#Mali : Gestion des menstrues : La nécessaire communication pour lever le tabou

La survenue soudaine de ce phénomène naturel dans le fonctionnement de l’organisme prend de court beaucoup de jeunes filles et leur réserve de mauvaises surprises. En outre, la méconnaissance de la bonne gestion des menstrues expose les adolescentes aux infections, aux grossesses non désirées et à des maladies sexuellement transmissibles

Publié vendredi 08 novembre 2024 à 07:09
#Mali : Gestion des menstrues : La nécessaire communication pour lever le tabou

«Je ne suis pas à l’aise de parler des menstrues et je n’en ai pas l’habitude. Mais, je serai ravie de partager mon vécu avec vous. Il pourra servir de leçon à des mères qui sont méfiantes quant à la communication avec leurs enfants sur la gestion des règles», confie une jeune fille de 13 ans sous anonymat. La communication mère et fille sur les menstrues reste toujours un tabou dans nos familles. Par conséquent, de nombreuses jeunes filles préfèrent gérer discrètement leurs menstrues loin des conseils parentaux.


Cette adolescente que nous avons rencontrée dans une rue de Kalaban-coro Adeken, avait l’habitude d’utiliser des morceaux de tissus pour la gestion de ses menstrues. Elle dit avoir observé cette pratique à l’insu de sa mère pendant plus d’une année. Après avoir découvert ses règles pour la première fois, elle était surprise. Pour elle, cet écoulement de sang arrivait uniquement aux adultes. Celle qui est l’aînée de sa famille affirme que personne ne lui avait parlé des menstrues. Elle a appris à gérer cette hygiène sexuelle elle-même jusqu’à ce jour où sa mère a découvert des traces de sang sur sa robe. Dès lors, le tabou a été brisé. Sa maman a commencé à lui parler de l’hygiène menstruelle.

Salimata (nom d’emprunt) a vu ses règles pour la première fois dans une salle de classe. Cette mauvaise surprise arrive à de nombreuses jeunes filles. «Je me rendais au tableau pour la correction d’un exercice», se rappelle-t-elle. La stupéfaction de mes camarades a provoqué la peur chez moi, une adolescente de 11 ans à l’époque des faits. Selon elle, c’était un évènement terrifiant qui l’avait fait pleurer. Salimata croyait qu’elle allait perdre la vie suite à cet incident. Grâce aux conseils de sa sœur aînée, elle saura que la bonne gestion de ses menstrues évitera de l’exposer à des dangers sanitaires.

Depuis ce jour, sa sœur l’assiste dans la gestion de ses menstrues. La jeune fille témoigne qu’elle n’a jamais vu sa mère parler de ce phénomène. Avant que Salimata ne s’aperçoive de ses menstrues, elle se plaignait des maux de ventre et de tête, des nausées et du grossissement de ses seins. «Ma sœur achetait des paquets de serviettes hygiéniques chaque mois. Et je pleurais pour cela, car je me disais qu’elle recevait plus de cadeaux que moi», se souvient-elle.

Les mères sont toujours réticentes à échanger avec leurs filles sur la gestion des menstrues. Une mère de famille que nous avons rencontrée à l’entrée du marché de Gouana, dans la Commune rurale de Kalaban-coro, affirme que dans sa famille, ils n’ont pas l’habitude de parler des menstrues. Elle est hésitante à aborder le sujet avec nous. «J’ai trois filles à la maison dont la première a 18 ans. Je ne leur parle pas de ces choses.

Cela est inconcevable. Quand ta fille connaît les mêmes choses que toi, elle se croira ton égale. Elle ne te respectera pas», martèle la ménagère, avant de poursuivre que les communications sur les menstrues peuvent donner l’audace aux filles d’entretenir des relations qui vont involontairement aboutir à des grossesses. Celle qui est habillée en pagne wax déclare qu’elle attend jusqu’à ce que ses filles voient leurs règles avant de leur apprendre l’hygiène menstruelle.

 

GROSSESSES PRÉCOCES- M.S, une quinquagénaire, pense que les parents doivent parler des règles à leurs filles afin d’éviter d’éventuels problèmes liés aux infections, aux grossesses non désirées et à des maladies sexuellement transmissibles. Elle ne souhaite pas que ses filles vivent leur époque où la quasi-totalité des parents ne parlaient pas des menstrues aux enfants. «Les mères n’avaient pas cette culture d’inculquer ces valeurs à leurs filles par crainte de voir l’enfant commettre la fornication», rappelle la mère de deux enfants qui a décidé de briser le tabou. «Ma première fille connaissait déjà le cycle menstruel grâce à ses cours à l’école. J’ai approfondi ses connaissances sur le sujet», fait-elle savoir. Justifiant que l’objectif était de mettre les enfants à l’aise afin qu’elles soient ses confidentes.

Dr Djénéba Diawara est une gynécologue au Centre de santé communautaire (Cscom) de Djicoroni Para en Commune IV du District de Bamako. Elle explique que les règles ou encore les menstrues sont des écoulements vaginaux à travers des saignements qui surviennent chaque mois chez les femmes non enceintes. Sa durée va relativement de 4 à 5 jours, précise-t-elle, avant d’ajouter que les règles peuvent différer en fonction des femmes, elles sont soit rouges et fluides ou marrons et granuleuses.

La spécialiste en gynécologie indique que les signes les plus fréquents chez les filles pendant les règles peuvent cependant être le gonflement de seins, les douleurs musculaires, des acnés sur le visage, la diarrhée, le mal de tête et la constipation. Dr Djénéba Diawara indique que les règles douloureuses existent généralement chez les adolescentes et ces douleurs diminuent après 18 ans ou plus. Selon elle, les menstrues interviennent à un intervalle régulier et indiquent le début d’un nouveau cycle. Cependant, poursuit-elle, le pouvoir des règles permet d’identifier la période féconde du mois pour éviter ou favoriser les grossesses.

La praticienne du Cscom de Djicoroni Para soutient qu’une communication ouverte sur les règles est nécessaire car c’est un phénomène naturel qui arrive à toutes les jeunes filles normales à la puberté (10 à 14 ans). Elle affirme que les mères doivent apprendre à leurs filles comment se comporter face aux menstrues surtout la gestion de l’hygiène sexuelle. Le toubib prévient que cette gestion est très importante pour éviter les infections. Elle invite les filles à se tourner vers leurs mères en cas d’interruption brusque de leurs règles dont les conséquences peuvent souvent être les grossesses non désirées.

Mahawa DEMBÉLÉ

Rédaction Lessor

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