Langues nationales : L’exigence de leur apprentissage

Certains souhaitent que les autorités imposent les langues nationales à l’université. Les pédagogues expliquent que par principe, l’enfant apprend vite et mieux dans les langues maternelles. D’autres poussent l’analyse plus loin pour dire que la promotion de celles-ci peut être un levier de développement

Publié lundi 05 janvier 2026 à 08:46
Langues nationales : L’exigence de leur apprentissage

L’une des avancées majeures dans la promotion de nos langues nationales a été l’officialisation de 13 d’entre elles par les autorités du pays. Ce résultat est un acquis salutaire et un grand pas en avant dans la quête de souveraineté et d’une autonomie linguistique. Cependant, des défis restent à relever dans leur apprentissage, malgré l’existence des institutions en charge de la promotion des langues et des associations qui font des efforts remarquables pour former nos citoyens.

Placée sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, la direction nationale de l’éducation non formelle et des langues nationales (DNENFLN) a pour missions d’élaborer les éléments de la Politique linguistique et un plan d’actions national en matière de promotion des langues. De promouvoir l’enseignement et la formation en langues nationales dans les structures d’enseignement et de formation, mais aussi de participer à la recherche pour le développement des langues nationales dans le domaine de la recherche terminologique.

En outre, promouvoir le bilinguisme fonctionnel convivial et élaborer, en relation avec d’autres structures compétentes, l’atlas linguistique, fait savoir la directrice de la DNENFLN. Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé rappelle que l’enseignement des langues nationales (LN) dans les écoles expérimentales (première génération) en 1979-1980 a commencé par 4 écoles en bamanankan dans les Régions de Ségou et Koulikoro. À partir de 1982, cette expérience fut étendue aux langues fulfulde, songhaï et tamasheq dans les régions du Centre et du Nord.

Par principe, l’enfant apprend vite et mieux dans sa langue maternelle. Il vise à améliorer les apprentissages scolaires à travers l’utilisation de la langue maternelle de l’apprenant, mais aussi à valoriser les langues nationales en leur donnant un statut pédagogique dans la classe et rapprocher l’école du milieu de l’apprenant, détaille-t-elle.

 La patronne de la DNENFLN explique que le document cadre de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) stipule que la langue maternelle n’est pas seulement un outil de communication et de connaissance, c’est aussi un attribut fondamental de l’identité culturelle et de l’autonomisation tant pour l’individu que pour le groupe. Elle révèle qu’avant, la formation des maîtres et des conseillers pédagogiques était modulée sur trois niveaux dont chacun dure vingt jours, à savoir la sensibilisation, la consolidation et le perfectionnement. Avec l’envergure des cohortes de maîtres à former, le département en charge de l’Éducation a procédé à la décentralisation de la formation des maîtres au niveau des Centres d’animation pédagogique (Cap). À cet effet, de 9 centres en 2000, la formation s’est déroulée en 2002 dans 34 centres des différentes Académies d’enseignement du pays.



L'enseignement des langues nationales, première génération, a commencé dans 4 écoles expérimentales dans les Régions de Ségou et Koulikoro  en 1979-1980

L’objectif étant de préparer graduellement les Cap afin qu’ils puissent prendre en charge de manière efficace leurs formations en pédagogie convergente (PC). Nonobstant des résultats dans l’enseignement des langues nationales, Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé reconnaît les difficultés rencontrées. Il s’agit, entre autres, de l’insuffisance de supports et matériels didactiques, le manque de manuels de grammaires pédagogiques, l’insuffisance numérique d’enseignants du formel formés.

Ensuite, la difficulté du système de suivi pédagogique des Cap, les coûts élevés de l’édition au Mali et l’insuffisance d’environnement lettré en langues nationales ou un environnement lettré mal formulé. Parlant des perspectives, la cheffe de la DNENFLN estime qu’accorder le financement adéquat à la recherche et la promotion des langues nationales est un atout. En outre, le renforcement des capacités des structures de recherche, la création d’un département de tradition orale et des langues africaines à l’Université, l’appui aux associations de promotion des langues nationales, à la société civile et rendre obligatoire l’obtention par chaque citoyen d’une attestation signifiant qu’il sait lire et écrire dans une langue nationale, etc.

