Économie verte et développement durable : Un filon peu exploré dans la zone UEMOA

Cette initiative pourrait devenir un véritable moteur de développement pour les pays de l’espace. Pour y parvenir, les acteurs du secteur appellent à davantage d’investissements, de formation et de coordination afin de transformer ce potentiel en résultats concrets pour les populations.

Publié jeudi 04 juin 2026 à 12:11
Économie verte et développement durable : Un filon peu exploré dans la zone UEMOA

Des années en arrière, les notions d’économie verte et de développement durable étaient surtout évoquées dans les débats institutionnels au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Aujourd’hui, elles se concrétisent à travers des initiatives locales des entrepreneurs et de certains centres. Ainsi, le secteur s’impose peu à peu comme une solution au changement climatique, à la sécurité alimentaire et au chômage des jeunes.


À en juger par le nombre d’initiatives dans les domaines de l’agriculture durable, des énergies renouvelables, de la gestion des déchets ou encore de l’agroécologie, l’économie verte gagne progressivement du terrain dans l’espace UEMOA. Au Mali singulièrement, cette réalité est d’autant plus visible avec l’émergence d’entreprises innovantes et respectueuses des objectifs du développement durable. Parmi ces entreprises figure Niang Holding (NH). Une entreprise de marketing et de conseil créée en 2010 et spécialisée dans la chaîne de valeur agricole. Grâce à son partenariat avec Tambaroua Business Farming, une ferme agro-pastorale de recherche et développement, elle combine expertise et expérience de terrain pour développer des solutions adaptées aux réalités locales.


Selon son cofondateur, Mohamed Ali Niang, NH participe à la transition vers une économie plus verte en proposant des solutions agricoles, énergétiques et économiques permettant de produire davantage tout en préservant les ressources naturelles. À travers son expérience avec Tambaroua Business Farming, elle s’appuie sur des pratiques comme l’agriculture protégée, l’irrigation goutte-à-goutte, le pompage solaire, l’agriculture de précision ainsi que les productions horticole, avicole et laitière. Concrètement, elle encourage l’utilisation de serres, de systèmes d’irrigation performants et de techniques de fertilisation intelligente. Aussi, l’entreprise œuvre à la protection de l’environnement avec le recours à l’énergie solaire et à des solutions de stockage et de transformation pour réduire les pertes après récolte. Elle favorise enfin les circuits courts afin de rapprocher les producteurs des consommateurs.


LA NUTRITION DE 115 000 ÉCOLIERS AMÉLIORÉE – Les résultats obtenus illustrent cette approche. Depuis sa création, Tambaroua Business Farming a exploité un net house de deux hectares, un hectare de culture en goutte-à-goutte alimenté à l’énergie solaire ainsi qu’une serre hydroponique urbaine à Bamako servant à la fois de site de production, de démonstration et de formation. « Nous avons accompagné des projets de fermes modernes et d’installations solaires de Taoudéni à Kayes. Nos membres ont mobilisé plus de 375 000 dollars US (soit 206,2 millions de FCFA) à travers des concours internationaux et plus de 30 millions d’euros (soit 19,6 milliards de FCFA) pour financer des initiatives agricoles. Nous avons touché plus de 10 000 agriculteurs et amélioré la nutrition de 115 000 écoliers grâce à la fortification du riz », explique Mohamed Ali Niang.


Au-delà de cet exemple, l’économie verte offre de nombreuses opportunités dans l’espace UEMOA. Selon plusieurs acteurs du secteur, le potentiel est important dans l’agriculture intelligente face au climat, l’irrigation solaire, les biofertilisants, l’agroforesterie, la transformation locale des produits agricoles, la chaîne du froid et les métiers verts. Ces perspectives sont confirmées par un rapport de FSD Africa et du cabinet Shortlist. L’étude estime que l’économie verte pourrait générer entre 1,5 et 3,3 millions d’emplois directs en Afrique d’ici 2030, notamment dans les secteurs de l’énergie solaire, des technologies agricoles adaptées au climat et de la mobilité électrique.


En plus des investissements des entreprises comme NH, plusieurs organisations accompagnent cette transition au Mali. MaliFolkcenter est dans ce lot. Le centre intervient dans le financement, la formation et l’accompagnement des acteurs du secteur. L’organisation soutient notamment des entreprises engagées dans des activités durables et mène actuellement un projet de concertation sur l’économie verte au Mali.


Pour Habibatou Touré, coordinatrice du projet à MaliFolkcenter, l’économie verte représente une véritable opportunité pour le développement durable du pays. « Que ce soit dans les énergies renouvelables, l’agriculture durable ou la gestion des déchets, les opportunités sont nombreuses. Consciente de l’importance de cette thématique, MaliFolkcenter met actuellement en œuvre un projet de concertation autour de l’économie verte afin de proposer des stratégies adaptées aux autorités », indique-t-elle.


LE FINANCEMENT VERT RESTE UN DÉFI – Dans cette dynamique, le centre forme des jeunes à l’installation de systèmes solaires photovoltaïques et accompagne des groupements de femmes dans le développement de sites maraîchers utilisant des pompes solaires et des pratiques agroécologiques. Selon Habibatou Touré, les premiers résultats sont encourageants. « Vingt-cinq jeunes ont terminé une formation à l’installation photovoltaïque et plus de quinze ont déjà décroché un stage », affirme-t-elle.


Malgré ces avancées, plusieurs obstacles continuent de freiner le développement de l’économie verte au Mali et dans l’espace UEMOA. Parmi eux figurent la faible adoption des technologies adaptées, le manque de financement, les effets du changement climatique ainsi que les pertes post-récoltes. Habibatou Touré évoque également la fragmentation des politiques publiques. « L’énergie et l’agriculture sont étroitement liées. Il faut davantage de collaboration entre l’État, les services techniques, les entrepreneurs et la société civile. Le financement vert reste aussi un défi, car les institutions financières connaissent encore mal ce domaine », souligne-t-elle.


Mohamed Ali Niang partage ce constat. Selon lui, le sous-financement du secteur agricole, l’impact croissant du changement climatique et les pertes post-récoltes qui peuvent atteindre 37 % dans certaines filières limitent encore le développement des initiatives vertes.Sur le plan économique, Modibo Mao Makalou estime que la transition vers une économie verte est devenue une nécessité pour les pays membres de l’UEMOA.  L’économiste rappelle que, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’économie verte vise à améliorer le bien-être des populations tout en réduisant les risques environnementaux.


Pour lui, la réussite de cette transition dépendra de la capacité des pays à investir dans les compétences et les métiers verts. « L’économie verte nécessite de nouvelles compétences dans des domaines comme le compostage, les biocarburants, l’énergie solaire ou encore la reforestation », explique-t-il. Dans le contexte ouest-africain, les secteurs les plus concernés sont notamment l’agriculture, l’élevage, l’énergie, la pêche, la foresterie, l’industrie, le tourisme, le transport, l’assainissement et la gestion de l’eau. Au Mali, la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD) 2024-2033 accorde une place importante à la protection de l’environnement, à l’adaptation au changement climatique et à la résilience des populations.


Si les défis restent nombreux, les opportunités sont tout aussi importantes. Entre création d’emplois, amélioration de la productivité agricole, développement des énergies renouvelables et renforcement de la résilience climatique, l’économie verte pourrait devenir un véritable moteur de développement pour les pays membres de l’UEMOA. Pour y parvenir, les acteurs du secteur appellent à davantage d’investissements, de formation et de coordination afin de transformer ce potentiel en résultats concrets pour les populations.

Siguéta Salimata DEMBÉLÉ

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