Une dibiterie à Diéma
La célébration de la fête de Mawlid,
anniversaire du baptême du Prophète de l’Islam (PSL), par le chérif de Nioro,
M’Bouillé Haidara, draine chaque année, une foule de fidèles musulmans venus de
l’intérieur et de l’extérieur du pays. Tout ce beau monde prend part à cet événement
grandiose marqué par des prières et bénédictions du guide spirituel.
Ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes
transitent par la vieille Cité religieuse. Leur passage est une réjouissance
populaire au Razel, une zone commerciale qui constitue, aux dires des spécialistes,
le poumon économique de cette ville carrefour soumise à un brassage sans précédent,
à travers l’arrivée massive d’étrangers en quête d’un mieux-être, et de
voyageurs en escale. C’est là que se déroulent toutes sortes de transactions,
notamment en termes de marchandises, de cheptels, d’engins roulants et d’autres
matériels.
Durant ces moments d’effervescence,
boutiquiers, étalagistes, vendeurs de thé, gargotières, rôtisseurs (dibi),
cireurs de chaussures, coiffeurs, chacun trouve son compte, et même les
mendiants en errance ont de quoi se gargariser. Du levé au couché du
soleil, souvent jusqu’à des heures indues, on assiste à un tohu-bohu incessant.
Certains passagers, ne maîtrisant pas bien le coin, tournent en rond, sans
destinations précises. D’autres par contre, préfèrent se détendre en plein air
pour oublier leur fatigue endurée, avant de reprendre cahin-caha la route.
Depuis la veille du Mawlid, les activités
commerciales s’intensifient au Razel. Cheick Omar Fané propose son thé à tout
venant. Il réalise journellement des recettes de 5.000 à 7.500 Fcfa,
contrairement aux jours ordinaires, où il peine à trouver 1.000 Fcfa. Certains
de mes clients sont diabétiques, je leur sers du thé sans sucre. D’autres, généralement
des femmes, demandent de renforcer le dosage du sucre. C’est compliqué souvent
! lance le jeune homme, en tendant un verre rempli de thé à un homme d’un
certain âge, qui portait au cou un long chapelet.
Yaya Ouédrago est un passager. Cet homme, du haut de ses cinquante ans, participe régulièrement au Mawlid à Nioro depuis dix ans. Il n’entend pas s’arrêter, sauf déclare notre interlocuteur, le jour où mon état de santé ne me permet plus d’effectuer le déplacement. Diabaly Touré, vendeur de pain, se frotte les mains. Il explique avec un large sourire, que durant ces périodes, il a empoché la faramineuse somme de 350.000 Fcfa.
Le petit commerce d’Abdoulaye Coulibaly,
vendeur d’eau glacée, tourne au ralenti. Il argue que beaucoup de passagers évitent
de boire trop d’eau pour éviter de ressentir chaque fois le besoin d’uriner.
Notre marchand se contente du peu qu’il gagne.
Mohamed Cissé, est un apprenti boucher. Il travaille pour son grand-frère absent. Il s’abstient donc de se prononcer sur son gain.
La pastèque, c’est de l’eau. Nombre de
voyageurs s’en détournent, c’est pourquoi Awa Bouaré qui en vend en petites
tranches de 100 Fcfa, enregistre de maigres recettes. Quant à Djénéba Diakité,
gargotière, elle se plaint de certains clients, qui font retourner leur plat
après avoir été servis, jugeant la quantité trop minime à leurs yeux.
Malgré tout, les recettes de la dame avoisinent les 15.000 Fcfa par jour. Parmi le flot de mendiants agglutinés autour d’une tasse de riz au gras arrosé de sauce, le nommé Salif Diallo, qui semblait loquace, avoue que certains sont gentils. Ils vous glissent banalement, raconte le gamin, la main remplie de tartine, un billet de banque. Beaucoup préfèrent des biscuits au cours du voyage, pour éviter des problèmes de digestion. C’est pour cette raison qu’il y a de l’affluence à l’étalage d’Abou Traoré. Kandioura Diarra, n’a envie de rien mettre sous les dents, tant qu’il ne trouve pas de solutions à la panne déclarée sur son véhicule.
Ouka BA/Amap-Dièma
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