Peine de mort : Faut-il l’abolir au Mali ?

L’abolition de la peine de mort était au centre d’un débat, en mai dernier, lors du passage du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop et de son collègue de la Justice et des Droits de l’Homme, Mahamadou Kassogué, devant le groupe de travail sur l’Examen périodique universel (Epu), à Genève en Suisse.

Publié mardi 29 août 2023 à 05:09
Peine de mort : Faut-il l’abolir au Mali ?

Dans un entretien qu’il nous a accordé, l’enseignant-chercheur à la Faculté de droit privé de Bamako (Fdpri), Pr Mamadou Guissé, revient sur cette question qui suscite souvent des débats

Pr Mamadou Guissé, enseignant-chercheur à la Fdpri

 

D’abord, l’enseignant-chercheur précise que la peine de mort est prévue par le droit pénal malien. Toutefois, Pr Mamadou Guissé dira que le droit pénal, loin d’être un droit purement punitif, est préventif et humanitaire. En d’autres termes, il soutient que si le droit pénal a prévu pour certains cas la sanction de la peine de mort, il ne va pas sans dire qu’elle est systématique. En ce sens que le droit pénal envisage de corriger l’individu. Or, comment peut-on corriger un individu qu’on a déjà tué ? s’interroge notre interlocuteur

L’universitaire rappelle qu’un certain nombre de faits constitutifs d’infractions les plus graves peuvent faire l’objet de condamnation à la peine capitale. Il s’agit notamment, des assassinats les plus odieux, des cas de terrorisme, des trahisons contre l’État, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

«Ce sont des faits qui peuvent constituer des graves troubles à l’ordre public et dont la répression peut faire appel à la sanction de la peine de mort», explique l’universitaire. Il ajoutera que la peine de mort est prévue dans la politique pénale comme un moyen pour prévenir les individus qui ont l’intention de commettre des crimes graves. En effet, dès lors que ceux-ci voient que pour tel ou tel acte, ils peuvent être condamnés à mort, ils peuvent se raviser.

 

GRÂCE PRÉSIDENTIELLE- Mamadou Guissé rappelle par ailleurs que depuis les années 1977-1978, la peine de mort a pratiquement cessé d’être exécutée dans notre pays. À cette époque, d’après lui, il y avait eu l’affaire des coupeurs de têtes qui ont été exécutés à Kati par fusillade. Au même moment, ajoute l’enseignant-chercheur, il y a eu une politique mondiale de moratoire ou même d’abolition de la peine de mort. Une politique prônée par la France au nom des droits de l’Homme et des droits des peuples.


«Ce qui a fait que dans beaucoup de pays, il y a eu ce qu’on appelle un moratoire», explique le juriste. Avant d’ajouter que depuis cette époque, cette sentence a été certes prononcée dans notre pays mais n’a jamais été appliquée. Et ce, en raison de ce moratoire qui veut que nous observions si la non application de la peine de mort diminuera ou pas un certain nombre de crimes. C’est pourquoi, poursuit notre interlocuteur, des individus condamnés à cette peine sont internés dans les centres de détention où ils subissent le sort comparable à des condamnés à perpétuité.


De même, Pr Guissé dira que dans la politique pénale du pays, il est possible que ces condamnés à mort bénéficient d’un certain nombre de grâces qui peuvent commuer leurs sentences en peines de détention à perpétuité. Aussi peuvent-ils voir leurs sanctions réduites jusqu’à l’effacement de la peine capitale, fait savoir l’enseignant-chercheur.


Il affirme également que les condamnés à la peine capitale peuvent bénéficier de la grâce présidentielle en raison de certaines circonstances. Étayant ses propos, Mamadou Guissé évoque les cas des militaires ivoiriens dont certains ont été condamnés à mort puis graciés aussitôt, il y a quelques mois. «Cela relève de la compétence exclusive du président de la République», explique-t-il.

Le professeur rappelle qu’aux États-Unis, en Iran et dans d’autres pays, on continue à condamner des individus à la peine capitale et à les exécuter. Cependant, le mouvement mondial, aujourd’hui, se demande en raison de la resocialisation de l’individu, de sa correction et du respect du droit à la vie, s’il est opportun de condamner des gens à mort et de les exécuter, rapporte notre interlocuteur. Malgré toute la mansuétude que nous avons autour de la non-exécution de la peine de mort, des crimes les plus graves continuent d’être perpétrés, constate Mamadou Guissé.


