Concertations sur les conditions de création des partis politiques : Un appel à l’apaisement et à l’inclusion

Dans son discours de nouvel an, le 31 décembre 2025, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a déclaré que l’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques, prévu à l’article 39 de la Constitution du 22 juillet 2023.

Publié mardi 24 février 2026 à 08:44
Concertations sur les conditions de création des partis politiques : Un appel à l’apaisement et à l’inclusion

En annonçant des concertations, le Président Goïta s’inscrit dans une logique inclusive

 

Dans les lignes qui suivent, Dr Ahmed Samaké, maître de conférences à l’Université Kurukanfuga de Bamako, donne plus d’explications pour éclairer davantage la lanterne de l’opinion nationale sur cette annonce présidentielle. L’enseignant-chercheur rappelle que cette déclaration fait référence à l’article 39 de la Loi fondamentale du 22 juillet 2023 qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la loi. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale, de la démocratie, de l’intégrité du territoire national, de l’unité nationale et de la laïcité de l’état». 

Dr Ahmed Samaké affirme qu’il est de tradition que le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, s’adresse à la nation à la fin de chaque année. Selon lui, au-delà de l’annonce technique, cette déclaration porte une forte signification politique et constitutionnelle. L’universitaire soutient que cette annonce du Chef de l’État traduit une main tendue aux acteurs politiques et la volonté d’engager une réforme structurante du système partisan malien. Pour Dr Samaké, en annonçant des concertations, le Président Goïta s’inscrit dans une logique inclusive.

À son avis, il ne s’agit pas d’imposer un texte unilatéralement, mais d’ouvrir un cadre de dialogue autour d’une réforme attendue. «Cette méthode présente une double portée: elle renforce la légitimité du futur texte. Elle participe aussi à la pacification du débat politique dans un contexte national exigeant cohésion et responsabilité», a souligné Ahmed Samaké, analysant qu’il ressort de cette disposition constitutionnelle deux faits majeurs. D’abord, les partis politiques apparaissent comme les acteurs privilégiés de la vie politique en ce sens qu’ils participent à l’expression du suffrage universel. Ensuite, leur formation et exercice sont garantis librement, mais encadrés par la loi. Le diplômé de l’Université Cheick Anta Diop de Dakar (Ucad) insiste que, par ce discours, le Général d’armée Assimi Goïta manifeste un choix politique assumé en faveur de l’instauration d’un équilibre entre liberté politique et responsabilité constitutionnelle.

 

PLURALISME ORDONNÉ- En ce qui concerne l’assainissement du paysage politique, notre interlocuteur dénonce le fait que le système partisan malien a longtemps été marqué par une prolifération de partis, parfois peu structurés et faiblement représentatifs. Le docteur en droit public explique que l’article 39, soumet la liberté des partis à «des conditions déterminées par la loi», et ouvre la voie à une rationalisation nécessaire. Avant d’assurer que l’objectif d’assainissement peut se décliner autour de plusieurs axes.

Parmi lesquels, le renforcement de la représentativité nationale des partis, l’exigence accrue de transparence financière, la promotion d’une organisation interne démocratique et la lutte contre les formations opportunistes ou purement circonstancielles.  Le maître de conférences spécifie qu’il ne s’agit pas de restreindre le pluralisme, mais de le rendre plus cohérent et plus crédible. «Un pluralisme ordonné est plus fort qu’un pluralisme dispersé», fait remarquer le chercheur.

Se prononçant sur une réponse adéquate à la prolifération des partis politiques, le spécialiste en droit communautaire retient qu’avant l’adoption de la Constitution, le paysage politique malien comptait plus de 200 partis politiques. «L’article 39 combiné avec la future loi, pour l’heure en stade d’avant-projet de loi, vise à organiser le système partisan en vue d’éviter une prolifération anarchique incontrôlée et garantir dans le même temps qu’un seul parti politique soit réellement porteur d’un projet politique cohérent», indique Dr Ahmed Samaké.

 D’après lui, cela peut être positif pour l’efficience du système politique. Toutefois, développe l’analyste, si l’encadrement est trop strict, il risquerait d’aboutir à l’exclusion des partis politiques concurrents. «Ce qui soulève des inquiétudes sur la liberté d’opposition», alerte le professeur d’enseignement supérieur qui, d’ailleurs, est à la recherche de solutions définitives dans le respect des principes constitutionnels.

 

SOCLE INTANGIBLE- Le juriste maintient que l’article 39 impose aux partis, le respect de cinq principes fondamentaux qui sont : la souveraineté nationale, la démocratie, l’intégrité du territoire, l’unité nationale et la laïcité. Ainsi, le chef de département des sciences administratives à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap) conforte cette thèse en martelant que ces exigences constituent le socle intangible de l’ordre constitutionnel.

