Patrimoine musical : Le Centre d’art Miéruba de Ségou propose «The Lost Maestras»

C’est une collection féminine qui met en lumière les cantatrices dont les talents et les œuvres ont été peu mis en valeur

Publié vendredi 03 avril 2026 à 08:35
Patrimoine musical : Le Centre d’art Miéruba de Ségou propose «The Lost Maestras»

Moui Traoré, aveugle de naissance, elle est originaire de Mourdia

 

Le Centre d’art Miéruba de Ségou propose la deuxième collection d’enregistrement musical. Le premier volume de cette collection féminine, «The Lost Maestras», met en lumière les cantatrices appelées «Maestras» dont les talents et les œuvres ont été peu mis en valeur. Il s’agit de Kaninba Oulén, Konkanko Sata, Fissa Maïga, Mah Kouyaté N°3, Mouneissa Tandina, Mamou Thiéro, Moui Traoré et Koly Koné. Parmi les 8 artistes, Mah Kouyaté est la seule artiste dont l’album n’a pas été produit.

The Lost Maestros/Maestras est un projet porté par Mieruba art center visant à préserver, valoriser et transmettre le patrimoine musical féminin d’Afrique de l’Ouest. Il prévoit plusieurs séries d’enregistrements et des rééditions des œuvres, afin d’alimenter les prochaines collections. «Les artistes sont  sélectionnées pour leur qualité artistique, leur originalité et l’importance de leur répertoire», explique le promoteur du Centre d’art Miéruba, Salia Ardo Hanne. Les enregistrements ont été réalisés entre 2022 et 2024 et sont accessibles en CD, LP et streaming.

Originaire de Nyagassola, Kaninba Oulén Kouyaté est issue d’une illustre lignée de griots chanteurs et dépositaires du savoir oral manding. Elle appartient à la dynastie Kouyaté de Nyagassola, famille gardienne du balafon sacré du Manden.  Auteure-compositrice et cantatrice respectée dans le milieu musical, Kaninba mêle dans son œuvre les sonorités de la musique traditionnelle mandingue, les couleurs de l’afro-folk et les rythmes de l’afro-pop, en restant fidèle à la franchise, la sagesse et la spiritualité héritées de sa tradition familiale. 

Kokanko Sata doit son surnom à une combinaison. Kokanko est une expression propre à son village pour distinguer les différentes familles Doumbia tandis que Sata est le diminutif de son prénom Aïssata. Fascinée dès son enfance par la musique du Wassoulou, elle s’initie seule au «Kamélé ngoni», un instrument traditionnellement réservé aux hommes. Par cet acte d’émancipation musicale et culturelle, l’artiste devient la première femme malienne à jouer cet instrument.  Accompagnée de percussionnistes (calebasse, djembé), d’un guitariste ou d’un joueur de ngoni, elle a fait résonner les notes de son instrument de prédilection et sa voix singulière, chantant en bamanakan sur de nombreuses scènes d’Afrique, de Grande-Bretagne et des États-Unis. Elle a tiré sa révérence en avril 2023, laissant un héritage musical exceptionnel.

 Fissa Maïga, de son vrai nom Nafissata Ahamadou Maïga, est une figure emblématique de la musique traditionnelle songhaï. Originaire de Gao et membre de l’Ensemble instrumental national du Mali, elle porte avec force et sensibilité la mémoire et la culture songhaï, faisant résonner les récits et les rythmes qui façonnent l’identité de cette ethnie. Elle incarne la continuité d’une culture musicale vivante et précieuse.

Quant à Mah Kouyaté N°3, elle est issue d’une grande lignée de griots, reconnue comme une djéli de classe exceptionnelle, capable de transmettre la mémoire et les traditions à travers sa voix unique. Spécialiste du bajuru, un genre musical ancestral porté par les cordes du fleuve Niger, Mah Kouyaté perpétue et réinvente ce patrimoine musical avec une authenticité rare, mêlant respect des formes traditionnelles et créativité contemporaine. Sa musique s’inspire des grandes voix féminines, notamment Penda Dante, Fanta Demba et Tita Koné. Elle figure parmi les grandes voix féminines du Mali.

Mouneissa Tandina est d’une famille profondément enracinée dans la musique malienne. Très tôt, elle tombe sous l’influence des sonorités modernes africaines et américaines et développe rapidement une passion pour la guitare. Elle opte ensuite pour la batterie qu’elle joue depuis plus de trente ans.

Que retenir de Mamou Thierno ? Elle est née sur les rives du fleuve Niger et incarne la richesse artistique des peuples bozo et somono. Dotée d’une voix exceptionnelle, elle chante dès l’enfance les récits et les rythmes de son terroir, devenant très tôt une figure respectée dans les villages de pêcheurs. Elle évoluera sur de nombreuses scènes au Mali et à l’étranger, notamment en France et aux États-Unis, où elle se produit avec succès lors du Folklife Festival de 2003.

 Pour ce qui concerne Moui Traoré, aveugle de naissance, elle est originaire de Mourdia (Bélédougou). Elle incarne la mémoire vivante d’une tradition orale en perpétuelle évolution. Depuis plus de cinquante ans, elle transmet à travers sa voix  l’histoire, coutume et émotion de son peuple, tissant un lien profond entre passé et présent, tout en alliant authenticité et modernité. Sa voix, puissante et expressive demeure un instrument à part, capable de raconter le vécu, les joies et les épreuves de sa communauté.

Quant à Koly Koné de Tourougounbé dans la Région de Kayes, elle commence sa carrière professionnelle dans les années 1960, lors de cérémonies traditionnelles avant d’intégrer l’Ensemble instrumental du Mali et conquérir très vite le public. Malgré son âge avancé, elle demeure une légende vivante de la musique malienne.

Youssouf DOUMBIA

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