La responsable de la direction nationale de l’éducation non formelle et des langues nationales fait remarquer que dans le cadre spécifique de l’éducation non formelle, des travaux liés à l’ouverture d’une nouvelle filière à l’École normale supérieure (ENsup) dès la rentrée prochaine renforceront la valorisation des langues nationales au niveau supérieur.

Pour d’autres stratégies pouvant renforcer l'expansion de l’enseignement des langues nationales sur toute l'étendue du territoire nationale, la première d’entre elles reste la manifestation de la volonté politique des autorités. Ceci se matérialise par l’adoption d’une Loi organique portant les conditions et modalités de mise en œuvre des langues nationales après que celles-ci eurent été consacrées langues officielles par la Loi fondamentale du Mali de février 2022. Dans ladite Loi plusieurs dispositions sont prises pour la valorisation des langues officielles qui passe nécessairement par l’enseignement, apprentissage et l’éducation, explique-t-elle.

Sociolinguiste de formation et secrétaire général adjoint de l’Association «Mali fasokanw layiriwalitɔn (Mafala)», Bata Kamissoko estime que pour que la plus grande partie de la population arrive à apprendre nos langues nationales, il faut se concentrer sur l’éducation non formelle en mettant la volonté politique, qui n’y est pas pour le moment. Certes, il y a eu des expérimentations à l’époque du Président Alpha Oumar Konaré et cela a porté fruit avec le taux de succès élevé, rappelle-t-il. Élève-professeur en lettres à l’Ensup, il souhaite voir promouvoir le système d’alphabétisation «baliku kalan» qui était développé à un certain moment.

À travers ce système, même les adultes apprenaient à lire et à écrire, mais aussi s’exerçaient aux calculs et aux métiers. «Ce sont des centres d’apprentissages fonctionnels que nous devons redynamiser pour connaître nos langues et aussi diminuer le chômage», affirme le militant de Mafala. Et d’ajouter que d’autres associations, comme le Club des amis des langues nationale du Mali «Calan Mali» et autres, luttent pour la même cause.

Elles initient des formations et concours en présentiel et en virtuel sur les réseaux sociaux à l’endroit des populations. Celui qui enseigne le français et bamanankan dans les lycées privés pense que si l’État peut soutenir ces associations dans leur démarche, ce serait un avantage pour le développement du pays. Et de dire que pour que la jeunesse relève les défis, elle doit beaucoup s’intéresser aux langues, autrement dit savoir lire et écrire dans sa langue maternelle.

Ensuite, que l’État s’investit beaucoup dans leurs apprentissages sans se baser sur l’aide extérieure. Faire en sorte que les gens apprennent les métiers dans les langues nationales et pourquoi pas les intégrer aux épreuves du concours de recrutement direct à la Fonction publique d’État, conclut-il.

Quant au président de Mafala, Salif Sora, la formation en audiovisuelle en ligne est un meilleur moyen d’apprendre les citoyens, toutes tranches d’âge confondues, en grand nombre. Selon lui, son association pratique ça actuellement en publiant des vidéos sur les différentes plateformes pour permettre l’accès aux internautes. Elle fait également la traduction des films et des séries maliennes en bamanankan sur les réseaux. Ce sont des méthodes auxquelles adhèrent  de nombreuses personnes. Salif Sora estime que l’État doit impérativement imposer l’apprentissage des langues nationales dans le cursus scolaire.        

NFamoro KEITA

Lire aussi : Opération Dougoukoloko : Les FAMa détruisent de nombreuses bases terrorisées dans la région de Mopti

Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, poursuivent leurs opérations permanentes de surveillance, de contrôle et de sécurisation du territoire national dans le cadre de l'opération Dougoukoloko..

Lire aussi : Ministère de la Sécurité et de la Protection civile : Remise d’un important lot de véhicules neufs aux forces de sécurité

Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, a présidé ce vendredi 31 juillet la cérémonie de réception d’un important lot de véhicules destiné aux forces de sécurité. L'événement s'est déroulé devant la Direction générale .

Lire aussi : Journée panafricaine des femmes : La gent féminine mobilisée pour relever le défi de l’assainissement

Les associations féminines intervenant dans le secteur plaident pour un véritable encadrement de la collecte et l’évacuation des ordures, l’accord de crédits bancaires aux GIE et l’application immédiate des sanctions contre l’utilisation, la commercialisation et la production des sachet.

