Entre les souvenirs transmis par sa mère et sa grand-mère, la langue bambara et la voix de la cantatrice Oumou Sangaré entendue depuis l’enfance, sans oublier la découverte de Bamako, son parcours avec les Aigles Dames est avant tout une histoire de transmission.
La joueuse d’Albi Marssac Tarn Football ASPTT dispute actuellement sa première CAN féminine avec le Mali. Titularisée contre le Cap-Vert, Marine Coudon, surnommée affectueusement «Oumou Sangaré», a livré un grand match et a pallié parfaitement l'absence de Couloumba Sogoré, blessée à la cheville lors de l'entraînement qui a suivi la rencontre Cameroun-Mali. Souriante, disponible, elle est surtout celle qui anime le groupe. On s'en souvient : après la défaite du Mali face au Cameroun (1-2), elle s'est approchée de ses coéquipières une par une en leur lançant : «Il nous reste encore deux matches. Les supporters ne doivent pas voir cette tristesse dans vos yeux. On va se battre comme des militaires au front. Je vous promets une chance à chacune (rires)».
C'est grâce à ses coéquipières de club que la joueuse est entrée en contact avec le staff technique national pour faire part de ses origines maliennes. « Même avant d'atteindre la trentaine, j'adorais déjà le Mali. Je ne ratais aucun match des Aigles, que ce soit chez les Messieurs ou chez les Dames. C'est à mes 34 ans, alors que je n’y croyais plus, que j'ai reçu un appel en provenance du 223. C'était en juin, lors de la double confrontation contre le Burkina Faso», explique-t-elle. Une fois les démarches administratives réglées, Marine Coudon atterrit au Burkina Faso en juin dernier pour son tout premier rassemblement avec les Aigles Dames. Elle y retrouve onze autres compatriotes ayant grandi en France, dont des visages familiers comme Teninsoun Liliane Sissoko et Kani Konté. «Cette joie de retrouver la sélection nationale était inexplicable. C’est un apaisement du cœur, un retour aux racines pour nous qui sommes, au final, des expatriées. J’ai l’impression d’apporter du réconfort à ma grand-mère. Je sais que ce que je fais lui remplit le cœur. Parce que si ce n’est pas maintenant, ce n’est jamais», confie-t-elle.
Si Marine Coudon ne parle pas couramment le bambara, sa langue maternelle au sens propre, elle le comprend parfaitement après avoir écouté patiemment les échanges familiaux depuis toute petite. «Ma mère et ma grand-mère ont toujours parlé bambara devant moi. C’est une langue qui me parle, c’est ce qui me rapprochait du Mali». À l'issue de cette double rencontre amicale, la joueuse découvre enfin le Mali et n’en croit pas ses yeux, voyant les récits maternels prendre vie sous son regard. «C’était exactement comme dans les souvenirs racontés par ma grand-mère. J’ai pu voir le marché de Bamako où mon grand-père lui a fait la cour et où ils sont tombés amoureux. Intérieurement, c’était un moment très fort. Ma famille me parlait de ce beau pays, mais je n'avais jamais eu l'occasion de le visiter. Ma maman m'expliquait que mon grand-père serait très fier si je représentais un jour le Mali au football».
La voilà aujourd’hui disputant sa toute première CAN au Maroc, vivant son rêve de gosse et concrétisant peut-être celui de ses ancêtres. Elle assure toutefois qu’il ne s’agit pas de prendre la place de quiconque : «À ce niveau de compétition, chacune se bat pour son poste». Quant aux polémiques autour de la double nationalité, elle estime qu'elles restent pour l’instant l'apanage du football masculin. «Beaucoup disent que je ne suis pas Malienne, mais qu'ils sachent que ce n'est pas la couleur de peau qui compte, c'est le cœur. Je suis Malienne à 100 %, j'aime énormément ce pays et je ferai tout pour mieux le découvrir après la CAN».
En dehors des terrains, pour nourrir cette identité sahélienne, la joueuse s’est tournée vers la musique : le mbalax de Youssou N'Dour, la musique mandingue de Salif Keïta et, surtout, la voix d’Oumou Sangaré, l’incarnation du chant wassoulou. De quoi expliquer son surnom : « Je suis la chanteuse du groupe, donc la reine. Même si je ne maîtrise pas parfaitement le bambara, je chante grâce aux paroles que ma grand-mère me traduit. Cela représente énormément pour moi. Oumou Sangaré est un modèle de beauté, de force et une figure d'inspiration féminine». «À la maison, je casse les oreilles de toute la famille et, en regroupement, je chante aussi pour évacuer le stress. Le jour de mon bizutage (tradition d'intégration au cours de laquelle la nouvelle venue chante devant le groupe à la fin du repas, ndlr), je me rappelle avoir interprété l'un de ses morceaux. Je rêve de la rencontrer un jour». La native de Toulouse souligne également qu'elle rêve de voir le Mali soulever le trophée continental. «Aussi bien chez les Messieurs que chez les Dames, le Mali a toujours été une grande nation de football. Il ne nous manque que des détails pour remporter la coupe. Quant à nous, les Dames, nous allons nous battre ce jeudi face au Ghana afin d'arracher ce ticket qualificatif pour les quarts de finale».
Djeneba BAGAYOGO
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