Une vue des panelistes
La transformation numérique s’accélère dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Mais pour franchir un nouveau cap, le Mali, le Burkina Faso et le Niger misent désormais sur une gouvernance mieux coordonnée et des institutions plus fortes. C’est l’un des principaux enseignements du panel consacré à la « Cartographie et analyse de l’architecture institutionnelle actuelle du numérique au Mali », organisé hier en marge de la Semaine du numérique.
Au Mali, Abdoul Kader Ky a présenté une architecture institutionnelle articulée autour de trois niveaux. Le premier concerne l’orientation stratégique et la coordination des politiques publiques, avec notamment la Présidence de la République, la Primature et les départements ministériels. Le deuxième assure la régulation, le contrôle, l’organisation et le suivi des politiques publiques. Le troisième est consacré à leur mise en œuvre opérationnelle. À ces structures, s’ajoutent les autorités administratives indépendantes, chargées de réguler le secteur, de veiller au respect des textes et de régler les questions relevant de leurs compétences. Les partenaires techniques et financiers contribuent, pour leur part, au financement et à l’accompagnement technique des initiatives.
La société civile joue également un rôle dans la défense des intérêts des consommateurs et la veille citoyenne. Quant au secteur privé, il demeure, selon le directeur national de l’Économie numérique, le principal moteur économique de l’écosystème. «C’est à ce niveau que sont générées les ressources et créés les emplois. C’est la véritable locomotive économique du secteur », a-t-il souligné. L’écosystème malien repose sur plusieurs structures spécialisées, dont l’AMRTP, l’AGEFAU, l’APDP, l’AGETIC et l’AMAP. Ces différentes entités interviennent dans un cadre défini par les textes législatifs et réglementaires relatifs au numérique et à la société de l’information.
Au Niger, Abouakar Noureidine Gado a expliqué que les autorités ont privilégié une meilleure synergie entre les différentes structures chargées du numérique. Plusieurs d’entre elles sont rattachées directement à la Présidence de la République ou à la Primature, afin de faciliter la coordination et la mise en œuvre des politiques publiques. Cette organisation cohabite avec une autorité de régulation indépendante.
Le Burkina Faso a, lui, fait le choix d’un ministère spécifiquement dédié à la transformation numérique. Pour Maxim N’Da, cette configuration facilite la dématérialisation progressive des services publics et permet de renforcer la cybersécurité ainsi que la résilience des systèmes d’information.
Au-delà des différences institutionnelles, les trois pays partagent des défis similaires. Pour Jacqueline Konaté, l’une des priorités est d’accélérer la digitalisation de l’administration publique. Elle a notamment préconisé la création de directions des systèmes d’information dans chaque département ministériel. Les échanges ont finalement fait émerger plusieurs pistes pour renforcer la gouvernance numérique dans l’espace AES. La plus marquante est la création d’un Haut Conseil du numérique, qui aurait pour mission d’appuyer la Présidence de la République dans l’orientation stratégique du secteur. Les participants ont aussi recommandé la généralisation des directions des systèmes d’information au sein des administrations publiques.
L’objectif est de mieux coordonner les projets numériques, d’éviter les initiatives isolées et de favoriser une transformation digitale cohérente de l’État. Autre piste forte : la mutualisation des expertises entre les pays de l’AES. Face à des défis communs en matière de cybersécurité, de dématérialisation, de gouvernance des données et de modernisation des services publics, les participants estiment que les trois États gagneraient à partager leurs compétences, leurs expériences et leurs solutions.
La création d’un Haut conseil du numérique apparaît ainsi comme une volonté de donner une nouvelle impulsion à la gouvernance du secteur. Pour les pays de l’AES, l’enjeu n’est plus seulement de développer le numérique, mais de construire ensemble une architecture institutionnelle capable d’en faire un véritable levier de souveraineté, d’efficacité publique et de développement économique.
Siguéta Salimata DEMBÉLÉ
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