Médecine traditionnelle : Le vent de la modernisation a soufflé

Nos compatriotes où qu’ils se trouvent font appel aux deux systèmes de soins. Le plus souvent, certains patients trouvent dans la médecine traditionnelle des réponses à des pathologies répandues comme le paludisme, les troubles gastro-intestinaux voire l’infertilité, entre autres

Publié lundi 06 novembre 2023 à 06:16
Médecine traditionnelle : Le vent de la modernisation a soufflé

 Un tradithérapeute professionnel agréé échange avec des patients dans son bureau de consultation

 

Dans notre pays, on prête, et à juste raison, de nombreuses vertus à la médecine traditionnelle. Un patrimoine millénaire qui imprègne l’âme de la nation, mariant avec subtilité traditions séculaires et besoin d’adaptation aux exigences du monde contemporain. La médecine traditionnelle, enracinée profondément dans le tissu culturel malien, depuis des temps immémoriaux, perdure comme une pierre angulaire de la vie de nombreux compatriotes. Par-delà ce riche passé, c’est la transformation face à l’évolution du secteur de la santé qui mérite une exploration approfondie.

Transmise de maître à élève, et parfois au sein des dynasties familiales, la médecine traditionnelle a prospéré de génération en génération, préservant un trésor de connaissances concernant les bienfaits des plantes médicinales, des racines ancestrales, des peaux d’animaux et des rituels traditionnels. Les praticiens, qui répondent au nom évocateur de «tradithérapeutes», se soumettent à une éthique bien définie. «Le devoir de tout tradithérapeute est de préserver la vie humaine en toute circonstance. Tel est notre serment commun», déclare Ousmane Diarra, un tradithérapeute professionnel agréé, perpétuant une tradition de quinze ans, héritée de son père. Chacun, toutefois, respecte une éthique propre, conforme aux enseignements de ses mentors ou prédécesseurs.

Les consultations avec les tradithérapeutes prennent la forme d’échanges de questions et de réponses, où les patients exposent leurs symptômes, permettant ainsi aux praticiens traditionnels de prescrire des remèdes. Dans certains cas, les tradithérapeutes réclament les résultats d’analyses médicales effectuées dans des établissements hospitaliers, créant ainsi un précieux lien entre les deux systèmes de soins.

Ils s’engagent à fournir des soins de qualité, à garantir la confidentialité des patients et à employer leur savoir au service du bien-être de la communauté. Récemment au Mali, on a assisté à la montée en puissance des «pharmacies traditionnelles», ou pharmacopées, qui offrent une pléthore de produits conçus à partir de plantes médicinales. Ces échoppes se multiplient dans les rues de Bamako, proposant un éventail diversifié de produits traditionnels. «La médecine traditionnelle s’ancre dans notre culture et perdure, grâce à son accessibilité et son efficacité», résume Abdoulaye Guindo, tradithérapeute de longue date.

 

HARMONIE AVEC LA MÉDECINE MODERNE- La singularité de la médecine traditionnelle malienne réside dans son harmonie avec la médecine moderne. Les Maliens, qu’ils résident en milieu urbain ou dans des contrées reculées, font fréquemment appel à ces deux systèmes de soins, trouvant dans la médecine traditionnelle des réponses aux maux courants, tels que le paludisme, les troubles gastro-intestinaux et l’infertilité. Une femme partage son expérience : «J’ai souffert de règles douloureuses pendant des années et j’ai éprouvé des difficultés à concevoir. J’ai tenté maintes fois la médecine moderne en vain, avant de me résoudre à essayer la médecine traditionnelle.

 En moins de trois mois, mes douleurs menstruelles avaient disparu, et grâce à elle, j’ai pu donner naissance à plusieurs enfants.» Un homme confirme : «Chaque année, le paludisme me frappe, comme de nombreux Maliens. Après des soins à l’hôpital, j’utilise systématiquement des médicaments traditionnels pour éradiquer la maladie. Les deux médecines se complètent, chacune apportant son lot d’avantages.» L’évolution de la médecine traditionnelle reflète la dynamique entre tradition et modernisation.


Un jalon essentiel pour tout tradithérapeute est de suivre un stage de quatre mois sous la tutelle d’un médecin. Cette collaboration s’avère obligatoire pour obtenir la carte professionnelle de tradithérapeute et s’étend également à l’obtention de l’agrément. Elle garantit que les tradithérapeutes sont en mesure de prodiguer des soins de qualité à leurs patients. La coopération entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne dépasse la coexistence passive. «Je collabore avec un grand nombre de médecins, notamment avec le Centre de santé de référence de la Commune V au Quartier-Mali, où nous avons même un correspondant chargé de la médecine traditionnelle. En cas de nécessité, mes patients sont orientés vers ces spécialistes», explique le tradithérapeute professionnel agréé, Ousmane Diarra.

 

DÉFIS ET AVENIR- Malgré ses succès, la médecine traditionnelle malienne fait face à divers défis. Les tradithérapeutes sont souvent confrontés à un accès limité aux technologies modernes disponibles, entravant la fabrication en série de leurs médicaments. L’établissement de cabinets de tradithérapie et l’obtention de la carte professionnelle sont perturbés par des obstacles administratifs résultant du manque d’un cadre réglementaire explicite. En dépit des avancées depuis 2002, notamment la création de la Fédération malienne des associations des tradithérapeutes et herboristes du Mali (Femath), ces praticiens éprouvent des difficultés à obtenir l’homologation pour commercialiser leurs produits. «Le Burkina Faso, qui nous prend comme référence en matière de tradithérapie, a plusieurs de ses produits dans nos officines, et c’est pareil pour la Côte d’Ivoire. Nous souhaitons que notre travail soit reconnu et valorisé, non seulement au Mali, mais également au-delà de nos frontières», raconte le traditérapeute, désabusé.

Par ailleurs, l’image de la médecine traditionnelle est parfois ternie par des individus prétendant être des guérisseurs doués de pouvoirs surnaturels. Ces personnes non qualifiées attirent occasionnellement des patients crédules en quête de remèdes miraculeux. Cela souligne l’importance d’informer le public sur la distinction cruciale entre les tradithérapeutes qualifiés et ces imposteurs. Pourtant, cette discipline demeure une source de guérison pour de nombreux Maliens. Des campagnes de sensibilisation sont en cours pour informer le public des avantages des médicaments traditionnels et pour renforcer la réglementation de la profession.


Ces médecins traditionnels sollicitent l’implication des autorités pour garantir la qualité des pratiques, promouvoir la santé, sensibiliser le public sur les avantages des médicaments traditionnels et promouvoir la professionnalisation de la profession.

Dans un monde en constante évolution, la médecine traditionnelle au Mali continue de servir de phare, guidant les Maliens vers un avenir où la richesse de la tradition se marie harmonieusement avec les innovations de la médecine moderne. Une chose demeure certaine : la médecine traditionnelle malienne est prête à relever les défis du temps tout en préservant son riche patrimoine.

Telle est l’ambition affichée par nos autorités. Des projets de texte, adoptés en juin dernier en conseil des ministres, consacrent la création, sous forme d’établissement public à caractère scientifique et technologique, l’Institut national de recherche sur la médecine et la pharmacopée traditionnelles.

Cette structure qui va remplacer la Division médecine traditionnelle de l’institut national de recherche en santé publique, a pour mission de mener des activités de recherche, de formation et de promotion en médecine et en pharmacopée traditionnelle.


Motif : assurer pleinement les recherches phytochimiques et la formulation de médicaments traditionnels améliorés efficaces ayant un coût relativement bas et dont l’innocuité est assurée ? Il s’agit également de garantir les essais cliniques, la formation et l’encadrement des étudiants dans le domaine de la médecine et de la pharmacopée traditionnelle, la formation des tradipraticiens de santé et l’organisation du système en vue d’assurer la complémentarité avec la médecine conventionnelle.

Rokia TOGOLA

Rédaction Lessor

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