Société : La part des femmes dans les «NANSONGO»

Assurer la popote est un devoir pour l’homme sous nos cieux. Mais la réalité est tout autre aujourd’hui. Beaucoup de femmes contribuent dans les prix des condiments pour que leurs plats soient délicieux et appréciés par tous les membres de la famille

Publié jeudi 05 décembre 2024 à 19:32
Société : La part des femmes dans les «NANSONGO»

Des vendeuses de condiments à́ Wonida (Commune II), un marché de vente de légumes à Bamako

 

 

Karim Keïta et son épouse Assetou Traoré sont unis par les liens sacrés du mariage depuis cinq ans. De loin, le couple semble vivre une vie faite d’eau douce et d’amour. Les disputes sont rares et la marmite bout tous les jours. De près pourtant, la vie n’est pas un long fleuve tranquille comme l’explique Assetou Traoré parlant de la gestion de sa popote. «Nous sommes dans une famille de quinze personnes. Avant, mon mari me donnait 5.000 Fcfa comme prix de condiments, déjeuner et dîner compris. Il y a deux ans maintenant que Keita ne me donne que 3.500 Fcfa prétextant une diminution de la clientèle de son garage. Je me vois donc dans l’obligation de me plier en deux pour compléter le ‘’nansongo’’. C’est une situation embarrassante, surtout que je dois souvent faire recours à mes parents pour assurer un repas acceptable à ma famille», explique notre interlocutrice.

Pour faire face à cette nouvelle donne, dame Traoré est obligée de contracter une dette auprès d’une caisse d’épargne. Ce qui lui a permis d’ouvrir un petit commerce de pagnes Wax, de chaussures et pleins d’autres articles. Mais tous les bénéfices vont dans le prix de condiments, explique Mme Keita. Et lorsque les affaires ne marchent pas, elle peut compter sur la participation de sa belle-mère. Une vieille femme qui n’hésite pas à apporter de temps en temps des légumes et de l’huile.

Zeneïbou Maïga, secrétaire de direction dans un service national, est quant à elle  mariée depuis deux ans et vit dans la grande famille de son mari. Elle aussi soutient affronter le problème de l’insuffisance du prix des condiments et donc dans l’obligation de se débrouiller pour le compléter. «Mon mari me donne 2.500 Fcfa par jour. J’ajoute 1.000 à 1.500 Fcfa pour avoir 3.500 à 4.000 Fcfa. Ce qui me permet d’avoir un déjeuner copieux. Pour le dîner, personne n’intervient, je m’en occupe seule. Il m’arrive de dépenser 2.000 Fcfa voire plus», dit-elle. Zeneïbou Maïga va plus loin et croit savoir que les femmes qui vivent dans les grandes familles sont les plus fatiguées. Elle se justifie : «Dans la grande famille, il faut beaucoup plus de condiments pour que la nourriture soit acceptable».

Zeneïbou Maïga et Assetou Traoré ne sont pas les seules à participer au prix de la popote. Comme elles, Aminata Dakouo est ménagère. Mariée depuis 2000, elle aussi participe à l’achat des condiments. «Depuis le début de mon mariage, mon mari a fixé le prix des condiments à 1.000 Fcfa par jour. Jusqu’au moment où je vous parle, il n’a pas augmenté d’un franc. Ces 1.000 Fcfa ne peuvent plus suffire. Surtout avec l’arrivée des enfants», se plaint-elle. Et de préciser : «Mon premier fils est par la grâce de Dieu commerçant. Il m’aide énormément, sinon ce serait un calvaire car sur le marché, tout est cher et tous les jours les commerçants augmentent les prix des produits alors que la famille continue de s’agrandir au fil des années.»    

 

ÉMANCIPATION DE LA FEMME- Assurer la popote est un devoir pour l’homme sous nos cieux. Mais aujourd’hui, certains chefs de famille en font le cadet de leurs soucis. Prenant à la lettre le concept de l’émancipation de la femme, ils se dérobent à leurs devoirs, arguant inconsciemment que la femme est aujourd’hui l’égale de l’homme et donc se doit de prendre part à toutes les dépenses. Soit ! Dans tous les cas, la femme africaine en général et la femme malienne en particulier ne se sont jamais dérobées à leurs obligations familiales. C’est le cas de cette autre dame qui a sollicité l’anonymat et qui nous raconte : «Je vis depuis une quinzaine d’années avec le père de nos trois enfants.

Ma situation financière étant plus confortable que la sienne, c’est à moi de m’occuper des charges alimentaires du foyer. Lui se contente d’apporter un sac de maïs, un autre de riz et 10 litres d’huile dans le magasin et basta ! Le reste ne le regarde visiblement pas malgré mes plaintes.» Le comportement de cet homme ressemble à bien des égards à celui de nos frères de la campagne qui estiment que leur charge se limite à remplir le grenier. À la femme de s’arranger pour assurer le reste. 
Baba Doumbia, enseignant de profession, n’est pas d’accord avec les propos de nos interlocutrices. Il estime que les femmes ne complètent pas le prix des condiments, «au contraire, elles utilisent une partie de l’argent pour l’investir dans leurs tontines», accuse-t-il. Et de poursuivre : «Sur dix femmes, il peut avoir une seule qui complète le prix de condiments».


C’est aussi l’avis de Madou Koné qui raconte à cet effet une anecdote qu’il dit avoir vécue. «Je donne 2.000 Fcfa par jour à mon épouse pour l’achat de condiments et à chaque repas je ne vois que deux petits morceaux de viande dans la sauce. Un jour je l’ai prise en flagrant délit. En effet, elle payait chaque jour une tontine journalière de 1.000 Fcfa. Les femmes passent leur temps à nous accuser alors que c’est de leur faute», confie-t-il en souriant.   
Devant ces accusations et contre accusations, nous avons voulu savoir ce qu’en pensent les observateurs de notre société. Nous nous sommes adressé au sociologue Modibo Touré. Pour lui, la popote représente le budget alimentaire d’une famille.

