La rencontre était présidée par le secrétaire général du ministère de la Santé et du Développement social, Dr Abdoulaye Guindo, en présence du représentant du HCR au Mali, Pierre Camara, et du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères du Burkina Faso, Hermann Yirigouin Toe.
Le représentant du HCR a salué une «initiative inédite», marquée par l’élargissement de l’accord tripartite. «Les conclusions de Ouagadougou intègrent désormais non seulement le rapatriement volontaire des réfugiés maliens, mais également celui des réfugiés burkinabè résidant sur le territoire malien», a-t-il déclaré, y voyant un tournant dans la gestion conjointe des déplacements forcés entre les deux pays.
Avec des chiffres à l’appui, Pierre Camara a rappelé l’ampleur de la crise. «Aujourd’hui, le Mali accueille plus de 291.000 réfugiés et demandeurs d’asile dont une large majorité de Burkinabè 191.000 réfugiés. Parallèlement, plus de 336.000 Maliens sont enregistrés comme réfugiés dans les pays voisins, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers de personnes en attente d’enregistrement», a précisé le responsable du HCR, tout en soulignant le caractère désormais régional de la crise.
Malgré ces défis, le responsable onusien a souligné des progrès notables. «Les efforts de consolidation de la paix et de réconciliation nationale contribuent progressivement à créer des conditions propices au retour», a-t-il expliqué. Toutefois, il a relevé un contexte marqué par l’augmentation du nombre de réfugiés dans les deux pays et la baisse des financements. «Ce contexte nous interpelle tous et nous invite à adapter nos réponses à la volonté exprimée par les réfugiés», a-t-il insisté, appelant à renforcer les actions de résilience, d’autonomisation et d’intégration locale.
Le rapatriement volontaire demeure, selon lui, une priorité, à condition que les critères de sécurité et de dignité soient réunis. «Le HCR considère que le rapatriement volontaire constitue une solution privilégiée lorsque ces conditions sont remplies», a-t-il rappelé, tout en insistant sur la nécessité d’un choix libre et éclairé des réfugiés, appuyé par des dispositifs d’information et de suivi renforcés. Dans cette perspective, Pierre Camara a encouragé l’adoption de mesures concrètes pour réduire la dépendance des réfugiés et des rapatriés. Il a également plaidé pour des mécanismes de concertation plus réguliers et des échanges transfrontaliers accrus.
Pour sa part, le secrétaire général burkinabé a estimé que la révision de l’accord en mars 2024 à Ouagadougou traduit une maturation politique et une détermination renouvelée à inscrire les actions dans une dynamique souveraine, concertée et tournée vers les intérêts des peuples. Hermann Yirigouin Toe a souligné la nécessité d’aller au-delà de l’assistance humanitaire pour promouvoir l’autonomisation des réfugiés. «Un réfugié est aussi un acteur de développement, porteur de savoir-faire, de résilience et d’espoir», a-t-il affirmé.
Selon lui, le rapatriement volontaire doit rester un choix libre, éclairé et sécurisé. Cela passe par la consolidation de la sécurité, la réhabilitation des infrastructures, la relance des services publics, la réintégration économique et le renforcement de la protection sociale. «Sur ces points, les gouvernements du Faso et du Mali sont à l’œuvre avec détermination et sens de responsabilité», a-t-il assuré, estimant que la Commission tripartite doit devenir un outil stratégique articulant efficacement impératifs sécuritaires, réponses humanitaires et politiques de développement.
De son côté, Dr Abdoulaye Guindo a salué «l’exemplarité» de la coopération entre les trois parties, mettant en avant la solidité des liens entre Bamako et Ouagadougou. Plus d’une décennie après la crise de 2012, la situation humanitaire demeure préoccupante, a-t-il rappelé. Et de dire que les données, arrêtées au 28 février 2026, indiquent que plus de 336.000 réfugiés maliens vivent encore dans les pays voisins, dont plus de 40.000 au Burkina Faso, 169.000 en Mauritanie et environ 26.000 au Niger.
Dans le même temps, près de 90.000 réfugiés ont regagné volontairement le Mali, tandis que le pays accueille plus de 180.000 réfugiés enregistrés sur son territoire, en plus de dizaines de milliers en attente d’enregistrement. À ces chiffres, s’ajoutent plus de 414.000 déplacés internes, malgré le retour de plus de 860.000 personnes dans leurs localités d’origine. Les avancées enregistrées ces dernières années, selon lui, reposent en grande partie sur les accords tripartites conclus entre le Mali, ses voisins et le HCR.
Signés avec le Niger (2014), le Burkina Faso (2015, révisé en 2024) et la Mauritanie (2016), ces accords encadrent les opérations de rapatriement volontaire et ont permis à des milliers de nos compatriotes de rentrer chez eux ou de s’installer dans d’autres zones du pays dans des conditions conformes aux standards internationaux.
Tamba CAMARA
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