Projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale : Une affaire entre Maliens

Le document, remis au Chef de l’État le 22 juillet dernier, comporte un préambule, 16 titres, 39 chapitres et 106 articles. Il est la manifestation de la volonté des Maliens de trouver des solutions endogènes à leurs problèmes et crises sans interférence extérieure

Publié mardi 29 juillet 2025 à 08:11
Projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale : Une affaire entre Maliens

Remise officielle du document au Chef de l'État, le Général d’armée Assimi Goïta

 

De son indépendance à nos jours, notre pays a été confronté à plusieurs défis, notamment sécuritaires, institutionnels, économiques, financiers, climatiques, aggravés par la mauvaise gouvernance. Ces défis ont fait le lit de conflits inter et intra-communautaires, des rébellions (1963, 1990, 2006 et 2012), des instabilités politiques et institutionnelles (1968, 1991, 2012, 2020 et 2021), du crime transnational organisé et du terrorisme.

 Ces différentes crises insurrectionnelles ont été, pour la plupart, gérées à travers des accords. Il s’agit de l’accord de Tamanrasset, signé le 6 janvier 1991, du Pacte national, signé à Bamako le 11 avril 1992, de l’accord d’Alger pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la Région de Kidal, signé à Alger le 4 juillet 2006. Mais aussi, l’accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix, signé à Ouagadougou le 18 juin 2013, l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, signé à Bamako les 15 mai et 20 juin 2015.

Dans le cadre du processus de paix, plusieurs initiatives ont également été prises par les autorités. Parmi celles-ci, la mise en place de la Commission vérité, justice et réconciliation en 2014, la Conférence d’entente nationale en 2017, le Dialogue national inclusif en 2019, les Assises nationales de la refondation en 2021, l’institutionnalisation de la Semaine nationale de la réconciliation en 2022 et le Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale en 2024.

Malgré ces efforts multiples de l’État pour stabiliser le pays, des crises persistent. En optant pour une nouvelle approche endogène du processus de paix basée sur les valeurs sociétales maliennes afin de recoudre le tissu social, les autorités de la Transition ont pris certaines mesures. Il s’agit du retrait du G5 Sahel en 2022, du départ de la force française Barkhane et Takuba en 2022, de la Minusma en 2023, du retrait de la Cedeao en 2024 et la dénonciation de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger en 2024. C’est dans cette dynamique que le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a décidé de l’appropriation nationale du processus de paix et de réconciliation sans interférence extérieure.

En trois actes, les Maliens ont conçu une Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale. D’abord avec le Dialogue inter-Maliens, puis l’avant-projet de Charte et le projet de Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale dont la Commission de rédaction a été mise en place le 10 décembre 2024, présidée par l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Laquelle Commission a remis officiellement, le 22 juillet dernier au CICB, ce projet de Charte au Chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, au cours d’une cérémonie solennelle.

Après consultations des forces vives de la Nation, des institutions de la République, des autorités administratives et indépendantes, des anciens Chefs d’État, des anciens Premiers ministres, des ambassades, des Maliens établis à l’Extérieur, des universités ainsi que des personnes ressources, le document a débouché sur un préambule, 16 titres, 39 chapitres et 106 articles. L’approche participative et inclusive a aussi concerné les organisations socio-professionnelles, les faîtières de la presse, les collectivités territoriales, les confessions religieuses et les partis politiques.

La Charte est conçue pour être le document de référence pour toutes initiatives, actions et activités qui concourent à la paix, à la sécurité, à la réconciliation nationale, à la cohésion sociale et au vivre-ensemble au Mali. Sa vision est une Nation souveraine, réconciliée, tolérante et en paix, dans un État refondé reposant sur une gouvernance démocratique, juste et équitable. Dans son préambule, le projet de Charte affirme l’attachement du peuple malien à son unité, à son histoire, à sa diversité et à ses valeurs socio-culturelles.

 

SURMONTER LES DIVISIONS- Il ressort de la présentation sommaire avant sa remise au Chef de l’État que ce projet de Charte contribue à l’éveil des consciences, à la moralisation de la vie publique et à la reconstruction nationale dans la paix retrouvée. Elle met en relief la volonté collective de rétablir la paix et la sécurité, de renforcer la cohésion sociale et de consolider le vivre ensemble. Ce projet souligne la nécessité de promouvoir l’émergence d’une jeunesse consciente, engagée, compétente, citoyenne, responsable, patriote et capable d’assumer son destin.

Le projet de Charte met l’accent sur l’importance d’un engagement individuel et collectif en faveur du développement économique, social, environnemental et culturel ainsi que d’une gouvernance vertueuse. En outre, le projet de Charte met l’accent, entre autres, sur la restauration de l’État, le raffermissement de la confiance entre l’administration et les populations, le devoir de transparence, d’intégrité et de redevabilité dans la gestion des affaires publiques, les valeurs partagées comme la solidarité, le travail, la vertu, le pardon, l’autorité des parents, la parenté à plaisanterie. S’y ajoutent des questions de justice, de lutte contre l’impunité, la corruption et la délinquance économique et financière, le chômage, la formation professionnelle et l’emploi des jeunes, l’éducation sous ses différentes formes, la culture et la culture de la paix.

Dans le même document, les experts-membres de la Commission de rédaction ont expliqué la paix comme étant un état d’esprit, un comportement et une quête permanente. Selon eux, elle repose sur l’affirmation de la souveraineté et de l’indépendance, la défense du territoire national, la protection des populations et de leurs biens. Ils poursuivent que la réconciliation nationale est un processus visant à restaurer des relations harmonieuses entre les différentes composantes de la Nation. Avant de soutenir que la réconciliation implique le dialogue, l’écoute, l’entente, l’équité et la justice. Quant à la sécurité, elle désigne la protection et la préservation des intérêts vitaux de la Nation. Elle englobe la sécurité physique, psychologique et conforte le vivre ensemble, d’après les experts.

En plus, ce projet de Charte reflète la volonté du peuple de surmonter les divisions et de construire un avenir de paix, de sécurité, de cohésion sociale et de vivre-ensemble favorisant un développement économique durable. Aussi, il insiste sur le rôle et l’importance de la communication dans le processus de paix et de réconciliation nationale en tenant compte du contexte de guerre informationnelle.

Le document met en exergue également les responsabilités des acteurs et en appelle à leur implication active dans sa mise en œuvre. Ces engagements se traduisent par le respect de la Charte nationale, la défense de l’intégrité du territoire, la préservation de la souveraineté et la considération de l’unité nationale, la protection, la préservation et la promotion du patrimoine culturel, la lutte contre l’intolérance et l’extrémisme violent, le recours aux moyens pacifiques d’expression et de revendication ainsi que le rejet de tout discours de haine.

Par ailleurs, il y est inscrit que les acteurs de la mise en œuvre de la Charte nationale qui sont l’État, la société civile, les couches et les corporations susmentionnées, invitent les Maliens à ne jamais prendre les armes contre la République. C’est pourquoi, lors de la cérémonie de remise du document, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a en appelé au sens élevé du patriotisme des Maliens en leur demandant de déposer les armes. Pour le Chef de l’État, c’est la condition sine qua non avant toutes négociations. «Pas question de passer par un autre pays pour nous menacer et nous intimider», a-t-il prévenu. Avant d’exhorter ses compatriotes au dialogue direct pour aboutir à la paix. Ce faisant, a insisté le Président Goïta, ils peuvent s’adresser à la Commission de rédaction de la Charte, aux chefs de villages ou de fractions.

De son côté, le président de la Commission de rédaction de ce projet a affirmé que cette Charte permettra de relever les défis auxquels notre pays est confronté. Selon Ousmane Issoufi Maïga, c’est un levier puissant pour l’avenir du Mali. Puisque, a-t-il fait remarquer, elle reflète la volonté du peuple malien de surmonter les divisions.


«Vous avez un projet finalisé qui prédispose la Charte à être un précieux guide vers une Nation réconciliée avec elle-même où les discriminations, les exclusions et le repli sur soi seront bannis à jamais», a assuré l’ancien Premier ministre qui reste convaincu que cette Charte fera taire les armes au Mali. 
Après la restitution aux délégués venus de l’intérieur et de l’extérieur du pays, la prochaine étape sera la soumission du document au vote du Conseil national de Transition (CNT) et sa promulgation par le Général d’armée Assimi Goïta.

Namory KOUYATE

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