Formation et emploi au Mali : Une inadéquation persistante, malgré des avancées

Cette situation s’explique notamment par un décalage structurel entre des formations souvent théoriques et les métiers effectivement recherchés par les entreprises, en particulier dans des secteurs porteurs tels que l’agro-pastoral et le BTP

Publié mardi 17 février 2026 à 08:28
Formation et emploi au Mali : Une inadéquation persistante, malgré des avancées

L’adéquation entre formation et emploi demeure l’un des défis majeurs du système éducatif malien. C’est autour de cette problématique que s’est tenue, le 29 janvier dernier, une conférence publique à l’amphithéâtre préfabriqué n°2 de la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG), réunissant plusieurs personnalités du monde universitaires et institutionnel pour analyser les causes du décalage persistant entre les compétences formées et les besoins du marché du travail.

Intitulée «l’adéquation de la formation à l’emploi et les exigences de l’employabilité», la rencontre a mis en exergue une problématique qui, depuis plus de quarante ans, constitue un défi structurel pour le Mali. Comment mieux préparer les apprenants aux réalités du marché du travail? Quels profils pour les entreprises ? Quelles réponses concrètes ?

La conférence était animée par la Pr Djénéba Traoré, ancienne rectrice de l’ULSHB, le Pr Ousmane Oumarou Sidibé, ancien ministre du Travail et de la Fonction publique, ancien commissaire au Développement institutionnel et ancien directeur de l’ex-ENA, ainsi que le Pr Ousmane Mariko, professeur d’université. Dans sa communication intitulée «adéquation formation-emploi au Mali : bilan et perspectives», la Pr Djénéba Traoré a dressé un état des lieux sans complaisance. Selon elle, le bilan demeure contrasté et globalement préoccupant. Malgré un taux d’insertion estimé à 65,5% pour les sortants formés, le décalage entre les compétences acquises et les besoins réels du marché du travail reste prononcé.


De nombreux diplômés peinent à trouver un emploi correspondant à leur spécialité, tandis qu’une majorité de jeunes s’oriente vers l’entrepreneuriat informel, faute d’opportunités stables. Cette situation s’explique notamment par un décalage structurel entre des formations souvent théoriques et les métiers effectivement recherchés par les entreprises, en particulier dans des secteurs porteurs tels que l’agro-pastoral et le BTP. Parmi les principaux constats évoqués, figurent l’inadéquation des filières, le chômage des jeunes diplômés et le poids prépondérant de l’économie informelle.

 Selon le Bulletin sur les indicateurs du marché du travail 2024 de l’Institut national de la statistique (Instat), 95,5% des emplois au Mali relèvent du secteur informel. Par ailleurs, 51% des jeunes créent leur propre activité, le plus souvent par nécessité plutôt que par choix stratégique.
 Si la formation contribue à l’amélioration des compétences, son inadéquation avec les besoins du marché demeure un frein majeur à l’employabilité. Pour la conférencière, le Mali fait face à un défi structurel : adapter rapidement son système éducatif afin de former des jeunes compétents, innovants et capables de répondre aux exigences d’un marché du travail en constante mutation.

Elle a insisté sur la nécessité de mener des études prospectives pour déterminer le nombre de diplômés requis par spécialisation, en fonction des besoins réels du pays, tout en renforçant les partenariats entre universités et entreprises et en promouvant un entrepreneuriat structuré. De son côté, le Pr Ousmane Mariko a centré son intervention sur la relation entre l’université et le monde du travail, en posant une question fondamentale : quelle adéquation entre formation et emploi ? Prenant l’exemple de la FSEG, il a indiqué que l’établissement compte environ 25.000 étudiants et met chaque année sur le marché du travail entre 3.000 et 4.000 diplômés. Or, le nombre de postes ouverts annuellement dans la fonction publique avoisine les 800. «Lorsque l’on compare ces chiffres, on mesure toute la difficulté d’insertion de nos diplômés», a-t-il souligné. Face à cette réalité, il a défendu l’entrepreneuriat comme une alternative vitale à l’emploi salarié.

Il a ainsi estimé que l’inadéquation est désormais structurelle et non plus conjoncturelle, se traduisant par le chômage, le sous-emploi et les phénomènes de «mismatch» horizontal et vertical. Le premier désigne les situations où un diplômé occupe un emploi sans lien avec sa spécialité, le second correspond à un déclassement, lorsque le niveau de qualification dépasse celui requis pour le poste occupé. Pour remédier à ces déséquilibres, le conférencier a insisté sur la nécessité d’un diagnostic rigoureux fondé sur des données fiables. Il a également mis l’accent sur l’importance des stages, des projets pratiques et des partenariats avec les entreprises. Il a plaidé pour le renforcement des services d’orientation et une meilleure information des étudiants sur les dispositifs publics d’appui à l’emploi.

Quant au Pr Ousmane Oumarou Sidibé, il a centré son intervention sur les défis liés à l’insertion professionnelle des jeunes en Afrique, en mettant particulièrement l’accent sur l’employabilité et l’entrepreneuriat. Selon lui, la situation des jeunes face à l’emploi constitue un défi majeur pour l’ensemble des pays africains. Parmi les multiples causes, il a insisté sur la question des aptitudes professionnelles, souvent jugées insuffisantes pour occuper des emplois qualifiés dans le secteur moderne. Il a rappelé que, selon certaines estimations, seulement 9% des jeunes Africains ont accès à une formation professionnelle de qualité.

