes d’occupation spatiale du site et la présence d’un important mobilier archéologique, ainsi que l’importance du dépôt archéologique du site (3,80 m), constitué d’objets de fabrication locale (poterie, objets en fer, perles en terre cuite et en os) et étrangère (objets en cuivre, perles en verre, récipients en verre). Il souligne que le site de la mosquée de Kankou Moussa a été inscrit à l’inventaire par décision n°0444/MC-SG du 7 mai 2001 et classé dans le patrimoine culturel national par décret n°2014-0949/P-RM du 31 décembre 2014 pour ses valeurs historiques, architecturales et socioculturelles.
« Malgré les menaces d’urbanisation anarchique qui ont entraîné l’occupation de l’est du site dans les années 1970, la partie classée du site de la mosquée de Kankou Moussa en 2014 conserve son intégrité physique. Cette partie ne souffre d’aucune perturbation pouvant remettre en cause son intégrité physique, qui est extrêmement élevée grâce à la présence de la Mission culturelle de Gao et d’autres services rattachés, ainsi que des autorités politiques et administratives de la Région de Gao », constate Mamadou Samaké.
D’après lui, malgré l’implication de tous ces acteurs dans la protection du site, ce patrimoine est soumis à certaines menaces, notamment l’empiètement des activités socioéconomiques, l’utilisation inappropriée des abords immédiats, la pression du développement urbain et l’érosion éolienne.
Le chef de la Mission culturelle de Gao estime que le site de la mosquée de Kankou Moussa présente un intérêt scientifique pour les chercheurs dans le cadre de leur formation universitaire, pour la recherche pluridisciplinaire dans les domaines de l’archéologie, de l’histoire, de l’anthropologie et de la muséologie, ainsi que pour le développement de l’artisanat d’art, de l’architecture et de l’urbanisme.
Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao
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