Donc, la balance tourne autour du «fifty-fifty» estime celui qui ne cache pas sa pleine adhésion au maintien de cette sanction dans notre pays. «Ne pas condamner à mort, c’est donner carte blanche à certains criminels dans certains contextes de continuer à tuer et sans conséquences», prévient-il, avant de proposer de mener la réflexion sur les critères d’applicabilité de cette sentence.

Pour l’enseignant-chercheur, par un texte ou simplement par la pratique, on peut revenir sur l’application de la peine capitale dans notre pays. De quoi susciter certainement l’inquiétude des défenseurs des droits de l’Homme qui demandent l’abolition de cette peine.


Bembablin DOUMBIA

Lire aussi : Supposée libération de terroristes : La DIRPA dénonce une pure manipulation

Acculés par la pression militaire exercée par les Forces armées maliennes (FAMa), les groupes armés terroristes et leurs parrains se rabattent désormais sur le terrain médiatique pour tenter de déstabiliser notre pays. Cette dénonciation a été faite par le patron de la Direction de l’inf.

Lire aussi : Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme: Le rapport annuel d’activités 2025 remis au Garde des Sceaux

Les deux tomes du rapportLe rapport annuel d’activités 2025 constitue un document monumental de 1.087 pages, structuré en deux volumes distincts avec un premier tome de 381 pages consacré aux services centraux et un second tome de 706 pages dédié aux juridictions nationales..

Lire aussi : Un choc exogène lié aux tensions géopolitiques

La hausse des prix du carburant au Mali, observée il y a quelques jours, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes au sein de la population..

Lire aussi : À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon.

Lire aussi : Il y a 30 ans, la Flamme de la Paix à Tombouctou

Par décision N° 96-06 /PM du 26 Février 1996, il a été crée une Commission nationale d’organisation de la cérémonie «Flamme de la Paix» présidée par SEM Dioncounda Traoré, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration afri.

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Entre héritage des martyrs de 1991 et refondation de l’Etat

Trente-cinq ans après les évènements historiques de mars 1991, le Mali ne se contente plus de commémorer. Il s'interroge. À l'heure où la Transition place la souveraineté au cœur de l'action publique, la question de l'héritage des martyrs de la démocratie revêt une dimension nouvelle.

Les articles de l'auteur

Sécurité alimentaire : Le Plan national de réponses 2026 partagé avec les PTF

Le gouvernement a partagé les documents du Plan national de réponses à la sécurité alimentaire (PNR) 2026, mercredi dernier, avec les Partenaires techniques et financiers (PTF) intervenant dans le domaine de la sécurité alimentaire..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié vendredi 27 mars 2026 à 08:55

Sécurité alimentaire : Une distribution de près de 20.000 tonnes de vivres prévue en 2026

Le gouvernement malien a partagé ce mercredi 25 mars, le Plan national de réponse à la sécurité alimentaire (PNR) 2026 avec les partenaires techniques et financiers impliqués dans les actions de sécurité alimentaire. La session organisée, à cet effet, s'est tenue au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 20:37

Aige : Huit agents distingués par la Nation

Au nom du Président de la Transition, le Grand chancelier des ordres nationaux, le Général de brigade Amadou Sagafourou Guèye, a procédé, hier au siège de l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), à la décoration de huit agents de cette structure..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 08:46

Fête du Ramadan : Le Président Goïta prône la paix et le vivre ensemble

À la fin de la prière collective, jeudi dernier au Palais de Koulouba, le Général d’armée Assimi Goïta a salué l’initiative «Sunkalo solidarité» durant le mois béni et les efforts des Forces de défense et de sécurité pour la stabilité de notre pays.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié lundi 23 mars 2026 à 08:19

Fête de Ramadan : Le Président Goïta prône le vivre ensemble dans le pays

A l'occasion de la fête de l´Aïd-el Fitr, communément appelée Fête de Ramadan, le Président de la Transition, le Général d'armée Assimi Goïta a participé, au Palais de Koulouba, à la prière collective..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié jeudi 19 mars 2026 à 11:54

Uemoa : le rapport annuel 2025 de la commission présenté aux parlementaires de l’Union

Le document dresse le bilan de l'année écoulée et partage les perspectives sur le processus d’intégration de l’union.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:29

Cercle de Yélimané : Les FAMa portent un coup dur aux groupes terroristes

L'État-major général des Armées informe que, dans le cadre des opérations de surveillance du territoire, ce samedi 14 mars, les vecteurs aériens des Forces armées maliennes (FAMa) ont pris en filature trois motocyclistes des groupes armés terroristes qui ont rejoint d'autres individus non loin de Sinewali dans le Cercle de Yélimané..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié dimanche 15 mars 2026 à 05:15

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner