Wassa chè : Le poulet métissé qui répond aux attentes

De nombreux aviculteurs ne jurent plus que pour cette race hybride. Issu du croisement de la race locale et d’une race exotique, il se caractérise par sa capacité à produire des œufs fécondables, en même temps que de la chair. En plus, il résiste aux maladies aviaires

Publié jeudi 03 août 2023 à 05:53
Wassa chè : Le poulet métissé qui répond aux attentes

Cette race de poule est très productive en œufs (180 en moyenne par an), contre 80 à 90 pour la race locale


 

La viande de volaille, particulièrement de poulet occupe une place de choix dans la gastronomie malienne. Elle se retrouve dans nos assiettes lors des cérémonies de fêtes religieuses, de mariage, de baptême ou autres rencontres festives. Des grands hôtels aux plus petites gargotes en passant par les restaurants et les rôtisseries, la consommation de la viande de poulet atteint des proportions difficiles à estimer. Ce qui rend la demande plus forte sur le marché. 

L’élevage des poules comme toutes autres activités économiques, répond à des normes scientifiques, sanitaires et commerciales. Il s’appuie sur des résultats de recherches scientifiques au plan nutritionnel, sanitaire, mais aussi génétique pour se développer. La hantise de tous éleveurs de poules vient des maladies aviaires.

C’est la principale cause des échecs dans les élevages. Pour pallier cette contrainte, les chercheurs de l’Institut d’économie rurale (IER) ont mis au point une technique qui permet de fixer la race de poulet local métissée avec une race exotique appelée le «Rhode Island Red», pour obtenir un degré de sang à ¼ de la première et à ¾ de la seconde, explique Dr Amindi Moussa Dolo, chef de programme au Centre de recherche de Sotuba. Le fruit de ce croisement est dénommé ¾ ou «Wassa chè» en bambara qui veut dire : un poulet qui répond aux attentes.

Selon notre chercheur, c’est un sujet qui résiste beaucoup aux maladies aviaires grâce à son gène local qui lui permet de s’adapter à l’environnement rural. Il est moins gourmand en nourriture et très productif en œufs (180 en moyenne par an), contre 80 à 90 pour la race locale. En terme de croissance, il présente le double avantage de mettre moins de temps que le poulet local et d’avoir une durée de vie plus longue que la race exotique.

Fort de ce potentiel, le « Wassa chè » est devenu une aubaine pour les producteurs maliens. Ceci est confirmé par Moussa Maguiraga, président de la Coopérative « Wassa chè » du Mali. Il confie que grâce à cette technique, les aviculteurs maliens peuvent sortir de la pauvreté et faire du sous-secteur un moteur de l’économie malienne tout en contribuant à la sécurité alimentaire des populations.

APPROVISIONNER LES PAYS VOISINS- Aujourd’hui, à en croire Moussa Maguiraga, l’activité se porte bien, même s’il met une réserve quant à la vulgarisation du « Wassa chè » qui n’a pas encore atteint les résultats escomptés. En rappel, le gouvernement, à travers ces travaux de recherche de l’IER, a voulu faire de l’aviculture une puissante arme de lutte contre la pauvreté en milieu rural.

Car, l’activité pourrait être génératrice de revenus pour nombre de ces familles qui vivent dans la précarité et l’insécurité alimentaire. Cependant, dans les grandes agglomérations comme Bamako, l’activité réussit à beaucoup d’acteurs, reconnaît l’aviculteur. Ce qui permet à notre pays de fournir les pays voisins en poulets. Par exemple, cette année, sa coopérative a exporté 5.000 sujets en Guinée, 3.000 au Niger et à peu près 1.500 au Burkina Faso.

Lassine Doumbia, entrepreneur avicole à Banankabougou confirme cette performance. C’est en 2010 qu’il s’est lancé dans cette activité, nous confie-t-il. Après avoir acquis une expérience solide qui lui a permis de maîtriser le domaine, il forme les jeunes et les aide à s’installer. Aujourd’hui, il a à son actif 125 jeunes en pleine activité. Quand le « Wassa chiè » atteint sa maturité, il peut peser environ 4 kilogrammes. Ce qui est une bonne source d’approvisionnement en viande de poulets.


Leur différence avec les races exotiques et les poulets de chair, est leur capacité à produire des œufs fécondables, en même temps que de la chair, contrairement à la race locale qui a moins de poids et pond moins, et la race exotique dont les œufs et la chair ne sont destinés qu’à la consommation. Pour lui, la différence entre un poulet local amélioré et un poulet de chair se situe au niveau de leur cycle de vie.

Le cycle de vie d’un poulet de chair ne dépasse pas 45 jours au maximum ou 2 mois sinon il meurt par engraissement. Quant au poulet griffé, son cycle de vie peut aller jusqu’à plusieurs mois voire 2 ans. On l’appelle le rigoureux, selon lui.

Le jeune entrepreneur, Moussa Dembélé, promoteur de la ferme Dem à Djoliba, soutient que ce métissage permet l’amélioration génétique et accroît la marge de rentabilité d’un éleveur en un temps de record. Ce qui, selon lui, incite la jeunesse à venir dans le secteur avicole. Il est convaincu que la promotion de cette race permettra de lutter contre le chômage des jeunes, la pauvreté en milieu rural et l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans notre pays.

Fatoumata TRAORÉ

Rédaction Lessor

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