Presse malienne et Intelligence artificielle : Un progrès, mais…

-

Publié lundi 05 mai 2025 à 06:56
Presse malienne et Intelligence artificielle : Un progrès, mais…

 La célébration du 3 mai est l’occasion de rappeler aux gouvernements, la nécessité de respecter leurs engagements en faveur de la liberté de la presse

 


Le 3 mai, les journalistes maliens ont célébré la Journée mondiale de la liberté de la presse. Ils ont surtout pris le temps de réfléchir ensemble sur ce que l’avenir leur réserve, dans un environnement de plus en plus numérique, incertain, parfois hostile. Le thème choisi par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) avait donné le ton : «Faire des reportages dans le meilleur des mondes : l’impact de l’Intelligence artificielle (IA) sur la liberté de la presse et les médias». Un thème qui évoque à la fois une la promesse et le doute.

Lors des échanges, un mot revient souvent : prudence. Car si l’IA peut apporter des solutions techniques - l’automatisation, la recherche, l’assistance à l’écriture - elle peut aussi devenir un piège voire une menace. Pour Tiona Mathieu Koné, journaliste chevronné, il faut garder la tête froide : «Le numérique a révolutionné notre métier. Mais on ne doit pas oublier notre rôle fondamental : informer avec honnêteté, critiquer avec objectivité. L’IA ne peut pas remplacer la conscience du journaliste», affirme-t-il.

Ce qui inquiète, c’est l’usage détourné que certains peuvent faire de cet outil. Des textes, des voix, des images peuvent aujourd’hui être créés de toutes pièces. «On fait dire et faire à l’IA des choses qui ne se sont jamais passées. C’est un danger énorme pour la vérité», alerte Tiègoum Boubèye Maïga, journaliste expérimenté et directeur de la télévision Alafia. Pour lui, face à ces nouvelles formes de désinformation, il faut retourner aux bases, c’est-à-dire aller sur le terrain, vérifier, recouper, humaniser l’information. «L’IA peut aider, mais elle ne doit pas être une béquille permanente. Un vrai reportage ne se fabrique pas derrière un écran», conclu-t-il.

Mais cette exigence professionnelle se heurte à des réalités bien connues au Mali. «L’accès à l’information demeure. Mais quand on a les informations, il faut faire attention à ce qu’on en fait», explique Tiona Mathieu Koné.

La crainte des représailles, les pressions politiques ou sociales, les menaces directes, surtout dans les zones en conflit, imposent aux journalistes une forme d’autocensure presque automatique. «Dès que vous touchez à certains sujets, vous êtes ciblé. Alors beaucoup préfèrent se taire», reconnaît Tiègoum Boubèye Maiga.

Le tableau dressé par Ramata Diaouré, consultante en journalisme et membre du Conseil national de Transition ne rassure pas davantage. Pour elle, les menaces sont présentes : utilisation de la loi sur la cybercriminalité pour museler la presse, monter des fausses informations, manque de formation, absence de repères éthiques chez certains «faux journalistes». Et en plus de tout cela, la situation est encore plus dure pour les femmes. «Dans beaucoup de rédactions, elles sont mises à l’écart. Et quand il s’agit de sujets sensibles, on les protège… en les empêchant de couvrir», déplore-t-elle.


précarité Économique- Mahamadou Bocoum, président de l’Union des radios et télévisions libres du Mali (Urtel), insiste sur un autre aspect, souvent négligé mais fondamental : la précarité économique des médias. «La liberté existe dans les textes, mais quand une radio ne peut plus payer ses journalistes ou doit réduire ses programmes faute d’électricité, de subventions ou de partenaires, de quelle liberté parle-t-on ?» Plusieurs organes ont mis la clé sous le paillasson ces derniers mois.

D’autres survivent tant bien que mal. «On ne peut pas avoir une presse forte sans moyens. Et on ne peut pas former ou innover sans financement stable», laisse entendre Bocoum. Ainsi, l’Urtel, composée de 451 radios  communautaires, commercial et non commercial, se bat pour ses journalistes en préservant la liberté de presse.

Boubacar Kanouté, président de l’Union des journalistes reporters du Mali, confirme ce malaise. Dans le nord et le centre du pays, les radios sont régulièrement menacées par les groupes armés. Dans le sud, ce sont les autorités ou le public qui exercent des pressions. «Beaucoup de confrères sont fatigués. D’autres ont quitté le métier. Et pourtant, on continue à croire qu’on peut changer les choses», affirme Kanouté dont l’organisation compte, à ce jour, plus de 170 journalistes à travers le pays. Elle multiplie les actions pour défendre les droits des journalistes, obtenir de meilleures conditions sociales, mettre en place une couverture sanitaire. Mais les moyens manquent.

RÉgulation- Dans ce contexte déjà tendu, l’arrivée de l’IA représente une nouvelle frontière, à la fois fascinante et risquée. Seydou Cissouma de la Haute autorité de la communication (HAC) tente de poser un cadre : «L’IA ne doit pas être un alibi. Elle ne remplace pas la réflexion. Un texte écrit par une machine n’a pas d’âme. Il peut informer, mais pas éveiller». Il insiste aussi sur la nécessité d’une autorégulation des médias.

En effet, «nous ne sommes pas là pour
dire qui est bon ou mauvais journaliste. Mais il faut que chacun prenne ses responsabilités. La régulation doit aller de pair avec la liberté». Seydou Cissouma affirme que la régulation est fille de la liberté d’expression. «Le contexte est particulier, objectivement il y a des espaces d’expression qu’on peu pas nier. La restriction est parfois même physique, des fois l’insécurité vous en empêche. Elle met un frein à la liberté», finit-il.

Tous les intervenants s’accordent sur cet autre point : la formation est la meilleure arme. Une IA bien utilisée peut devenir un appui puissant. Mais pour cela, il faut maîtriser l’outil, comprendre ses limites, apprendre à l’intégrer dans une pratique rigoureuse. «Le vrai problème, ce n’est pas l’intelligence artificielle, c’est l’ignorance», résume Ramata Diaouré.

Dans ce «meilleur des mondes» annoncé par la technologie, les journalistes maliens savent qu’ils doivent avancer avec lucidité. Et surtout, qu’ils ne pourront défendre la liberté que s’ils sont eux-mêmes formés, protégés et respectés. L’intelligence artificielle ne fera pas le travail à leur place. Mais bien utilisée, elle peut peut-être leur rendre un peu de ce temps, de cette sécurité, et de cette force dont ils manquent cruellement aujourd’hui.

Aminata DJIBO

Rédaction Lessor

Lire aussi : Efficacité énergétique à Bamako : 20 bâtiments seront audités

Réduire la consommation d’électricité des bâtiments publics et privés tout en améliorant leur performance énergétique, tel est l’objectif du Projet de renforcement des capacités de dix Entreprises de services écoénergétiques (Esco)..

Lire aussi : Facilité du transport sur le corridor Bamako-San Pedro : Le projet réalisé à 82,58%

Le ministère des Transports et des Infrastructures a abrité, hier, la cérémonie d’ouverture des travaux de la 4è session du Comité de pilotage du Projet d’aménagement routier et de facilitation du transport sur le corridor Bamako - Zantièbougou - Boundiali - San Pedro (PR 8)..

Lire aussi : Œuvres sociales du Président de la Transition : 800 kits alimentaires offerts au camp de Kati et au Génie militaire

Chaque kit alimentaire est composé de 50 kg de mil, 50 kg de riz, 50 kg de sucre et d’un bidon d’huile de 20 litres. Ces dons qui arrivent à quelques jours du début du Ramadan et du Carême, sont un véritable soulagement pour les bénéficiaires.

Lire aussi : Santé : ChildFund International harmonise ses actions avec le ministère de la santé et du développement social

La ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel-major Assa Badiallo Touré, a accordé une audience, le mardi 10 février, au nouveau directeur pays de ChildFund International au Mali..

Lire aussi : Programme Tokten : Des résultats satisfaisants

Le ministre Mossa Ag Attaher (c) préside la rencontreLe ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine Mossa Ag Attaher a présidé, mardi 10 février dans les locaux de son département, la cérémonie d’ouverture de la session ordinaire du comité de pilotage .

Lire aussi : Journée des diplomates russes : L’axe Bamako-Moscou se consolide

Le Mali et la Russie sont résolument déterminés à approfondir leur dialogue politique et à coordonner leurs positions de principe sur les questions actuelles de l’agenda mondial et régional à l’ONU et dans d’autres formats multilatéraux. Ces assurances ont été données par l’ambass.

Les articles de l'auteur

Familles fondatrices de Bamako : Le petit-fils le plus âgé de «jamanatigi» s’appelle Samba Niaré

Dans l’article intitulé «Familles fondatrices de Bamako : Titi Niaré intronisé 11è Jamanatigi», une erreur nous a fait dire que le contrôleur général de police à la retraite Mamadou Niaré dit Gari est le petit-fils le plus âgé de Titi Niaré qui a été intronisé, le samedi 7 février à Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 11 février 2026 à 08:50

Communiqué du conseil des ministres du 07 janvier 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 7 janvier 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOÏTA, Président de la Transition, Chef de l’État..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 08 janvier 2026 à 08:53

ESPGMP : la 7ᵉ promotion sur le marché de l’emploi

L’École supérieure de passation et de gestion des marchés publics (ESPGMP) a procédé ce mardi, à la remise des diplômes de Master aux auditeurs de sa 7è promotion. La promotion a été parrainée par le président de l'Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public, Alassane Ba.

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 07 janvier 2026 à 08:10

«Tourbillon dans un canari» : le nouvel ouvrage de Taki Kanté ElKalil

«Le nouvel ouvrage de l’écrivaine Taki Kanté Elkhalil intitulé: «Tourbillon dans un canari» vient renforcer le patrimoine littéraire. Le livre a été lancé, le samedi 27 décembre 2025, dans la bibliothèque de la Fondation Amadou Toumani Touré pour l’enfance sise à Hamdallaye ACI en Commune IV du District de Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 07 janvier 2026 à 08:09

L’ISFMI : La promotion Harouna Niang versée sur le marché de l’emploi

L’Institut Simon finance et management international (ISFMI) a organisé, jeudi dernier dans un hôtel de la place, une cérémonie de remise de diplômes aux 211 étudiants en Licence et Master de la promotion baptisée Harouna Niang, économiste et ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des Investissements..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 29 décembre 2025 à 09:04

Vaccination des enfants indigents : L’Anam s’engage à améliorer le taux national

L’Agence nationale d’assistance médicale (Anam), en collaboration avec le Centre national d’immunisation (CNI), a mis en place un programme d’identification et d’immunisation des enfants dits «zéro dose»..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 29 décembre 2025 à 09:03

Rémunération liée à la performance dans l’administration publique : Le commissariat au développement institutionnel engage la réflexion

Le secrétaire général du ministère de la Refondation de l’État, Ibrahim Simpara, a présidé, la semaine dernière dans un hôtel de la place, la cérémonie d’ouverture de l’atelier sur la rémunération liée à la performance dans l’administration publique..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 29 décembre 2025 à 09:02

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner