Les préoccupations liées à l’eau nous imposent donc une gestion attentive et concertée. Dans certains pays, la gestion de l’eau peut révéler une forme d’injustice. Ainsi c’est le cas lorsque l’Etat n’assume pas ses responsabilités quant à l’accès à l’eau potable pour tous ses citoyens.
Une résolution intitulée «le droit de l’Homme à
l’eau et à l’assainissement » a été adoptée le 28 juillet 2010 par l’Assemblée
générale des Nations unies. Elle a permis de mettre l’accent sur l’importance
de l’accès équitable à l’eau potable. Ainsi, le droit à l’eau constitue un
droit fondamental pour chaque personne et un préalable à la réalisation de tous
les droits humains.
La disponibilité de l’eau au Mali ne fait
aucun doute. Théoriquement, avec une population totale estimée à 20 millions,
le pays devrait avoir en moyenne de plus de 6.000 m3 d’eau par habitant et par
an. Or, au plan international, on s’accorde à considérer que le seuil de pénurie
se situe à 1.000 m3 d’eau par habitant et par an (source PNE).
Compte tenu de la variabilité de la disponibilité en eau dans l’espace, la mobilisation de la ressource demeure le véritable défi pour l’approvisionnement de toutes les populations. Sur cette question, l’état ne semble pas encore s’engager de façon pertinente et ne semble même pas encore mesurer l’ampleur des enjeux. Ce qui est un manque de vision, car la question du droit à l’eau est la base de tous les droits. Sans ce droit, toute autre décision ne serait qu’injustice.
Le président Assimi Goïta décide de redresser le tort fait aux populations oubliées en luttant seul contre le stress hydrique. Cet effort est certes salutaire, mais pas durable. Il émane plus d’une initiative personnelle que d’une politique gouvernementale basée sur une vision.
Les investissements dans le secteur de l’eau
au Mali sont encore soutenus en grande partie par les partenaires extérieurs
qui contribuent à hauteur de plus de 5,076 milliards en moyenne par an soit 85%
du total du financement. L’eau au Mali
est encore un don de l’extérieur. Pour un pays qui se veut totalement
souverain, il y a bien une ombre au tableau.
Pour rappel, dans un contexte récent l’ambassadeur de la France au Niger enjoignait aux Nigériens de demander de l’eau à la Russie puisque l’eau qu’ils buvaient, était européenne car fournie par une compagnie européenne. Cet épisode avait créé un énorme tôlé et un malaise encore plus grand. Preuve que la mobilisation de l’eau devrait être une priorité et un exercice fortement républicain.
Conformément aux attentes des Objectifs de développement
durable (ODD), le Mali s’est engagé à garantir l’accès à l’eau et à
l’assainissement à l’horizon 2030 à toute sa population.
Le taux national d’accès à l’eau potable,
selon le rapport d’activités 2017 de la Direction nationale de l’hydraulique était
de 68,8%, pour 76% en milieu urbain et semi-urbain. Selon le site de la
Somagep, ces données n’ont pas changé encore en 2023. Soit, il n’y a pas eu
d’avancée, soit les données ne sont pas actualisées, preuve du manque de suivi
des objectifs. Allons-nous atteindre les objectifs de 100% de Maliens ? Y
a-t-il plus urgent que l’accès à l’eau potable, après la problématique de
l’insécurité dont elle pourrait être, tout aussi, une racine ?
L’exercice du droit à l’eau impose à l’état
certaines obligations vis-à-vis de la population. Parmi elles, il y a celles de garantir un accès
fondé sur l’équité de l’accès à l’eau de toute la population (principe de
non-discrimination); de concevoir des dispositifs sur toute l’étendue du
territoire pour l’accès à l’eau (réalisation progressive) et la justiciable du
droit à l’eau. L’expérience montre que des pays, jadis moins
nantis que le Mali quant aux conditions de disponibilité de l’eau ont pu
relever ce défi. En effet tout, dépend de la volonté et de l’engagement du
gouvernement.
L’État devra fixer la problématique de la disponibilité de l’eau
comme une priorité de ses politiques de développement. Le développement du Mali
ne peut se limiter à Bamako et ne peut être laissé aux bons soins et à la bonne
volonté des ONG. Cela implique la mobilisation de fonds conséquents sur le
budget pour de grandes réalisations d’infrastructures surtout au nord.
L’altruisme d’une personne ou l’aide extérieure ne devrait surplomber l’action
gouvernementale à travers une politique prospective.
Ainsi, pour dégager des fonds et dans un dessein d’équité, l’état pourrait commencer par taxer les prélèvements des eaux souterraines (forages d’eau).
Le principe
de préleveur payeur prévoit déjà ces dispositions. Il faut juste rendre le
principe effectif avec des actions plus pertinentes. Comme stipuler encore dans
la Politique nationale de l’eau dans le principe de protection des usagers et
de la nature, le gouvernement doit créer une police de l’eau. Le rôle de cette
dernière sera étendu à l’octroi de permis de forage, au suivi de l’usage ainsi
qu’à l’instauration de redevances de prélèvement.
Il aura pour avantages de générer des revenus
par les redevances, d’éviter la gabegie d’eau et surtout de préserver nos
ressources en eau. La mise en place d’une politique nationale cohérente de
tarification des eaux d’irrigation est un levier complémentaire. Ranger
l’effort personnel du président derrière une politique publique et cohérente
garantira l’accès de la population malienne à l’eau potable tout en facilitant
l’atteinte de l’objectif du développement durable ODD.
Souleymane SIDIBÉ
Directeur Général de l’université INNOVA ACADEMY
VIE: epddblog.wordpress.com
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