Gouvernance publique sous le Général d’armée Assimi Goïta : Refondation, résilience et défis d’une transition en quête de souveraineté

Cinq ans après son accession à la présidence de la Transition, en juin 2021, le Général d’Armée Assimi Goïta a profondément remodelé la gouvernance publique malienne.

Publié mardi 16 juin 2026 à 09:25
Gouvernance publique sous le Général d’armée Assimi Goïta :  Refondation, résilience et défis d’une transition en quête de souveraineté

Dans un contexte de crise multidimensionnelle, sécuritaire, institutionnelle et économique, héritée d’années d’instabilité et d’ingérences extérieures, son leadership s’est distingué par une rupture assumée avec les pratiques antérieures. Entre refondation institutionnelle, reconquête territoriale, assainissement des finances publiques et diversification des partenariats stratégiques, le bilan invite à une analyse critique. Quelles avancées concrètes ont été enregistrées ? Quels obstacles structurels persistent ? Et quelles perspectives s’ouvrent pour une gouvernance résiliente, inclusive et pleinement souveraine au service du « Mali Souverain » ?

D’UNE RUPTURE POPULAIRE à UNE ARCHITECTURE INSTITUTIONNELLE NOUVELLE- En juin 2021, le Général d’armée Assimi Goïta prenait les rênes d’un Mali ébranlé par les événements d’août 2020, marqués par une profonde aspiration populaire à un changement radical. Issu de ces mobilisations, son mandat s’est d’emblée inscrit dans une logique de souveraineté retrouvée : rompre avec la gouvernance défaillante des décennies précédentes, caractérisée par une décentralisation inachevée, une corruption endémique et une dépendance excessive aux conditionnalités internationales.

Les Assises nationales de la refondation (ANR), tenues en décembre 2021, ont représenté le socle participatif de cette vision. Réunissant des milliers de représentants des forces vives de la nation, elles ont généré plus de 500 recommandations, dont l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Adoptée par référendum en juillet 2023 avec un soutien massif (environ 97 % des voix), cette Loi fondamentale consacre le passage à la IVè République. Elle renforce les prérogatives de l’État, affirme la souveraineté nationale, lutte contre la corruption, promeut la participation citoyenne et officialise davantage l’usage des langues nationales.

D’un point de vue scientifique, ce processus s’apparente à une ingénierie institutionnelle hybride : consultation nationale large (malgré certains boycotts) suivie d’une validation populaire. Il rompt avec le modèle importé des années 1990 pour ancrer une gouvernance plus adaptée aux réalités maliennes unitaire, décentralisée et résiliente face aux menaces asymétriques.

AVANCéES MAJEURES EN GOUVERNANCE PUBLIQUE-Sur le plan institutionnel et sécuritaire, les résultats sont tangibles. La restauration de l’autorité de l’État s’est traduite par une reconquête progressive du territoire par les Forces Armées Maliennes (FAMa), appuyées par des partenaires stratégiques. Des zones longtemps occupées ont vu le redéploiement de l’administration, via une réforme de la Direction Générale des Collectivités Territoriales (DGCT), visant une décentralisation plus efficace et une meilleure coordination entre centre et périphéries.

LUTTE CONTRE LA CORRUPTION ET ASSAINISSEMENT DES FINANCES PUBLIQUES- Le renforcement du Vérificateur Général, les audits systématiques et la digitalisation des services publics ont réduit les opacités. L’État a repris la main sur des secteurs stratégiques (mines, coton), améliorant la mobilisation des ressources internes et réduisant le train de vie de l’administration. Des indicateurs macroéconomiques ont montré une relative résilience, avec une relance de filières comme le coton et une baisse tendancielle du chômage dans certains segments.


REFORMES ADMINISTRATIVES ET SECTORIELLES- La digitalisation accélérée des services publics, les investissements dans l’éducation et le capital humain, ainsi que la proclamation de l’année 2025 comme « Année de la Culture », illustrent une approche holistique. La nouvelle équipe gouvernementale dirigée par le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, a reçu des orientations claires : consolidation des réformes, sécurité, apaisement social et préparation d’un processus électoral crédible.

SOUVERAINETE ET PARTENARIATS STRATEGIQUES- Le retrait de la CEDEAO, la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la diversification des alliances (Russie, Chine, Turquie, etc.) ont restauré une autonomie décisionnelle. Ces partenariats « sincères » ont permis un réarmement moral et matériel des FAMa, libérant la gouvernance des conditionnalités perçues comme néocoloniales.

Ces avancées ont généré une perception positive chez une grande partie de la population, qui valorise la reconquête territoriale, la respectabilité internationale retrouvée et une fierté nationale restaurée.

LES DEFIS- Malgré les avancées historiques remportées grâce à la détermination farouche et à l’héroïsme légendaire des Forces Armées Maliennes (FAMa), le bilan demeure nuancé au cœur de la complexe réalité sahélienne. Les stratégies audacieuses des opérations militaires offensives, le dialogue communautaire et des partenariats stratégiques ont infligé un coup décisif aux menaces terroristes, permettant le retour triomphal des populations et la renaissance éclatante des terres libérées du Mali.

Ces efforts soutenus ont favorisé la reprise économique, le renforcement de la cohésion sociale et la restauration progressive de la stabilité. Porté par la fierté nationale et la résilience légendaire du peuple malien, le Mali Souverain avance avec dignité et détermination vers sa renaissance glorieuse.

PERSPECTIVES POUR UNE GOUVERNANCE RESILIENTE ET INCLUSIVE- Cinq ans après, la gouvernance sous le Général Assimi Goïta apparaît comme un chantier dynamique, ancré dans la résilience historique malienne. L’année 2026, dédiée à la consolidation, offre une fenêtre pour accélérer le renforcement de l’État de droit, les investissements massifs dans le capital humain, la souveraineté numérique (via des algorithmes de gouvernance adaptés) et l’approfondissement de l’intégration AES.

Le legs principal réside dans cette volonté de refondation qui replace le peuple au centre des décisions. Comme l’a rappelé le Président de la Transition, le centre de gravité de l’action publique doit demeurer le bien-être des populations et la grandeur du Mali. Dans un Sahel en recomposition géopolitique, ce modèle alliant souveraineté, réformes structurelles et partenariats pragmatiques pourrait inspirer d’autres nations africaines.

Qu’Allah protège le Mali et guide ses dirigeants dans cette noble entreprise de refondation nationale. Le chemin est long, semé d’embûches, mais la détermination du peuple malien et de ses forces vives est intacte. Ces cinq années n’ont pas seulement stabilisé un pays, elles ont également posé les fondations d’un Mali nouveau, uni, prospère et maître de son destin. L’histoire, miroir du passé et boussole du futur, jugera de la durabilité de cet élan souverain.

Dr Ahmadou Touré,

directeur du Centre de

recherche en gouvernance, médiation et

sécurité au Sahel 

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