Disparition de Boncana Maïga : La dernière note d’un maestro «Maravilla»

De Gao à La Havane, d’Abidjan à Paris, Boncana Maïga aura traversé six décennies de musique en bâtisseur infatigable. Du groupe musical «Las Maravillas» composé de jeunes maliens revenus des études à Cuba à son mythique titre «Mariétou», le natif de la capitale des Askias aura été un virtuose et pédagogue

Publié lundi 02 mars 2026 à 08:44
Disparition de Boncana Maïga : La dernière note d’un maestro «Maravilla»

incomparable. Il a façonné des générations de musiciens maliens et africains, offrant au monde un maestro dont l’héritage résonne bien au-delà des frontières. Le 28 février, à Bamako, la « maravilla » malienne a joué sa dernière note, laissant derrière lui un silence chargé de mémoire et de gratitude


La triste nouvelle du décès du maestro Boncana Maïga a fait le tour des réseaux sociaux et des sites des médias très tôt samedi dernier.  Le célèbre artiste interprète, instrumentiste, arrangeur, formateur et surtout présentateur vedette de télévision a perdu la dernière bataille qu’il livrait contre la maladie dans une clinique à Bamako. Aussitôt, les hommages de nos compatriotes, des Africains et du monde entier ont commencé à inonder les plateformes sur les réseaux sociaux.

Unanimement tous ont reconnu que c’est incontestablement l’un des plus grands artistes du continent. La nouvelle de son décès le dispute aux titres et manchettes des grands médias sur les bombardements américains et israéliens sur l’Iran. Boncana Issa Maïga naquit à Gao, le 30 mai 1948.  L’artiste, pétri de talent, ayant subi une formation de haut niveau avec une expérience professionnelle d’une cinquantaine d’années était resté un homme très simple et ouvert au dialogue.

Il a fréquenté tous les grands artistes et autres professionnels du sous-secteur de la musique, c’est-à-dire de Manu Dibango à Master Soumi en passant par Alpha Blondy, Aicha Koné, Abdoulaye Diabaté, Sékouba Bambino, Oumou Sangaré, Adja Soumano, Ibrahima Sylla promoteur de Syllar Production. Des artistes de tous les pays et de tous les acabits.

Il fait ses débuts en musique avec le Négro-Band dans les années 1960, un orchestre avec lequel il fera le tour du Mali avant de rejoindre Cuba en 1963 après avoir obtenu une bourse pour s’y perfectionner dans la maîtrise de la flûte et du saxophone. En 1968, il fonde un autre groupe: Les Merveilles du Mali. Après un bref retour au Mali en 1972, Boncana Maïga décide de s'exiler en Côte d'Ivoire. «Je suis parti du Mali par la fenêtre et la Côte d’Ivoire m’a ouvert grandes ses portes», aimait-il rappeler. 

 Boncana Maïga était donc le dernier survivant de cette bande de jeunes musiciens envoyés à Cuba par le 1er Président du Mali, Modibo Keïta. Il vient ainsi de rejoindre ses autres compagnons dans l’Au-delà. C'est à Abidjan qu'il a fait une grande partie de sa carrière. Il a été successivement professeur de musique à l’Institut national des arts (INA), directeur adjoint du Conservatoire de Côte d’Ivoire. Il forme et dirige pendant 14 ans l'orchestre de la Radio télévision ivoirienne (RTI). Il se consacre aux arrangements pour d'autres artistes, notamment Alpha Blondy, Abdoulaye Diabaté et bien d’autres.

En 1988, il écrit la musique originale du film Bal Poussière, réalisé par Henri Duparc, pour qui il avait composé la musique du téléfilm Aya en 1986. En 1992, il fonde le groupe Africando avec l'Ivoirien Ibrahim Sylla, un orchestre qui intègre toutes les sonorités africaines.


En 2001, il se retrouve seul à présenter l'émission Stars parade, d'abord diffusée sur CFI TV puis sur TV5 Monde. Stars Parade célèbrera son 1000e numéro le 16 décembre 2018, avec de nombreux invités, y compris BJ Sam du Nigeria. Artiste musicien à la carrière internationale qui est venu sous les projecteurs après avoir composé "Mon Amour" la bande sonore du film hollywoodien "Heart of fatness" du réalisateur Lloyd Kaufman

De retour au Mali à partir de 2005, Boncana Maïga a ouvert Maestro-Sound Mali, une maison de production audiovisuelle et discographique. En 2006, il signe la musique de Moolaadé, du réalisateur Ousmane Sembène. À partir de 2009, il co-anime avec la journaliste Aïssata Cissé l'émission Tounkaguna, destinée à découvrir de nouveaux talents musicaux.

En 1997, Boncana reçoit un Kora Award comme arrangeur. Ce grand instrumentiste, saxophoniste, flutiste, arrangeur, va beaucoup booster la  rélévision ivoirienne et de nombreux artistes ivoiriens comme Chantal Taiba, Nayanka Bell, Jeanne Agnimel, Aicha Koné, Virginie Godji, Nemlin Paul, Saberty Waiper, etc.


Il est auteur compositeur et propriétaire d'œuvres dont ''Mariétou'' avec cette sonorité venue du Sahel qui a conquis assez de cœurs. Aicha Koné, Gadji Céli, Alpha Blondy, Kamaldine, Orentchy, Meiway pour ne citer que ceux-là, sont, entre autres artistes, dont des arrangements portent sa griffe.

«Indépendance cha-cha» ! fut au cœur des années 1960, le mot d’ordre des orchestres africains inspirés par des rythmes latinos. L’un de ces nombreux orchestres va vivre un destin éphémère, mais extraordinaire : «Las Maravillas de Mali» ! Un orchestre dont l’histoire a émerveillé et inspiré Richard Minier et Edouard Salier qui y ont consacré un film, sorti le 16 septembre 2020. L’orchestre mythique qu’ils y formèrent, «Las Maravillas de Mali» connut un étincelant succès retracé par le producteur et le réalisateur français, Richard Minier, lancé sur la piste des derniers membres survivants. «Africa Mia» tisse les fils de la création musicale avec ceux de la géopolitique, l’histoire intime des individus et les bouleversements du siècle passé: décolonisation, guerre froide.

«Les merveilles du Mali» (Las Maravillas de Mali) sont adoptés par l’exigeant public cubain. Ils enregistrent un 33 tours en 1967 avec 12 chansons en espagnol, bambara et français. Alors que le film arrive en salle, seul Boncana Maïga, l’ancien arrangeur et chef d’orchestre du groupe, était encore en vie. «Ce film est un magnifique témoignage musical totalement fidèle à ce que nous avons vécu et qui retrace non seulement l’histoire du groupe, mais aussi celle du Mali et de Cuba», a reconnu le maestro Boncana Maïga.


 «Cinquante ans plus tard, mes compagnons ne sont plus là pour assister à cette renaissance du répertoire que nous avons créé ensemble, à cette consécration de «Maravillas de Mali», déplorait souvent le maestro dans ses nombreuses interview accordées aux médias. N’empêche que cette résurrection est avant tout une belle revanche pour cet orchestre qui a fait danser toute l’Afrique de l’Ouest, avec notamment son titre phare. Il était marié à l’artiste chanteuse Guinéenne Kamaldine et laisse les mélomanes éplorés inconsolables.

Youssouf DOUMBIA

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