Le spectacle a réuni autour du cinéaste Abderrahmane Sissako et du musicien Damon Albarn pas moins de 37 artistes sur la scène du Théâtre du Châtelet du 15 avril au 8 mai 2022.
Empire mandingue, esclavagisme, colonisation, spoliation et
racisme… font partie des thématiques relatées dans cet opéra du XXIe siècle. Au
casting, on retrouve de nombreux talents maliens, notamment Fatoumata Diawara
(chant), Baba Sissoko (ngoni), Lansiné Kouyaté (balafon), Aminata Doumbia
(chœur) … et surtout Madou Sidiki Diabaté (kora) qui a accepté de nous parler
de cette expérience et de ses projets en 2022.
«Le vol du boli est une
création artistique réunissant plus de 80 artistes de différents domaines de
l’art. Le fait d’y participer est un privilège, une reconnaissance à mon
endroit.
C’est une grande motivation d’entendre des experts d’un domaine vous
dire : tu es le mieux indiqué pour réaliser ce que nous voulons réellement» !
Ainsi s’est exprimé Madou Sidiki Diabaté en juin dernier à son retour au pays.
Il est l’une des têtes d’affiche de la création «Le vol du boli» qui était sur
la scène du «Théâtre du Châtelet» (Paris/France) du 15 avril au 8 mai 2022.
Dans le monde du cinéma,
rappelle le virtuose de la mythique kora, Abderrahmane Sissako (cinéaste et
producteur) n’est pas un inconnu. Tout comme Damon Albarn (co-fondateur,
chanteur, musicien et compositeur des groupes Blur, Gorillaz et The Good, The
Bad and The Queen) dans le showbiz.
«Deux monstres sacrés dans leurs domaines
qui m’ont fait confiance pour intégrer ce projet», explique Madou Sidiki. Et de
préciser, «ils n’ont pas fait appel seulement au joueur de kora, mais aussi au
propriétaire de l’instrument qui fait partie de l’identité culturelle
africaine».
Puisque le boli (fétiche)
possède la mémoire d’un peuple, c’est à travers lui et son gardien au musée que
nous créons notre histoire de l’Afrique. Une histoire où magie et matérialisme
se confrontent.
Une histoire qui raconte l’absurdité et la cruauté du
rapprochement entre l’Europe et l’Afrique», a souligné Abderrahmane Sissako
lors de la présentation officielle de l’atypique création. «Un rapprochement
qui ne s’est pas toujours fait dans de bonnes conditions, comme l’a dit Aimé
Césaire», a-t-il ajouté.
TÉMOIGNAGE- «Cela fait plus
de dix ans que je collabore avec Damon Albarn sur différents projets
artistiques faisant recours à des instruments traditionnels africains comme la
kora. C’est une marque de confiance qu’il explique lui-même par ma capacité à
m’intégrer facilement dans ces projets en y apportant toujours une touche
particulière», confie l’instrumentiste virtuose et gardien des traditions et
des valeurs de sa lignée.
Selon l’artiste, il a été
aussi attiré par le symbole de la création. «C’est un témoignage sur les
dommages causés à notre culture, les atteintes à notre identité culturelle
pendant la colonisation».
Il rejoint ainsi Abderrahmane Sissako pour qui «le
Vol du boli amène l’Afrique à Paris d’une façon politique et engagée». En tant
que griot et joueur de Kora, poursuit le virtuose instrumentiste, «je ne
pouvais qu’adhérer à une telle création dont l’authenticité est louée par
presque tous les critiques». à noter que le spectacle s’ouvre avec Soundiata dont
l’histoire est intimement liée à celle des griots du Mandé. «Ce qui fait que
j’ai le privilège d’être au début et à la fin du spectacle avec la kora»,
souligne Madou Sidiki.
Après une pause imposée par
le Covid-19 pendant deux ans, Madou Sidiki a repris progressivement ses
tournées. C’est ainsi qu’entre mars et septembre 2022, il a plus de quarante
dates (prestations) dans son agenda en Afrique, en Europe et en Amérique.
«J’ai
aussi signé des engagements par rapport à la musique de certaines œuvres cinématographies
en France. Ce qui fait que je serais appelé cette année à faire la musique de
certains films et documentaires», nous confie-t-il.
Comme lors de nos fréquents
entretiens, Madou Sidiki Diabaté pense que le Mali, à travers ses plus hautes
autorités, doit être davantage reconnaissant envers ceux qui se battent au
quotidien pour rehausser son image, notamment les artistes qui figurent parmi
ses meilleurs ambassadeurs à travers le monde.
«Nul n’est prophète chez
soi, dit l’adage. N’empêche qu’au niveau de la reconnaissance du Mérite
national, nous espérons que dans le Mali Kura, on va penser réellement aux plus
méritants.
Aujourd’hui, il faut être inféodé à un système ou à un réseau
pour bénéficier de cette reconnaissance. Ceux qui mouillent réellement le
maillot pour la patrie, sont généralement allergiques à ce genre de démarche
qui ne les honore pas», déplore-t-il.
«Sur le plan des arts et de
la culture, on sait aujourd’hui qui est qui, qui fait quoi… pour ce pays. Les
meilleurs ambassadeurs du Mali à travers le monde ne sont pas nombreux. Mais,
ils sont toujours ignorés parce qu’ils refusent d’intégrer le système ou le
réseau de la complaisance.
Nous sommes aujourd’hui nombreux à mériter la reconnaissance nationale plus que beaucoup parmi ceux qui en ont bénéficié ces dernières années. Je le dis sans fausse modestie», s’offusque-t-il. Et à juste raison !
Moussa BOLLY
Rédaction Lessor
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