Scolarisation des filles : Des progrès et des défis

Selon la Cellule de planification et de statitiques (CPS) du secteur de l’Éducation, le taux brut de scolarisation (TBS) au fondamental I pour l’ensemble du pays est passé de 80% à 81,7%, soit une amélioration de 1.7 point, entre 2019 et 2023. La Politique d’accroissement du taux de scolarisation des filles a enregistré d’autres résultats tangibles, à savoir la réduction des inégalités entre les sexes dans l’accès à l’éducation

Publié mardi 06 janvier 2026 à 10:00
Scolarisation des filles : Des progrès et des défis

C’est un constat empirique et c’est loin d’être une vue de l’esprit, puisqu’il est corroboré par des statistiques du ministère de l’Éducation nationale. Depuis plusieurs décennies, il existe des inégalités importantes entre les sexes dans l’accès à l’éducation dans notre pays. La balance penche plutôt du côté du sexe masculin, alors que la gent féminine, qui représente une proportion importante et occupe une place prépondérante dans nos sociétés, est arbitrairement défavorisée dans divers aspects de la vie.

Pour équilibrer la balance à défaut de pouvoir inverser la tendance, notre pays a adopté la Politique d’accroissement du taux de scolarité des filles et atténuer la discrimination et bien d’autres facteurs qui freinent l’accès des filles à l’école. Il s’agit, entre autres, des mariages d’enfants, des grossesses précoces, des coûts financiers de la scolarité et des pesanteurs traditionnelles et religieuses.

Mais, il faut admettre la réalité qu’au-delà  des efforts du gouvernement et des Organisations de la défense des droits des femmes et des  filles, la problématique demeure toujours. La cheffe de division scolarisation des filles à la Direction nationale de l’enseignement fondamental (DNEF), Mme Keïta Sira Diakité,  a d’abord défini la scolarisation des filles comme le fait de permettre à la fille d’accéder à l’école, d’y rester et de poursuivre des études jusqu’à son terme. Elle doit étudier dans les mêmes conditions que les garçons.

Parlant de la Politique d’accroissement du taux de scolarisation des filles au Mali, Mme Keïta Sira Diakité expliquera qu’elle permet l’évolution du nombre de filles dans nos écoles. Et d’ajouter que cette politique se fait à travers la réduction des effets des barrières néfastes à la scolarisation des filles, tant sur les plans institutionnel, pédagogique, communautaire et familial, la sensibilisation de la communauté sur l’importance de la scolarisation des filles.

Selon la Cellule de planification de statistiques (CPS) du secteur de l’Éducation, en 2023, le taux d’accroissement annuel moyen était de 3.4% sur l’ensemble du pays. De même, on constate une évolution positive des effectifs des élèves dans toutes les régions, exceptée celle de Mopti qui passe de 217.019 à 207.067 entre 2019 et 2023, a-t-elle- déclaré.  Et d’ajouter que globalement, l’effectif des filles est inférieur à celui des garçons, excepté dans  les Régions de Mopti (50.4%) et Gao (50.3%) en 2023. La CPS explique aussi qu’entre 2019 et 2023, le taux brut de scolarisation (TBS) au fondamental I pour l’ensemble du pays est passé de 80% à 81,7%, soit une amélioration de 1.7 point. On constate de même chez les filles que le TBS est passé de 74,0% à 79,6%. Par contre, chez les garçons une baisse est observée (86,0% à 83.8%). L’indice de parité s’améliore d’année en année, ce qui pourait accéder à une parité entre fille et garçon, a-t-elle- défendu.

À croire la cheffe de division scolarisation des filles, une légère augmentation de la couverture au niveau du fondamental II est constatée de 2019 à 2020. En 2021, il a régressé jusqu’à 47,9%. Ceci pourrait être dû à la non fonctionnalité de certaines écoles dans les zones affectées par la crise. Ce TBS a augmenté de 2.9 points en 2022 et 0,6 point en 2023. Les TBS pour les garçons et les filles suivent aussi la même évolution, selon la CPS du secteur de l’Éducation.

Elle a soutenu que cette politique d’accroissement du taux de scolarisation des filles a enregistré des résultats tangibles; à savoir les inégalités entre les sexes dans l’accès à l’éducation sont presque réduites. La population féminine instruite participe de plus en plus au marché du travail. Actuellement, le pays compte plus de femmes leaders ou responsables. Elle a aussi rappelé que les filles accèdent massivement à l’école. Et que beaucoup d’entre elles embrassent les filières scientifiques. Enfin, la cheffe de division confesse que les filles font aussi de meilleurs résultats dans les examens de fin d’année.

 

INITIATIVES LOCALES-Le directeur exécutif du Comité d’appui pour le développement de la jeunesse (Cadj), Moussa Z Coulibaly,  a expliqué que son organisation est une jeune structure basée à Bamako. L’une de ses missions est de promouvoir la scolarisation des enfants, particulièrement les filles dans les zones d’orpaillage. L’ONG Cadj appuie les communautés et collectivités dans la mobilisation de fonds en vue de la mise en œuvre des initiatives locales en faveur des enfants, des jeunes, des femmes et autres personnes vulnérables.

Ajoutant que ses domaines d’intervention sont, entre autres, l’éducation, la sensibilisation sur la scolarisation des enfants surtout des filles, la formation professionnelle des jeunes (surtout ceux déscolarisés), la lutte contre le travail des enfants et pour le respect des droits humains. Il a rappelé quelques grandes réalisations de son organisation dont les actions s’inscrivent dans le cadre de la politique nationale d’éducation ainsi que toutes les politiques et projets relatifs à la scolarisation des filles dans notre pays.

Nonobstant cette situation, il a précisé que le ministère en charge l’Éducation a passé de 58,5% en 2022 à 63,1% en 2023. Cela dénote des efforts à tous les niveaux de l’État et ses partenaires. C’est dans cette synergie que son organisation a mis en œuvre le projet : «Autonomisation économique des femmes pour accroître l’accès et le maintien des filles à l’école» de 2021-2025. Poursuivant que les résultats étaient satisfaisants, mais restent à consolider, malgré la crise politico-sécuritaire dans plusieurs régions du pays.



De 2019 à 2023, le taux brut de scolarisation chez les filles est passé de 74,0% à 79,6%

Il a rappelé que 2036 des écoles sont fermées empêchant 610.800 enfants d’aller à l’école depuis juin 2025. Cela montre que la situation est encore difficile pour les filles. Par contre dans les zones d’orpaillage, les filles sont victimes de mariages précoces, de grossesses indésirées, mais surtout assujetties aux travaux ménagers.

M’baye Demba, enseignant du premier cycle à l’école les Étinceles à Kalabancoura ACI explique du haut de sa vingtaine d’années d’expérience que la baisse du taux de scolarité des filles au Mali est due; entre autres, au mariage précoce, au manque de sensibilisation au niveau communautaire, précisément dans les campagnes où certains parents pensent que l’école n’est pas faite pour les filles et que c’est une perte de temps. Pour eux, une fille n’a sa place que dans un foyer. Il déclare que pour augmenter le taux de scolarité des filles, la stratégie serait que l’État prenne une loi qui stimule la scolarité obligatoire des filles jusqu’au lycée au moins. Et de soutenir que l’État doit prendre exemple sur certains pays voisins qui ont réussi cette politique d’accroissement du taux de scolarisation des filles.

 

FACTEURS DE DÉPERDITIONS SCOLAIRES-Hamidou Maïga, parent d’élève, a estimé que les filles devraient pouvoir rester à l’école, même si elles tombent enceintes ou deviennent mères. Et d’ajouter que le rôle des parents est de suivre et encourager les filles dans toutes les étapes de leur cursus scolaire. Pour lui, la scolarisation des filles consiste à leur donner une chance de s’émanciper, d’acquérir des compétences, d’avoir plus d’autonomie, mais aussi d’accéder à des métiers et de lutter contre la pauvreté.

Quant à Aminata Sogoba, un autre parent d’élève et fonctionnaire de son état, il a reconnu l’importance de la scolarité des filles.  Pour elle, leur avenir et leur développement personnel y dépendent. En outre, elle a rappelé que les femmes instruites pourraient contribuer fortement au bien-être du monde, à la promotion de l’éducation, à l’accroissement de l’économie et bien d’autres. Et de poursuivre que le foyer d’une fille scolarisée est plus épanoui.


Les femmes étant un pilier essentiel de la famille, si elles sont instruites, elles sauront mieux gérer les dépenses et faire des économies.Oumar Cissé, parent d’élève et maitre coranique, affichera des appréhensions de laisser ses filles terminer leurs études parce que, selon lui, celles-ci peuvent ruer dans les brancards contre des normes sociales. Il estime aussi que ça peut changer leur point de vue  sur beaucoup de choses. Quant à Fatoumata Pléa, cette une élève en 8è année fondamentale dans une école publique de Garantibougou, fait remarquer que la scolarité des filles est cruciale pour leur avenir.

Cependant, les filles sont confrontées à de nombreux obstacles tels que le mariage précoce, la pauvreté, l’éloignement des écoles, etc. La jeune apprenante relève aussi que même si l’enseignement primaire est officiellement gratuit, les frais d’inscriptions, des uniformes scolaires et de fournitures représentent un coût important pour certaines familles. Ce qui favorisent souvent les déperditions scolaires chez des filles.

Amsatou Oumou TRAORE

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