Lire aussi : ANPE : 77 % du plan de travail 2025 réalisé

Malgré un contexte économique difficile, l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) a exécuté 77 % de son Plan de travail annuel (PTA) 2025 au 31 décembre dernier. Le bilan a été présenté lors de la 52è session du Conseil d’administration, tenue jeudi dans les locaux de l’Agence, sous.

Lire aussi : CFP-Sénou : 1.940 jeunes déjà formés

Le Centre veut accélérer la cadence pour mieux répondre aux besoins du marché de l’emploi.

Lire aussi : FACEJ II : De jeunes entreprises prennent leur envol

À Kalaban Coura et Kalaban Coro, la ministre Oumou Sall Seck a pu mesurer les effets positifs et concrets de l’accompagnement du FACEJ II auprès de jeunes entrepreneurs engagés dans la création d’emplois et le développement de solutions innovantes.

Les articles de l'auteur

Semaine du numérique : L’AES à la conquête de sa souveraineté numérique

Maîtriser ses données, contrôler ses infrastructures, choisir ses technologies : pour les États de l’Alliance des États du Sahel (AES), la souveraineté numérique apparaît désormais comme un enjeu de puissance, d’indépendance et de sécurité. C’est autour de cette problématique que s’est tenu, hier au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le premier Keynote de la 4è édition de la Semaine du numérique.

Par NFamoro KEITA


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 08:33

Semaine du numérique : L’AES à la conquête de sa souveraineté numérique

Maîtriser ses données, contrôler ses infrastructures, choisir ses technologies : pour les États de l’Alliance des États du Sahel (AES), la souveraineté numérique apparaît désormais comme un enjeu de puissance, d’indépendance et de sécurité. C’est autour de cette problématique que s’est tenu, ce mardi 28 juillet 2026 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le premier Keynote de la 4è édition de la Semaine du numérique.

Par NFamoro KEITA


Publié mardi 28 juillet 2026 à 20:08

Emploi et formation : L’Onef engrange des résultats reluisants

L’Observatoire national de l’emploi et de la formation (Onef) a tenu, hier dans ses locaux, la 20è session ordinaire de son conseil d’administration. L’ouverture des travaux a été présidée par la ministre de l’Entreprenariat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Mme Oumou Sall Seck. C’était en présence du directeur général de l’Onef, Boubacar Diallo..

Par NFamoro KEITA


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 12:10

Diaspora malienne : La CCIM crée une commission pour susciter l’investissement

Permettre à la diaspora d’investir au pays afin de créer des emplois et contribuer au développement des communautés. C’est le but de la « Commission pour la promotion des investissements des Maliens établis à l’Extérieur », créée par la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM)..

Par NFamoro KEITA


Publié lundi 20 juillet 2026 à 09:28

Approvisionnement en aliments bétail : Le quotidien des fourragers

Chaque jour, ils parcourent plusieurs dizaines de kilomètres pour approvisionner Bamako en fourrages destinés au bétail. Malgré les risques du métier, les fourragers se battent chaque jour pour assurer la pitance pour leurs familles et contribuer à la chaîne de valeur de l’élevage.

Par NFamoro KEITA


Publié jeudi 16 juillet 2026 à 09:07

ORTM : Le pari de la relance

L'Office de radio et télévision du Mali (ORTM) amorce une nouvelle étape de son redressement. Réunis hier en retraite dans un hôtel de la place, les responsables de l'Office ont élaboré une feuille de route destinée à impulser une transformation durable de l'entreprise publique..

Par NFamoro KEITA


Publié vendredi 03 juillet 2026 à 08:40

Stratégie nationale des solutions durables : Le Mali mobilise ses forces pour redonner espoir aux déplacés

Face à l'ampleur des déplacements forcés, le gouvernement et ses partenaires entendent accélérer la mise en œuvre de réponses durables. Réunis à Bamako, les principaux acteurs nationaux et internationaux veulent renforcer leurs capacités et harmoniser leurs actions, afin d'offrir aux centaines de milliers de personnes affectées de réelles perspectives de réintégration et de résilience.

Par NFamoro KEITA


Publié mardi 30 juin 2026 à 08:58

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner