Dr Sogoba Jacqueline Konaté : «La robotique peut accélérer le développement de notre pays»

Coordinatrice des activités d’opérationnalisation du Centre d’intelligence artificielle et de la robotique du Mali (Ciar-Mali), notre interlocutrice est la première femme docteur en informatique au Mali. Enseignante de génie logiciel à la Faculté des sciences et des techniques (FST), ancienne cheffe de cabinet au ministère de la Communication, de la Poste et des Nouvelles technologies, Dr Sogoba Jacqueline Konaté est aujourd’hui en charge de l’opérationnalisation du Ciar-Mali

Publié jeudi 24 août 2023 à 05:53
Dr Sogoba Jacqueline Konaté : «La robotique peut accélérer le développement de notre pays»

L’Essor : Qu’est-ce que la robotique ?

Dr Sogoba Jacqueline
Konaté : La robotique est la branche de la technologie qui traite de la conception, de la construction, du fonctionnement et de l’application des robots et des systèmes informatiques pour le contrôle, la rétroaction sensorielle et le traitement de l’information. Le robot est un dispositif qui exécute des tâches humaines, soit automatiquement, soit par télécommande.

L’Essor : Dans quels secteurs d’activité la robotique s’applique aujourd’hui au Mali et quelles tâches peut-on lui affecter ?

Dr Sogoba Jacqueline Konaté : Le travail des robots peut être classé en trois grandes catégories : l’assemblage et la finition des produits, le déplacement des matériaux et objets et l’exécution des travaux dans des situations difficiles ou dangereuses pour l’humain. Quel que soit le domaine d’activité, les robots sont généralement utilisés pour les tâches suivantes : les tâches sales, les tâches répétitives, les tâches dangereuses, les tâches impossibles à exécuter pour l’homme, les aides aux personnes handicapées. Ils sont capables d’exécuter des tâches qui demandent une précision beaucoup plus élevée que celle dont sont capables les humains.

Aujourd’hui, la robotique est très présente dans les domaines de l’exploration menée dans des conditions extrêmes comme les missions spatiales, les recherches dans l’Arctique et l’Antarctique ou encore les explorations dans les profondeurs sous-marines ou à l’intérieur des volcans. Dans des domaines plus proches du quotidien, la robotique fournit une assistance médicale précieuse au personnel soignant, que ce soit les chirurgiens ou les infirmiers. Elle joue un rôle essentiel dans l’assemblage des pièces en usine. Il ne faut pas oublier l’utilisation grandissante de la robotique dans les équipements militaires et de sécurité.

L’Essor : Que peut apporter la robotique à l’économie malienne ?

Dr Sogoba Jacqueline Konaté : La robotique peut accélérer le développement de notre pays, car il est reconnu qu’elle accroît la productivité dans le travail. Les robots qui aident dans la modernisation de l’agriculture, l’élevage et la pêche peuvent être d’un grand apport dans ces secteurs. Le domaine de la santé a aussi besoin de robots pour aider les praticiens à améliorer les soins de santé et à soulager certains d’entre eux des tâches répétitives et pénibles telles que le port des malades et de certains objets lourds ou délicats.

L’industrialisation du Mali passe obligatoirement par l’utilisation des robots, car les tâches qu’on y mène sont difficiles et pénibles pour l’humain. Les robots sont donc tout indiqués pour les exécuter. Aucune société industrialisée ne peut se passer de robots, car ceux-ci ne se fatiguent jamais contrairement à la main d’œuvre humaine. En outre, les robots sont une solution pour protéger l’humain des conséquences des travaux difficiles et dangereux pour celui-ci. Ainsi, l’humain pourra se consacrer à d’autres tâches plus qualifiées qui requièrent des aptitudes dont les robots ne disposent pas encore.

L’Essor : Dans quelles proportions la robotique peut booster l’économie malienne ?

Dr Sogoba Jacqueline Konaté : Aujourd’hui, je ne saurais avancer des chiffres, mais je peux laisser entendre que les bénéfices de la robotisation seront importants pour l’économie malienne. Premièrement, elle va créer des emplois plus qualifiés à la place de ceux qu’elle fera supprimer. On peut citer tous les métiers dans la chaîne allant de la conception à la maintenance des robots en passant par leur implémentation et leur surveillance. Ces métiers sont plus valorisants pour l’humain et génèrent plus de profits que les travaux ordinaires exécutés par des ouvriers.

Pour vous donner un exemple concret du «plus» qu’apporte la robotisation, nos postes de péage peuvent être dotés de systèmes intelligents, capables de faire le recouvrement des taxes sans l’intervention humaine. Cela apporte la sécurité des recettes recouvrées et des personnes qui sont souvent attaquées par des bandits armés. En outre, cela empêche de laisser certains postes de péage abandonnés la nuit pour raison d’insécurité, ce qui fait perdre à l’État des recettes conséquentes.

Autre exemple, les drones sont des robots mobiles volants qui sont devenus très célèbres par leur utilité dans la sécurisation de territoire, le renseignement, l’agriculture, la santé, etc. Ils peuvent non seulement sauver des vies, mais aussi et surtout aider à développer la productivité agricole en intervenant dans l’application des pesticides, la protection des champs contre les insectes dévoreurs, la sauvegarde de la récolte. Bref, les applications possibles de la robotique au Mali sont légion.

Quand les machines travaillent et produisent correctement, la productivité sera beaucoup plus importante. Cela va se sentir dans l’économie et dans la société de façon générale, au niveau tant du salaire des employés que de la qualité de vie. In fine, l’industrie de la robotique est elle-même très lucrative. Les producteurs de ces machines font beaucoup de bénéfices en vendant leurs produits au monde entier. Comme dit précédemment, les robots créent un grand nombre de métiers au cours de leur cycle de vie.

L’Essor : Quelle place occupe actuellement la robotique au Mali ?

Dr Sogoba Jacqueline Konaté : La robotique en est à ses débuts au Mali. Le centre Robots Mali est dédié aux jeunes élèves qui sont au stade de l’initiation. Ils font des formations et assemblent des robots. Ils ont participé à plusieurs compétitions internationales et sont sortis gagnants de la plupart d’elles. Ces prouesses ont conduit les autorités à créer un cadre plus favorable au développement de l’intelligence artificielle et de la robotique. C’est ainsi que le projet de mise en place du Centre d’intelligence artificielle et de la robotique est né.


La première pierre du Centre a été posée le 7 juin dernier. Il a pour missions d’initier et de mener des projets de recherche en intelligence artificielle et robotique ; participer au développement de la recherche dans les technologies de l’information, de l’intelligence artificielle, de la robotique et des sciences et techniques ; dynamiser un écosystème scientifique et industriel favorable au développement des sciences, des techniques et des technologiques ; contribuer à la formation initiale et continue en intelligence artificielle et en robotique. Le Ciar-Mali sera un pôle d’excellence qui aura la capacité d’accueillir des chercheurs et des enseignants-chercheurs de l’intelligence artificielle et de la robotique.

L’Essor : Quelle est la vocation première du Ciar-Mali ?

Dr Sogoba Jacqueline Konaté : La vocation première du Ciar-Mali est la recherche et le développement dans l’intelligence artificielle et la robotique. Le Ciar va également assurer l’initiation des enfants, ainsi que la formation initiale et continue pour créer un vivier de spécialistes de l’intelligence artificielle et de la robotique. Cela permettra d’impacter plusieurs domaines prioritaires pour le Mali. Ainsi, au niveau social, économique, sécuritaire, le Centre permettra d’améliorer l’efficacité du travail dans les secteurs productifs et augmenter la productivité ; de prendre en charge des questions médicales et environnementales ; de créer des industries technologiques pourvoyeuses d’emplois ; de réduire la pénibilité de certaines tâches.

Propos recueillis par

Oumar SANKARE

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