En évoquant des «concertations nécessaires», poursuit l’enseignant-chercheur, le Chef de l’État semble indiquer que la réforme du système partisan doit contribuer à consolider l’unité nationale, à prévenir les fractures politiques, à garantir que l’action partisane s’inscrive dans le cadre républicain. «Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et institutionnels, la réforme annoncée apparaît comme une recherche de solutions durables, au-delà des ajustements conjoncturels», reconnaît Dr Ahmed Samaké.

Abordant les enjeux démocratiques majeurs, le spécialiste en droit suggère d’assurer un espace politique pluraliste tout en préservant l’unité et la stabilité du pays. S’agissant du rôle des futures concertations et de l’avant-projet de loi, notre expert estime qu’ils visent à définir un cadre équilibré, préserver les libertés fondamentales, à éviter les abus, faire en sorte que les partis politiques puissent jouer pleinement leur rôle dans l’expression du suffrage et la vie démocratique du pays. De l’avis du professeur d’Université, l’annonce présidentielle peut être interprétée comme un appel à la responsabilité collective et de maturité politique. 

 En ce sens que, souligne-t-il, la Constitution garantit la liberté des partis, tout en exigeant d’eux aussi la loyauté à l’égard des fondements de l’État.  Dans l’explication du juriste, la réforme à venir devra réaliser un équilibre délicat qui est de préserver le pluralisme démocratique, de renforcer la stabilité institutionnelle, d’éviter toute dérive liberticide, d’instaurer un cadre clair, prévisible et équitable.

«Si elle est conduite dans l’esprit des concertations annoncées, cette initiative pourrait marquer une étape décisive dans la consolidation de la démocratie malienne», rassure Dr Ahmed Samaké, réitérant qu’en ouvrant le chantier des concertations, le Général d’armée Assimi Goïta adresse un signal d’apaisement et d’inclusion.

Dans ses propos, l’homme de droit soutient que la réussite de cette réforme dépendra désormais de la capacité des acteurs politiques à saisir cette main tendue et à inscrire le débat dans une perspective d’intérêt général.   «La réforme du système partisan ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une opportunité qui est celle de doter le Mali d’un cadre politique assaini, stable et durablement ancré dans les principes républicains», conclut Dr Ahmed Samaké. 

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NECESSITE DE REFONDATION ET D’INCLUSIVITE

Le Collectif pour la défense des militaires (CDM), par la voix de son secrétaire général, trouve que l’annonce du Président de la Transition révèle un acte de rupture historique et salutaire pour la République du Mali. Younouss Soumaré ajoute que le temps de la complaisance politique appartient désormais au passé. «Notre nation ne saurait continuer à supporter les conséquences de pratiques partisanes qui, par le passé, ont contribué à l’affaiblissement de l’État, à l’atteinte de notre souveraineté et à la fragilisation du lien de confiance entre le peuple et ses dirigeants», argumente-t-il.

Le responsable du CDM soutient que la cohésion nationale, la restauration de l’autorité de l’État, la justice, la sécurité et la souveraineté constituent les piliers indispensables d’une vie politique saine et apaisée. Younouss Soumaré clarifie que la refondation d’un État exige de transcender les considérations partisanes pour privilégier la stabilité durable et l’unité du pays.  Quant à la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafo), elle dira que la déclaration du Président de la Transition signifie que la question des partis politiques est importante pour l’avenir démocratique du Mali.

 Mme Kouyaté Goundo Sissoko explique que le fait qu’il s’appuie sur la Constitution est un message fort pour les institutions et les citoyens. Cependant, elle dira que la dissolution des partis politiques, a été soutenue, car beaucoup de Maliens estimaient que le système partisan ne répondait plus aux attentes des populations. «Il fallait faire une pause pour réfléchir, corriger et mieux organiser. Aujourd’hui, les concertations annoncées peuvent être une bonne chose si elles servent à repenser le rôle des partis politiques, leur utilité pour les citoyens et leur manière de fonctionner. Mais cela ne sera possible que si toutes les voix sont écoutées », souhaite la cheffe de la Cafo.

Pour elle, les concertations doivent être nationales et inclusives. à son avis, ces concertations doivent associer les acteurs politiques, y compris les responsables des partis dissous, les organisations de la société civile, les organisations de femmes et de jeunes, les autorités traditionnelles et religieuses ainsi que les experts juridiques et constitutionnels. Mme Kouyaté Goundo Sissoko pense que la refondation du système partisan est une opportunité historique.

Selon ce leader d’un ancien parti politique qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat, il est impossible que les acteurs politiques participent à ces concertations. Mais, il est persuadé de la main tendue du Chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta. «à quel titre, les acteurs politiques viendront ?», s’interroge l’homme politique. Puis, il se demande sur les modalités d’implication de l’ancienne classe politique. Pour lui, il est difficile de raser la tête de quelqu’un à son absence. Comme préalable aux concertations annoncées, il propose d’abroger le décret n°2025-0339/PT-RM du 13 mai 2025 portant dissolution des partis politiques et organisations à caractère politique.

Namory KOUYATE

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