Femmes rurales : Le cri des mains qui nourrissent le Mali

Elles sont des millions à cultiver, transformer et commercialiser les produits qui arrivent chaque jour sur les marchés. Pourtant, celles qui portent une grande partie de la production alimentaire restent confrontées à un défi majeur : l’accès à des terres sécurisées

Publié jeudi 13 août 2026 à 07:28
Femmes rurales : Le cri des mains qui nourrissent le Mali

Les femmes jouent un rôle majeur dans la production agricole

 

Avant l’aube, elles sont déjà dans les champs. Elles sèment, désherbent, récoltent, transportent et vendent. Dans les villages comme dans les villes, leurs efforts nourrissent les familles et font vivre des milliers de petits marchés. Elles sont les gardiennes d’un savoir-faire agricole transmis de génération en génération. Mais derrière cette contribution essentielle se cache une réalité moins visible : beaucoup d’entre elles travaillent encore sur des terres qu’elles ne sont pas certaines de conserver.

C’est ce paradoxe que dénonce la Fédération nationale des femmes rurales (Fenafer). Pour sa présidente, Mme Niakaté Goundo Kamissoko, le combat des femmes rurales a changé de dimension. « Avant, nous demandions l’accès à la terre. Aujourd’hui, nous demandons des terres sécurisées », explique-t-elle.

Dans les locaux modestes de la Coordination nationale des organisations paysannes (Cnop), où elle reçoit notre équipe de reportage, la responsable revient sur plusieurs années de lutte. Selon elle, donner une parcelle à une femme ne suffit pas si cette dernière ne dispose pas d’une garantie officielle sur cette terre.

«Si une femme reçoit une terre qui n’est pas sécurisée, aucun partenaire ne prendra le risque d’investir pour son aménagement. Et lorsque cette terre commence à produire, quelqu’un peut venir la réclamer. C’est pourquoi, nous insistons sur la sécurisation foncière», souligne Mme Niakaté Goundo Kamissoko.

Cette revendication résume aujourd’hui l’essentiel du combat de la Fenafer. Car derrière la question de la terre se joue celle de l’autonomie économique des femmes, de la réduction de la pauvreté en milieu rural et surtout de la sécurité alimentaire du pays.

Créée en 2004, la Fédération nationale des femmes rurales est née d’une mobilisation venue du terrain. L’histoire commence à Koutiala, lors de la Journée du paysan en 2003. À cette occasion, un groupe de femmes rurales avait réussi à prendre la parole devant l’ancien président, Amadou Toumani Touré pour exposer leurs difficultés, notamment l’accès limité aux ressources foncières.

Leur message était alors clair : les femmes rurales jouent un rôle majeur dans la production agricole, mais elles ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour développer leurs activités. Elles ont besoin d’une organisation capable de défendre leurs intérêts et de porter leur voix auprès des décideurs.

Un an après, la Fenafer voyait le jour avec une mission précise : défendre l’accès des femmes rurales aux revenus, aux équipements, à la formation, aux marchés et surtout à la terre.

 

UN COMBAT POUR FAIRE RESPECTER LES 15 %- La question foncière reste toutefois le principal défi. La Loi d’orientation agricole, adoptée en 2006, prévoit que 15 % des terres aménagées par l’État soient attribuées aux femmes, aux jeunes et aux personnes vulnérables. Une disposition considérée comme une avancée majeure, mais dont l’application demeure encore un chantier. «Nous reconnaissons les progrès réalisés.

Beaucoup d’efforts ont été faits pour améliorer les conditions des femmes rurales. Mais il reste encore beaucoup à faire», reconnaît la présidente de la Fenafer. 
Selon elle, l’une des difficultés majeures réside dans le suivi de l’application effective de cette disposition sur l’ensemble du territoire national. «Lorsqu’un aménagement est réalisé à Ségou, Mopti, Kita ou Manantali, normalement les acteurs doivent nous informer avant la répartition pour permettre aux femmes d’avoir leur quota. Mais souvent, nous découvrons les choses après», regrette-t-elle.

Pour changer cette situation, la Fenafer a décidé de renforcer son action de plaidoyer. «Nous ne sommes pas dans la confrontation. Nous privilégions le dialogue et la sensibilisation», précise Mme Niakaté Goundo Kamissoko.

La stratégie consiste à réunir autour d’une même table tous les acteurs qui interviennent dans la gestion des terres : autorités administratives, chefs de village, autorités coutumières, élus locaux, commissions foncières et organisations agricoles.

Leur message est simple : une femme ne demande pas seulement une terre, elle demande une terre qui lui appartient réellement, reconnue par un document officiel.

«Une lettre d’attribution est une sécurité. Elle permet aux partenaires de croire au projet et d’investir dans les activités des femmes », explique la présidente de la Fenafer.

Avec ce document, les bénéficiaires peuvent accéder plus facilement à des appuis pour réaliser des clôtures, installer des forages ou aménager leurs parcelles. 
Grâce à ses actions de plaidoyer, la Fédération affirme avoir obtenu plus de 40 lettres d’attribution au profit des femmes rurales.

Pour convaincre les communautés et les autorités, la Fenafer rappelle une évidence : soutenir les femmes rurales, c’est renforcer toute l’économie locale. «Quand une femme produit du riz, des oignons, des tomates, de la salade ou pratique l’élevage, les bénéfices ne restent pas entre ses seules mains. C’est toute la famille et toute la communauté qui en profitent», affirme Mme Niakaté Goundo Kamissoko.

Le combat dépasse donc la simple question de propriété foncière. Il touche au développement du monde rural et à la capacité du Mali à assurer son indépendance alimentaire. La Fenafer appelle ainsi les familles à faciliter l’accès des femmes aux terres et demande aux autorités de faire respecter pleinement la règle des 15 %.