Dans les pays héritiers du modèle éducatif français, les formations sont encore perçues comme trop théoriques et insuffisamment orientées vers les réalités du marché du travail, ce qui alimente les interrogations sur la mission traditionnelle de l’université. Le Pr Sidibé a souligné que l’employabilité des diplômés ne peut reposer uniquement sur les universités. Elle nécessite un engagement conjoint de l’État, du secteur privé et des institutions de formation. L’ancien ministre du Travail et de la Fonction publique a plaidé pour une transformation en profondeur des systèmes de formation, afin de mieux doter les jeunes de compétences opérationnelles et de favoriser leur accès à des emplois décents ou à l’entrepreneuriat.

Amadou GUEGUERE

Lire aussi : Opération Dougoukoloko : Les FAMa détruisent de nombreuses bases terrorisées dans la région de Mopti

Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, poursuivent leurs opérations permanentes de surveillance, de contrôle et de sécurisation du territoire national dans le cadre de l'opération Dougoukoloko..

Lire aussi : Ministère de la Sécurité et de la Protection civile : Remise d’un important lot de véhicules neufs aux forces de sécurité

Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, a présidé ce vendredi 31 juillet la cérémonie de réception d’un important lot de véhicules destiné aux forces de sécurité. L'événement s'est déroulé devant la Direction générale .

Lire aussi : Journée panafricaine des femmes : La gent féminine mobilisée pour relever le défi de l’assainissement

Les associations féminines intervenant dans le secteur plaident pour un véritable encadrement de la collecte et l’évacuation des ordures, l’accord de crédits bancaires aux GIE et l’application immédiate des sanctions contre l’utilisation, la commercialisation et la production des sachet.

Lire aussi : ANPE : 77 % du plan de travail 2025 réalisé

Malgré un contexte économique difficile, l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) a exécuté 77 % de son Plan de travail annuel (PTA) 2025 au 31 décembre dernier. Le bilan a été présenté lors de la 52è session du Conseil d’administration, tenue jeudi dans les locaux de l’Agence, sous.

Lire aussi : CFP-Sénou : 1.940 jeunes déjà formés

Le Centre veut accélérer la cadence pour mieux répondre aux besoins du marché de l’emploi.

Lire aussi : FACEJ II : De jeunes entreprises prennent leur envol

À Kalaban Coura et Kalaban Coro, la ministre Oumou Sall Seck a pu mesurer les effets positifs et concrets de l’accompagnement du FACEJ II auprès de jeunes entrepreneurs engagés dans la création d’emplois et le développement de solutions innovantes.

Les articles de l'auteur

Badara Aliou Diarra, l’homme qui fait parler la terre

À la 4è édition de la Semaine du Numérique, cet autodidacte malien dévoile « Sènè Dèmèlan », une solution qui met l’électronique et l’informatique au service de l’agriculture.

Par Amadou GUEGUERE


Publié vendredi 31 juillet 2026 à 09:36

Semaine du numérique : La jeunesse passe à l’action

Au CICB, robots, intelligence artificielle et innovations numériques ont révélé hier une jeunesse malienne qui refuse de rester spectatrice de la révolution technologique. Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, a salué cette mobilisation et appelé à mieux accompagner ces nouveaux talents.

Par Amadou GUEGUERE


Publié vendredi 31 juillet 2026 à 09:31

Semaine du Numérique : Alhamdou AG Ilyène salue l'engagement de la jeunesse

En marge des activités de la 4ᵉ édition de la Semaine du Numérique, le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’administration, Alhamdou Ag Ilyène, a effectué ce jeudi 30 juillet 2026 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), une visite des stands, avant la visite officielle prévue demain avec ses homologues du Burkina Faso et du Niger..

Par Amadou GUEGUERE


Publié jeudi 30 juillet 2026 à 15:36

Infrastructures numériques : Les avancées et les défis à la loupe des experts

Les travaux de la 4è édition de la Semaine du numérique se poursuivent au Centre international de conférences de Bamako (CICB). La journée d’hier a été consacrée à la thématique : «Infrastructures numériques et la connectivité : état des lieux, défis et feuille de route pour une couverture universelle».

Par Amadou GUEGUERE


Publié jeudi 30 juillet 2026 à 09:09

Infrastructures numériques : Des avancées notables face à des défis à relever

Au lendemain du lancement officiel de la 4ᵉ édition de la Semaine du Numérique, les travaux techniques se poursuivent au Centre international de conférences de Bamako (CICB)..

Par Amadou GUEGUERE


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 15:57

Approvisionnement en hydrocarbures : L’Etat veut constituer un stock national de régulation

Quelque 75 millions de litres réceptionnés ces derniers jours ont permis non seulement d’assurer un approvisionnement régulier du pays, mais également de constituer un début de stock dans les citernes. Cette situation offre, selon le ministre de l’Industrie et du Commerce, une fenêtre d’opportunité pour mettre en place des réserves stratégiques de carburant.

Par Amadou GUEGUERE


Publié mardi 21 juillet 2026 à 08:32

Emploi et formation professionnelle : Le pari d’un partenariat renforcé

La rencontre hier entre la ministre de l’Entreprenariat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Mme Oumou Sall Seck et les partenaires techniques et financiers a été l’occasion de présenter les grandes orientations du département, d’échanger sur les défis persistants et de poser les bases d’une collaboration encore plus efficace.

Par Amadou GUEGUERE


Publié vendredi 17 juillet 2026 à 14:39

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner