La moitié de la population malienne à moins de 15 ans
La Journée mondiale de la population offre l'occasion de poser une question essentielle : la démographie malienne est-elle une bombe à retardement ou le socle du Mali émergent voulu par la Vision 2063 ? Le destin économique d'un pays ne dépend pas uniquement de ses ressources naturelles. L'histoire montre que les nations qui ont le plus progressé sont celles qui ont su transformer leur population en richesse. Le Japon, la Corée du Sud, Singapour ou encore le Rwanda n'ont pas bâti leur développement sur l'abondance des matières premières, mais sur la qualité de leur capital humain. Le Mali se trouve aujourd'hui à un tournant comparable.
Avec près de la moitié de sa population âgée de moins de 15 ans, il possède l'une des populations les plus jeunes d'Afrique. Selon les projections de la Direction nationale de la population, le pays comptera près de 40 millions d'habitants en 2040 et plus de 51 millions en 2050. Ces chiffres impressionnent. Ils inquiètent parfois. Pourtant, ils constituent avant tout une formidable opportunité.
LE FAUX DEBAT SUR L'EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE- Depuis plusieurs décennies, la croissance démographique est souvent analysée sous l'angle de la pression qu'elle exerce sur les écoles, les hôpitaux, les logements ou encore les emplois. Cette lecture n'est pas totalement erronée. Plus la population augmente, plus les besoins en infrastructures et en services publics deviennent importants. Mais limiter la démographie à cette seule dimension serait une erreur.
Dans un contexte mondial marqué par le vieillissement accéléré de nombreuses économies, disposer d'une population jeune devient un avantage stratégique. L'Europe, le Japon ou la Chine cherchent aujourd'hui à compenser le recul de leur population active. Le Mali, lui, dispose déjà de cette force. Son défi n'est donc pas d'avoir trop de jeunes, mais de leur permettre de devenir des citoyens qualifiés, productifs et innovants. Le véritable enjeu serait de transformer la quantité en qualité.
C'est ici que prend tout son sens la notion de dividende démographique. Les économistes utilisent cette expression lorsqu'un pays parvient à transformer sa jeunesse en facteur durable de croissance économique. Ce dividende n'apparaît jamais spontanément. Il est le résultat d'investissements massifs dans le capital humain. Chaque enfant qui accède à une école de qualité, chaque jeune formé à un métier, chaque femme qui entreprend, chaque diplômé qui trouve un emploi contribue à créer davantage de richesses nationales. À l'inverse, une jeunesse privée d'éducation, de santé ou de perspectives professionnelles peut devenir un facteur de fragilité économique et sociale.
Autrement dit, le dividende démographique ne dépend pas du nombre d'habitants. Il dépend de la qualité des politiques publiques. C'est précisément cette logique qui traverse la Vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma ». Derrière les grands projets d'infrastructures ou de souveraineté économique se trouve une conviction simple : le premier investissement d'un État doit porter sur son capital humain. Le choix de décréter 2026-2027 Année de l'Éducation et de la Culture illustre cette orientation. L'éducation développe les compétences. La culture consolide les valeurs citoyennes, l'identité nationale et la cohésion sociale. L'entrepreneuriat favorise l'innovation, la création de richesses et l'autonomie économique. Ces trois piliers constituent la réponse la plus durable aux défis démographiques.
UNE JEUNESSE DÉJÀ TOURNÉE VERS L'INITIATIVE- Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes Maliens n'attendent pas uniquement un emploi salarié. Les chiffres présentés lors de la célébration montrent que 42,4 % des jeunes exercent déjà une activité en auto-emploi. Chez les jeunes femmes, cette proportion dépasse même la moitié. Cette réalité révèle un fort potentiel entrepreneurial. Mais elle met également en évidence les limites du système actuel : faiblesse des financements, accès insuffisant aux marchés, déficit de formation technique et poids du secteur informel.
Le véritable défi consiste désormais à accompagner cette énergie afin de transformer les petites initiatives en entreprises créatrices d'emplois. Aucun pays n'a réussi son dividende démographique sans améliorer la condition des femmes. L'éducation des filles, leur accès au crédit, à la propriété, à la formation professionnelle et aux responsabilités économiques influencent directement la croissance. Les propos de la ministre chargée de la Promotion de la Femme rappellent ainsi une évidence : investir dans les femmes revient à investir dans l'avenir de toute la société. Les projections démographiques ne sont ni des prédictions inéluctables ni des fatalités. Elles constituent un avertissement.
Le Mali dispose d'environ vingt-cinq années pour préparer l'arrivée de près de trente millions d'habitants supplémentaires. Ce délai peut paraître long. En réalité, il est très court au regard du temps nécessaire pour construire des écoles, former des enseignants, créer des universités performantes, moderniser l'agriculture, industrialiser l'économie et générer des millions d'emplois. Le défi est immense. Mais, il est à la hauteur des ambitions affichées par la Vision 2063.
La Journée mondiale de la population rappelle finalement que la principale richesse du Mali ne se trouve ni dans son sous son sol, ni dans ses fleuves. Elle est déjà là, dans ses villages, ses écoles, ses universités, ses ateliers et ses exploitations agricoles. Le Mali ne gagnera pas son pari parce qu'il comptera demain 51 millions d'habitants. Il le gagnera si ces 51 millions de femmes et d'hommes sont instruits, qualifiés, en bonne santé, entreprenants et pleinement acteurs du développement national. C'est à cette condition que la croissance démographique cessera d'être perçue comme une contrainte pour devenir le véritable moteur du Mali Kura à l'horizon 2063.
Mariam A. TRAORÉ
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