Elle est une charge qui incombe aux deux conjoints. «L’homme a des charges reconnues auxquelles il ne peut pas se dérober comme le loyer, l’électricité, etc.» Mais, les réalités de la vie en Afrique font que la popote est aussi considérée et perçue comme un devoir que l’homme, en tant que premier responsable du foyer, doit accomplir. Cependant, si la femme peut l’aider, alors cette aide est toujours bienvenue. 
La vie devient de plus en plus difficile et nos femmes doivent-elles contribuer à l’achat des condiments ? Débat toujours ouvert et dont la fin n’est sûrement pas pour demain.


Proverbe

L’eau fermentée du lavage du mil est appréciée des mouches, mais elle leur est fatale ou souvent.


Signification 

La chose que l’on aime à l’excès est souvent source de malheur. On est souvent puni par où l’on pèche. 

Djeneba BAGAYOGO

Lire aussi : Supposée libération de terroristes : La DIRPA dénonce une pure manipulation

Acculés par la pression militaire exercée par les Forces armées maliennes (FAMa), les groupes armés terroristes et leurs parrains se rabattent désormais sur le terrain médiatique pour tenter de déstabiliser notre pays. Cette dénonciation a été faite par le patron de la Direction de l’inf.

Lire aussi : Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme: Le rapport annuel d’activités 2025 remis au Garde des Sceaux

Les deux tomes du rapportLe rapport annuel d’activités 2025 constitue un document monumental de 1.087 pages, structuré en deux volumes distincts avec un premier tome de 381 pages consacré aux services centraux et un second tome de 706 pages dédié aux juridictions nationales..

Lire aussi : Un choc exogène lié aux tensions géopolitiques

La hausse des prix du carburant au Mali, observée il y a quelques jours, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes au sein de la population..

Lire aussi : À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon.

Lire aussi : Il y a 30 ans, la Flamme de la Paix à Tombouctou

Par décision N° 96-06 /PM du 26 Février 1996, il a été crée une Commission nationale d’organisation de la cérémonie «Flamme de la Paix» présidée par SEM Dioncounda Traoré, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration afri.

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Entre héritage des martyrs de 1991 et refondation de l’Etat

Trente-cinq ans après les évènements historiques de mars 1991, le Mali ne se contente plus de commémorer. Il s'interroge. À l'heure où la Transition place la souveraineté au cœur de l'action publique, la question de l'héritage des martyrs de la démocratie revêt une dimension nouvelle.

Les articles de l'auteur

Championnat professionnel Ligue 1 Orange : Le Djoliba AC creuse l'écart en tête

Le Djoliba AC maintient le cap. Les Rouges ont prolongé leur série de victoires (3 succès d’affilée) en dominant sur le fil l’ASKO (1-0), dimanche dernier au stade Ouezzin Coulibaly pour le compte du match en retard de la 13è journée..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié mardi 31 mars 2026 à 11:50

Match amical Russie-Mali : Les Aigles en ordre de bataille

Le Mali et la Russie s’affrontent en match amical cet après-midi (17h GMT) au stade Gazprom Arena de Saint-Pétersbourg..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié mardi 31 mars 2026 à 11:48

Match amical : Russie-Mali, tom saintfiet avec 21 joueurs

La sélection nationale a entamé son rassemblement, vendredi dernier à l’hôtel River Palace de Saint-Pétersbourg, en Russie. Ce regroupement s’inscrit dans le cadre du match amical face à la Russie, prévu ce mardi au stade Gazprom Arena à partir de 17h GMT..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié lundi 30 mars 2026 à 08:21

Election du CE de la Femafoot : Seule la liste de Mahazou Baba Cisset validée

Le processus électoral pour le renouvellement du comité exécutif de la Fédération malienne de football (Femafoot) a franchi une nouvelle étape. La commission électorale de première instance a tenu un point de presse, hier au siège de la Femafoot pour proclamer les résultats de l’examen des dossiers de candidature en vue du scrutin prévu le 16 avril..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié vendredi 27 mars 2026 à 08:45

Ligue de football de Bamako : L’élection d’Issa Sidibé annulée par la commission d’appel

La Commission d’appel des élections de la Fédération malienne de football (Femafoot) a rendu son verdict, mardi dernier en annulant le procès-verbal de l’élection du bureau de la Ligue de football du District de Bamako, qui s’était tenue le samedi 14 mars dernier..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié vendredi 27 mars 2026 à 08:42

Tournoi UFOA-A U20 : Le technicien Mamoutou Kané ratisse large

La sélection nationale U20 entame sa préparation pour le tournoi qualificatif de l’Union des fédérations ouest-africaines (UFOA-A), prévu du 6 au 25 octobre à Bamako..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié mercredi 25 mars 2026 à 08:36

Championnat professionnel Ligue 1 Orange : Le Djoliba AC prend la tête du classement

La 16è journée du championnat professionnel Ligue 1Orange s'est poursuivie, mercredi dernier, avec l'explication US Bougouba-Djoliba AC qui s’est disputée au stade Mamadou Konaté. Sans surprise, la rencontre a tourné à l’avantage des Rouges de Bamako qui se sont largement imposés 3-1, grâce aux réalisations de Kader Armel (62è min), Boua Kané (80è min) et Boubacar Keïta (85è min)..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié mardi 24 mars 2026 à 08:38

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner