Jeunes pour la plupart, ils vivent de cette activité
Dans la Cité des rails, les tailleurs ambulants semblent avoir trouvé un
eldorado. À l’aide d’un vélo qui supporte la machine à coudre, de ciseaux en
main, ils sillonnent les quartiers de la ville pour coudre des modèles ou
rafistoler de vieux vêtements pour la clientèle. Ils ne passent pas inaperçus
et se signalent par les cliquetis des ciseaux. Leur présence dans cette ville
est bien appréciée de la clientèle qui accède facilement à leurs services et à
moindre coût. Une situation qui commence véritablement à irriter les tailleurs
installés dans des ateliers qui les accusent de concurrence déloyale arguant
que c’est un sérieux manque à gagner pour eux.
Jeunes pour la plupart, les tailleurs ambulants sont originaires des
Régions de Ségou, San et Koutiala. Une clientèle diversifiée recourt à eux pour
raccommoder des vêtements usagés ou coudre de nouveaux. Mme Diarra réside à
Kayes Bencounda. Elle préfère recourir aux tailleurs ambulants parce qu’ils ont
des tarifs abordables surtout en ces moments où les portefeuilles sont
pressurés par une conjoncture économique morose. Cette cliente apprécie en plus
la qualité de leur travail.
En plus du coût du service, ils sont sollicités pour la célérité et le
sérieux avec lesquels ils réalisent les tâches. Tel est l’avis de Tidiane
Dembélé, un autre client. Tout en se réjouissant de leur présence, il exprime
son soulagement de savoir que chez les tailleurs ambulants, il n’existe pas de
faux rendez-vous. Ils sont sollicités et font tout de suite le job pour
récupérer leurs dus.
Pour beaucoup de tailleurs ambulants, ce travail nourrit son homme, en tout
cas dans la Cité des rails. Ce qui explique peut-être la présence de nombreux
jeunes tailleurs ambulants dans cette ville. Amadou Traoré, natif de Macina,
fait le tailleur ambulant à Kayes, depuis plus de 10 ans. Il trouve la ville
plus intéressante. «Je me retrouve souvent avec une recette journalière de
2.500 Fcfa. Ce que je ne trouvais pas à Sikasso et Bamako». Il explique à qui
veut l’entendre être même parvenu à acquérir une petite parcelle à usage
d’habitation dans la périphérie de la ville.
En effet, à Bamako, on leur reproche de manquer de doigté dans les coupes
et coutures, mais surtout de ne pas être au diapason de la mode. Ils sont
quasiment condamnés au rafistolage de vieux vêtements parce que rares sont ceux
qui acceptent de les solliciter pour coudre des habits neufs. C’est
certainement l’une des raisons pour lesquelles certains d’entre eux séjournent
à Bamako, avant de migrer vers la Cité des rails.
C’est le cas d’Abdoulaye Konaté, âgé d’une quarantaine d’années, qui exerce
ce métier depuis 2008. Il a fait ses premiers pas à Bamako avant de regagner la
ville de Kayes. Ce tailleur ambulant que nous avons croisé à Kayes N’di
(l’autre rive de la vie) explique gagner sa vie dans cette profession et encore
plus quand il tourne dans les zones minières. Drissa Samaké, un autre tailleur
ambulant, qui séjourne à Kayes pour la deuxième fois, abonde dans le même sens.
Ce natif de Barouéli déclare ne pas trop se plaindre parce qu’il arrive à faire
des économies. Le jeune de 25 ans précise qu’à Kayes, les clients ne discutent
pas les prix.
Ce succès que rencontre les tailleurs ambulants fait mal à ceux installés
dans des ateliers et qui paient normalement les impôts. Ceux-ci, pour la plupart,
ont appris la couture pendant des années. Ils assument également d’autres
charges liées à leurs offices. Il s’agit des frais d’électricité, de location.
Ces professionnels de la coupe-couture craignent cette concurrence déloyale.
«Pour des modèles de vêtement que nous avons l’habitude de coudre à 3.000 Fcfa,
les tailleurs ambulants proposent 1.500 Fcfa. Alors que nous payons
l’électricité, la location et les impôts», déclare l’air désappointé Issiaka
Coulibaly, un tailleur installé dans son atelier à Kayes-Ba.
Son collègue Mamadou Sissoko, lui, estime que l’État doit pleinement jouer
son rôle pour la promotion du secteur de la couture. Certains de ses collègues
qui louent des ateliers à 40.000 Fcfa par mois, n’entendent pas s’accommoder de
cette situation.
Moussa Mamoutou DEMBÉLÉ
Amap-Kayes
Rédaction Lessor
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