Autonomisation de la femme : Le pari de l’indépendance financière

De plus en plus, les femmes semblent avoir une philosophie toute faite : avoir une autonomie pour ne pas tendre la sébile. Et le plus souvent, c’est pour accompagner leurs conjoints dans la prise en charge des dépenses de la famille

Publié mardi 13 octobre 2026 à 09:04
Autonomisation de la femme : Le pari de l’indépendance financière

Beaucoup de femme excellent dans le domaine du commerce au Mali

 

De nombreuses femmes ont choisi de travailler dur pour ne pas dépendre totalement du pouvoir d’achat de leurs époux. Dans cette quête d’autonomisation financière, ces battantes ont décidé de conquérir presque tous les secteurs : commerce, teinture, agro-business, restauration, agriculture, voire élevage. L’essentiel pour elles, c’est d’assurer leur indépendance et refuser de tendre la sébile. Pour y arriver, elles bravent pluies, froid, vents et ténèbres.

Un lundi matin, aux environs de 5 heures, Fatoumata Diarra se tenait débout au bord de la route à Kati dans l’attente d’un mini  bus Sotrama pour se rendre au marché de Médina coura, communément appelé «Sougouni koura». Elle y va pour s’approvisionner en légumes et les revendre au Grand marché de Kati.

Du haut de ses 50 ans, celle qui est communément appelée Fana exerce cette activité depuis 15 ans. Selon elle, son mari qui est ouvrier arrive difficilement à faire face aux charges quotidiennes. Pour l’aider à payer les frais de scolarité des enfants, voire contribuer à la popote, elle vend des légumes.

Nous l’avons suivie jusqu’au marché de «Sougounikoura» où elle a décidé d’acheter 4 paniers de tomates. Sur place, elle n’aura finalement que deux après une grande détermination. «Pour avoir ce qu’on veut dans ce marché, il faut être dynamique et coriace pour affronter les bousculades, les insultes et les bagarres», informe Fana Diarra. Sur le même site, Alimata Diakité écaille des poissons frais. Mère de trois enfants, cette autre femme s’est fixée comme objectif, depuis la première année de son mariage, de ne jamais tendre la main à son mari pour satisfaire ses propres besoins. Elle dit éviter les remontrances de ce dernier.

 

RECOURS AUX TONTINES- Alimata Diakité dispose de trois grands congélateurs pour la conservation des poissons. Dans son magasin, elle vend également des oignons en gros. À Kati Malibougou, Kadiatou Coulibaly s’est lancée dans la production de savon liquide qu’elle conditionne dans des bidons. «Le matin, après les travaux ménagers, je peux produire une quantité de savon liquide équivalant au contenu de plus de 40 bidons. Dans l’après-midi, je fais le porte à porte pour vendre. Ainsi, je peux faire par jour un bénéfice de 3.000 Fcfa ou plus », explique-t-elle.

Pour mieux économiser, Kadiatou Coulibaly a adhéré à une tontine de 4 personnes. Elle y verse 20.000 Fcfa par semaine. Ainsi à la fin du mois, elle parvient à économiser 80.000 Fcfa. L’entrepreneure confie que grâce à cette épargne, elle va commencer bientôt la construction de sa maison sur une parcelle qu’elle a achetée.

Dans le domaine de l’élevage, les femmes investissent de plus en plus. L’une d’elle, Sabine Camara, habite à Magnambougou en Commune VI du District de Bamako.  Sur le toit de sa maison, elle élève des poules de différentes races (locales et métissées). Elle s’en tire à bon compte, se frotte même les mains pendant les fêtes. Cette activité lui permet de subvenir à ses besoins, d’aider ses parents au village. Mais aussi de financer les études de coupe et couture de sa petite sœur.

Au Grand marché de Bamako, Korotoumou Diallo s’en sort avec la vente de basin et des accessoires de parures de femmes. Elle explique suivre les traces de sa mère qui, selon elle, travaille depuis l’âge de 13 ans pour être autonome. «Je me suis lancée dans la teinture de basin», dit-elle. Aujourd’hui, elle est mariée et a ouvert un compte d’épargne dans une banque de la place, grâce à cette activité.

Ces braves dames sont aussi dans le secteur de la restauration. Mariam Doumbia s’est fait une place dans l’ombre dans cette activité. Elle travaille de 5 à 22 heures au bord d’une route à Samè en Commune III.

Le matin, elle vend du sandwich, des frites et la banane plantain frite (alloco) accompagnés de pain. À midi, elle prépare du riz au gras et le soir, elle fait des pattes, du haricot et l’attiéké. «J’ai commencé ce travail avec une somme de 25.000 Fcfa. Chaque jour, je gagne au moins 10.000 Fcfa de bénéfice», révèle-t-elle. Elle a décidé comme Kadiatou Coulibaly d’économiser cette somme à travers une tontine qui regroupe 10 femmes dont la retombée mensuelle s’élève à 100.000 Fcfa pour chaque membre. Elle a une philosophie toute faite : la famille reste l’affaire de tous. «La femme ne doit pas laisser l’homme prendre en charge toutes les dépenses», souligne-t-elle, avant d’évoquer la nécessité pour une femme d’être autonome.

Dans le domaine de l’agriculture, les femmes sont aussi engagées. Pour la présidente de la Fédération nationale des femmes rurales, Mme Niakaté Goundo Kamissoko, tant que les moyens sont mis à leur disposition pour faire l’agriculture et le maraîchage, la sécurité alimentaire sera assurée ainsi que leur autonomisation financière.

Anne Marie KEITA

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