Elle souhaite également que chaque attribution de terres aménagées destinée aux groupements féminins soit accompagnée d’un document officiel. 
Pour ces femmes qui nourrissent le pays, la terre n’est pas seulement un espace de production.


Elle est un outil d’émancipation, une source de revenus et un investissement pour l’avenir. 
«Les femmes rurales sont au cœur de la sécurité alimentaire. Si nous voulons une véritable souveraineté alimentaire, nous devons leur garantir des terres sécurisées», conclut Mme Niakaté Goundo Kamissoko.

Anne Marie KEITA

Lire aussi : Réseau électrique de Bamako : 19 milliards de fcfa pour sortir de l’obscurité et préparer l’avenir

Dans une capitale en pleine croissance démographique et économique, la demande en énergie ne cesse d’augmenter. Chaque année, les besoins des ménages, des entreprises et des services publics exercent une pression supplémentaire sur les infrastructures existantes..

Lire aussi : Hydrocarbures : Arrivée de 800 camions-citernes à Bamako

Un convoi record de 800 camions-citernes a fait son entrée à Bamako, ce Samedi, 15 août 2026, tôt ce matin. Cette opération qui s'inscrit dans le cadre de la continuité de l'approvisionnement des populations a été sécurisée avec succès durant la nuit grâce au professionnalisme et à la d.

Lire aussi : Le morceau de trop pour les ménages maliens

Au Mali, manger de la viande devient de plus en plus une opération financière. Face à la hausse des prix, les ménagères ont développé des trésors d’ingéniosité pour continuer à servir des repas convenables à leurs familles. Dans cette bataille quotidienne, elles méritent plus qu’un .

Lire aussi : Viande : La flambée des prix met les ménages à rude épreuve

À Bamako comme dans plusieurs villes du Mali, la viande devient de plus en plus difficile à mettre dans les marmites. Le kilogramme de viande avec os se vend désormais autour de 4.500 Fcfa, contre 5.000 Fcfa pour la viande sans os. Derrière cette flambée, se mêlent insécurité, hausse du coû.

Lire aussi : Reboisement : Le département de la Communication et du Numérique plante 1.000 arbres

Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, a présidé, ce jeudi 13 août 2026, au siège de la Société malienne de transmission et de diffusion (SMTD-SA), une opération de reboisement portant sur la plantation d.

Lire aussi : Des terres agricoles pour les femmes : Le défi de l’application de la LOA

Adoptée en 2006 pour donner un nouveau souffle au développement agricole du Mali, cette loi a consacré plusieurs principes majeurs, notamment l’accès équitable aux ressources foncières et la prise en compte des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables dans l’accès aux terres agricol.

Les articles de l'auteur

Sécurité alimentaire : Le geste précieux de la fédération de Russie

Ce partenaire stratégique du Mali vole au secours de plus de 57.000 personnes à travers un don de 770 tonnes de pois cassés.

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 31 juillet 2026 à 10:19

Agefau : Le budget 2026 en baisse

Au cours de la 11è session ordinaire du Conseil d’administration, les administrateurs ont examiné les projets de programme d’activités, le rapport du commissaire aux comptes au titre de l’exercice 2024 et le budget rectifié au titre de l’exercice 2026.

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 12:07

Campagne agricole : Le pari de la souveraineté alimentaire

En visitant plusieurs structures stratégiques de Samanko, le ministre de l'Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, a réaffirmé l'ambition des autorités de faire de la recherche, de la mécanisation et de la sécurisation du foncier les principaux leviers de la souveraineté alimentaire. Une immersion qui révèle les défis, mais aussi les immenses atouts du secteur agricole malien.

Par Anne Marie KEITA


Publié mercredi 15 juillet 2026 à 14:57

Hausse des prix des légumes : Les ménagères à l’épreuve de l’hivernage

La saison pluvieuse s'installe et, avec lui, revient un phénomène bien connu des ménages : la flambée des prix des légumes. Des milliers de femmes s'efforcent, chaque jour, de nourrir leur foyer avec des moyens de plus en plus limités.

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 10 juillet 2026 à 09:04

27è édition de la Quinzaine de l’environnement : La ministre Mariam Tangara salue l’engagement de l’ensemble des acteurs

La 27è édition de la Quinzaine de l’environnement a pris fin, mercredi, sur les berges du fleuve Niger, au Palais de la culture Amadou Hampâté Ba. Après deux semaines d’activités de sensibilisation, de réflexion et d’actions concrètes en faveur de la protection de l’environnement, les acteurs du secteur dressent un bilan jugé satisfaisant..

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 19 juin 2026 à 09:03

Quinzaine de l’environnement : Renforcer l’engagement des enfants et jeunes pour le climat

Dans le cadre de la 27è édition de la Quinzaine de l’environnement, l’Association The Impact, en collaboration avec l’Agence de l’environnement et du développement durable (AEDD), a organisé, la semaine dernière, un atelier national de vulgarisation de la Déclaration en faveur des enfants, des jeunes et de l’action pour le climat au Mali..

Par Anne Marie KEITA


Publié mardi 16 juin 2026 à 10:50

Réduction de l’utilisation du mercure dans l’orpaillage : Planet Gold Mali pour une exploitation responsable

Face aux ravages environnementaux et sanitaires causés par l’utilisation du mercure dans l’exploitation artisanale de l’or, le Mali franchit une nouvelle étape vers un secteur minier plus durable. Lancé jeudi dernier, le projet Planet Gold Mali ambitionne de transformer en profondeur l’orpaillage artisanal en favorisant des pratiques plus sûres, plus transparentes et respectueuses de l’environnement..

Par Anne Marie KEITA


Publié lundi 15 juin 2026 à 08:53

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner