Au Mali, le financement des Petites et moyennes entreprises (PME) reste l’un des principaux freins à la croissance économique. Pour répondre à cette problématique, le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) a organisé, hier, dans ses locaux, la 1ère édition de la Journée des solutions de financement dédiées au secteur privé.
C'était sous la présidence du président du CNPM, Mossadeck Bally, en présence de la présidente de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali (APBEF-Mali), Mme Sidibé Aïssata Koné, ainsi que des institutions financières, des structures de garantie, de la BOAD et de nombreux entrepreneurs, PME et acteurs du tissu productif national.
Cette initiative vise à créer un cadre d’échanges directs entre les institutions de financement et les entreprises, autour de solutions concrètes, innovantes et adaptées aux besoins réels des PME maliennes. Dans son intervention, la présidente de l’APBEF-Mali a salué une initiative qui confirme le rôle moteur du CNPM dans la structuration et la dynamisation du tissu économique national. Selon Mme Sidibé Aïssata Koné, la création d’espaces de dialogue entre les entreprises et les banques est aujourd’hui plus que nécessaire, dans un contexte où le financement des PME-PMI demeure un enjeu central pour les économies.
«Ce sont les PME qui créent de l’emploi, qui innovent et qui portent la croissance. Pourtant, elles continuent de faire face à des défis importants, notamment en matière d’accès au crédit, de structuration financière, de formalisation et d’accompagnement stratégique», a-t-elle souligné.
Face à ces enjeux, a-t-elle indiqué, le secteur bancaire malien est pleinement mobilisé. «Notre responsabilité, en tant qu’institutions financières, est double : faciliter l’accès au financement en adaptant nos offres aux réalités des entreprises, et accompagner autrement, en proposant des solutions plus souples, innovantes et inclusives», a-t-elle affirmé.
Évoquant les performances du secteur, elle a précisé que les banques maliennes ont financé le secteur privé à hauteur de 2.741 milliards de Fcfa au 31 décembre 2025. Les crédits accordés aux PME-PMI représentent 38,2 % de ce montant, soit 1.048 milliards de Fcfa. Toutefois, des défis persistent. Le taux de dégradation du portefeuille au Mali s’est établi à 12,1 %, contre une moyenne de 9,1 % au niveau de l’Union. Le taux net de dégradation ressort à 5,7 %, contre 3,3 % dans l’Union, tandis que celui des PME-PMI atteint 18,4 %.
Une vue des participants à la rencontre
Au-delà des chiffres, la patronne de l’APBEF-Mali a insisté sur la nécessité de bâtir une relation de confiance durable entre les banques et les entreprises. « Des initiatives comme celle-ci sont essentielles. Elles permettent d’écouter, d’expliquer et surtout de co-construire des solutions adaptées », a-t-elle déclaré.
Prenant la parole, le président du CNPM a, pour sa part, rappelé que le financement des entreprises au Mali dépasse le cadre technique pour s’inscrire comme un enjeu stratégique et de souveraineté économique. « Aujourd’hui encore, trop d’entreprises viables ne se développent pas, trop de projets structurants ne voient pas le jour, et trop d’entrepreneurs abandonnent des opportunités faute d’accès à des solutions de financement adaptées », a déploré Mossadeck Bally.
Selon lui, cette situation s’explique par un double déséquilibre : d’un côté, des entreprises qui maîtrisent insuffisamment les instruments financiers et leurs exigences, de l’autre, des institutions financières qui peinent parfois à appréhender la réalité des besoins et le potentiel de certains secteurs. « Entre les deux, il existe un déficit d’information, de compréhension et de confiance. C’est précisément ce gap que nous avons décidé d’attaquer frontalement », a-t-il affirmé.
À travers le Groupe de travail “GPA Financement”, le CNPM a engagé un travail de fond pour mieux comprendre, structurer et proposer des solutions adaptées. Toutefois, il a insisté sur le fait que ces solutions doivent être co-construites, dans un dialogue permanent entre entreprises, banques, fonds, institutions publiques et partenaires techniques et financiers.
Pour cette première édition, 05 institutions financières ont été mobilisées : la Banque of Africa (BOA), Coris Bank International, la Banque nationale de développement agricole (BNDA), le Fonds de garantie du secteur privé (FGSP) et la Banque ouest africaine de développement (BOAD). Chacune d’elles a apporté des réponses concrètes et opérationnelles aux préoccupations des entreprises, notamment sur les secteurs financés, les produits accessibles, les montants mobilisables, les critères d’éligibilité, les garanties requises, les délais de traitement et les principaux obstacles à lever. La rencontre a été marquée par des échanges interactifs, visant à mieux prendre en compte les préoccupations des PME et à améliorer les solutions proposées par les institutions de financement.
Amadou GUEGUERE
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