L’Essor : Quel enseignement tirez-vous de cette décision du Chef de l’État d’insuffler une âme supplémentaire au secteur de la culture ?
Adama Traoré : Année 2025, ce n’est pas une place pour la culture, mais toute la place à la culture. Depuis longtemps, nous avons conclu après des études que tous les problèmes que connait notre pays sont d’ordre culturel. Pourtant, le budget alloué au secteur de la culture reste très insuffisant pour l’atteinte des objectifs dans la recherche de la paix et de la cohésion sociale.
Le budget est consacré uniquement au fonctionnement du département en charge de la Culture notamment les salaires des fonctionnaires et l’entretien. C’est maintenant que le politique a décidé de nous donner raison et ensemble nous pourrons relever les défis divers et variés.
L’Essor : En quoi cette décision du Président Goïta va refléter le renouveau ou le changement chez les acteurs culturels ?
Adama Traoré : Les acteurs culturels auront les moyens de leur politique. Ils étaient dans une situation où ils devaient emprunter des armes chez leurs adversaires pour se battre, donc ils étaient loin de cette quête de la souveraineté. Pour faire face à nos différentes missions, les anciennes comme les nouvelles, nous avions besoin de l’engagement des différents acteurs : l’État, les collectivités territoriales et la société civile culturelle.
Nous savons tous que l’appui du Chef de l’État induit l’accompagnement de diverses couches de la société.
L’Essor : Quelles sont les attentes et les perspectives par rapport à cette décision du Président de la Transition ?
Nos attentes sont énormes et pertinentes. Nous pensons que le Projet culture 2025 est un chantier pour la revitalisation du secteur en vue d’assoir un mécanisme, de placer les acteurs au cœur du programme de développement du pays.
Ce qui permettra, cette fois-ci, aux artistes de bien structurer leurs projets, mais aussi la création d’un fonds de soutien à la création artistique et culturelle. Ainsi que la mise en place d’une politique de protection et de promotion des infrastructures culturelles et d’une plateforme avec des boutiques virtuelles pour la vente des œuvres.
La mise en place d’un taux important sur la rémunération de la copie privée pour les artistes. La création et l’attribution du poste de conseiller culturel dans les ambassades sont capitales pour la promotion culturelle. Ce poste doit être technique afin que celui qui l’occupe joue un véritable rôle de vulgarisation de nos valeurs et en faire un véritable levier de promotion de la coopération culturelle entre le Mali et le reste du monde.
Autrement, le conseiller culturel doit être outillé pour mettre en place un réseau pour la sécurité sociale des artistes et mieux vendre l’image positive de notre pays. Avec le projet Mali culture 2025, je pense bien que nous n’aurions désormais pas des conseillers culturels chargés uniquement de négocier des bourses d’études. Mais ceux qui connaissent l’histoire et les valeurs des grands empires du Mali (Manding, Songhaï). Nous espérons que l’année dédiée à la culture permette de corriger cette insuffisance qui handicape notre diplomatie culturelle.
L’Essor : Le théâtre perd de plus en plus sa notoriété au plan national. Peut-on rêver d’une résurrection de cet art ? Et comment s’y prendre ?
Pour la relance du théâtre qui est aujourd’hui sur le plancher, il est nécessaire de se poser certaines questions dont les réponses permettront de donner un début de solutions aux maux de la discipline. Cet art a été l’un des instruments d’éveil de conscience pour l’amélioration des conditions de vie de l’Homme en général et l’avènement de la démocratie dans notre pays.
Le théâtre, c’est aussi le lieu où la représentation se passe. Quels sont aujourd’hui les espaces que nous avions pour le théâtre ? Le décret de décembre 2016 qui transfère aux communes les compétences en matière de culture est incomplet donc il va falloir revoir son application. Il n’y a pas de financement, ni pour la création, ni pour la diffusion. Deux festivals portent à bout de bras le théâtre sans un appui de l’État.
Le Groupe dramatique du théâtre national n’a pas de budget de création tout comme les sections arts dramatiques de nos écoles de formation manquent cruellement de soutien. Il faut aussi relire les textes sur le statut du droit d’auteurs.
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Amadou SOW
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