La meilleure défense du tournoi a été infranchissable pour les Argentins
L'Espagne a craint le hold-up du siècle pendant plus de cent minutes. Pourtant, elle a fini par s'offrir un second titre de championne du monde en venant à bout de l'Argentine, hier au stade de New York New Jersey. Comme en 2010, la Roja valide son statut de meilleure équipe de la planète deux ans après avoir remporté l'Euro, confirmant la réinstallation d'une véritable dynastie espagnole sur le football mondial. Le plan tactique de Luis de la Fuente a fonctionné à la perfection. Arrivée en finale avec l’étiquette de l’attaque la plus prolifique du tournoi (19 buts), l’Argentine de Lionel Scaloni a été totalement éteinte, incapable de développer son jeu de transition. La soirée des champions du monde 2022 a d'ailleurs tourné au cauchemar dès le premier acte avec la sortie sur blessure de leur défenseur central Lisandro Martínez.
La situation s'est encore compliquée en fin de temps réglementaire avec l'expulsion d'Enzo Fernández, laissant l'Albiceleste à dix pour disputer la prolongation. Malgré cette infériorité numérique, les Argentins ont longtemps cru au miracle grâce aux parades stratosphériques d'Emiliano Martínez ou à la chance, comme lorsque la tête de Mikel Merino a frôlé le montant à la 103è minute.
Le calvaire offensif de l'Argentine est résumé par un chiffre accablant : il aura fallu attendre la 117è minute pour assister à leur tout premier tir. Les Sud-Américains ont pourtant eu la balle d'égalisation au bout du suspense, à la 120e minute + 1. Sur un centre précis de Lionel Messi, Giovanni Simeone, idéalement placé et complètement seul au point de penalty, a claqué une reprise de volée qui s'est envolée dans les tribunes de New York. Un raté monumental qui symbolise la faillite offensive d’une équipe restée muette et incapable de cadrer le moindre ballon.
Les statistiques finales mettent en lumière le chef-d’œuvre collectif de la Roja et l'asphyxie totale subie par les coéquipiers de Lionel Messi. Sous l'impulsion d'un Rodri monumental au milieu de terrain, l'Espagne a confisqué le cuir. Avec 68 % de possession, la Roja a fait courir le bloc argentin jusqu'à épuisement. Les Espagnols ont réussi 803 passe avec 90 % de précision contre 445 passes contre 78 % pour l’Argentine. L'Espagne a pilonné la cage adverse avec 20 tirs (11 cadrés), obligeant Emiliano Martínez à multiplier les parades. L'Argentine termine quant à elle la partie sans le moindre tir cadré (3 tirs, 0 cadré). L'impact physique a été rugueux avec 21 fautes espagnoles contre 24 argentines. Toutefois, la nervosité argentine s'est traduite par 5 cartons jaunes et 1 carton rouge, là où l'Espagne a rendu une copie vierge de tout avertissement. Concernant les corners, c’est 9 contre 4 pour l’Espagne. Preuve d'un monopole territorial espagnol qui s'est principalement joué dans les trente derniers mètres de l'Albiceleste.
À force de pousser, l'Espagne a fini par faire sauter le verrou en prolongation. À la 106è minute, Lamine Yamal a provoqué côté droit avant de servir Pedro Porro en retrait. Ce dernier a ajusté un centre précis vers le second poteau pour Nico Williams, dont la remise astucieuse de la tête a permis à Ferran Torres de propulser une demi-volée surpuissante du gauche sous la barre. Un but historique, le 25è de sa carrière internationale, qui a définitivement scellé le sacre espagnol.
Au coup de sifflet final, les Espagnols éclatent de joie. À seulement 19 ans, Lamine Yamal soulève le trophée et devient le premier joueur de moins de 20 ans de l'histoire à remporter l'Euro et la Coupe du monde. Bloqué à 8 réalisations, Leonel Messi termine deuxième au classement du Soulier d'or derrière Kylian Mbappé (10 buts). Ce dernier s'établit d'ailleurs comme le meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde avec un total record de 22 réalisations, devançant Messi d'une unité (21 buts) ainsi que les anciens détenteurs du record, Miroslav Klose (16 buts) et Ronaldo Nazário (15 buts).
Le trophée de Meilleur joueur de la compétition est revenu à Rodri. Le métronome de la Roja succède à Lionel Messi après un tournoi géré d'une main de maître. Unai Simón remporte le titre de Meilleur gardien. Le gardien espagnol n'aura encaissé qu'un seul but (face à la Belgique) durant toute l'épreuve. Une performance défensive historique pour un champion du monde. Pau Cubarsí a été élu Meilleur jeune. À seulement 19 ans, le défenseur central du FC Barcelone a disputé l'intégralité des minutes du tournoi. «Ce sont des joueurs avec un talent exceptionnel. J'éprouve beaucoup de fierté d'avoir fait ce trajet avec eux, c'était un honneur. Je suis très ému.
C'est merveilleux, cette génération est un exemple pour le sport espagnol, la jeunesse, pour toute l'Espagne. Ensemble, nous sommes plus forts. On aurait dû marquer avant mais il y a eu beaucoup d'arrêts de leur gardien. C'est une finale de Coupe du monde, avec Messi en face, il faut souffrir. Il fallait montrer qu'on était prêts à cela», a déclaré le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente. «Merci beaucoup ! Ce but était pour 47 millions de personnes... Tout était écrit, il fallait qu'on gagne. Quand tu as Messi dans l'équipe adverse, c'est toujours un risque de séisme. On a toujours été nous-mêmes. C'est une libération, c'était très important. Dieu m'a donné la force de continuer et, à la fin, Dieu donne à ceux qui le méritent », a souligné l’un buteur du match, Ferran Torres. «De la tristesse, mais on sait qu'on a tout fait. Il y a des choses à dire mais il faut simplement remercier. Je me souviendrai toujours de ce qui nous a permis d'arriver jusque-là. La victoire est grande, la défaite aussi », a indiqué le sélectionneur argentin Lionel Scaloni.
Ladji Madiheri DIABY
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