SIGRH : Au-delà du délai de grâce

Le processus de l’enrôlement des agents au Système intégré de gestion des ressources humaines des fonctions publiques de l’État et des collectivités (SIGRH) s’est étendu de mai 2022 à septembre 2024. En 2026, il se poursuit encore en vue de réduire considérablement les contestations à propos des 36.151 travailleurs «fictifs». Tel est l’un des challenges du nouveau ministre de la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les Institutions, Yaya Gologo

Publié vendredi 20 février 2026 à 08:40
SIGRH : Au-delà du délai de grâce

Yaya Gologo, ministre de la Refondation de l’état, chargé des Relations avec les Institutions



 Des efforts louables sont consentis par le ministère de la Refondation de l’État pour faciliter l'enrôlement des agents au Système intégré de gestion des ressources humaines des fonctions publiques de l’État et des collectivités (SIGRH), après la remise de son rapport le 15 août 2025 au Chef de l’État, le Général d'armée Assimi Goïta. Le département chargé du dossier a, avec méthode et stratégie, su donner une réponse adéquate aux différents syndicats à travers des rencontres et pourparlers. Toutes choses qui ont permis de lever la mesure de suspension des salaires. C'est dans cette atmosphère sereine qu'un premier communiqué, accordant un délai de grâce de trois mois aux agents n’ayant pas validé leur contrôle physique biométrique, a été fait, sur instruction du Président de la Transition.

La période s'étendait du 8 septembre au 8 décembre 2025. Cette date étant expirée, le ministère de la Refondation de l’État, à travers son second communiqué n°2025-02/MRE-SG du 8 décembre 2025, a prorogé le délai au 30 janvier 2026 pour plus d’inclusivité, d’apaisement et de compromis. Ainsi, le nombre de 36.151 travailleurs annoncés préalablement comme «fictifs» sera, en principe, réduit au décompte final.

Il suffit pour eux d'apporter les pièces justificatives relatives, entre autres, à l’arrêté d'intégration ou de la décision de recrutement, à la carte Nina, à l'extrait d'acte de naissance et à l'acte de précision de la position administrative.  Le travail titanesque abattu par la commission en charge du SIGRH appuyée par les cadres des différentes Directions des ressources humaines (Drh), est louable pour plus d’un. Et les travailleurs dans leur grande majorité adhèrent à la gestion rigoureuse des fonds de l’État.

L’objectif du SIGRH est de doter l’administration d’un outil de référence des effectifs des fonctions publiques de l’état et des collectivités territoriales, gage de la maîtrise de la masse salariale. Ce projet entend également s’atteler à l’interconnexion entre les différentes structures en charge de la gestion des ressources humaines et à la disponibilité des statistiques fiables pour la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Dans l’optique de la modernisation de l’administration, viennent s’ajouter aussi, la mise en service d’un système permettant une meilleure gouvernance du capital humain de l’État ainsi que l’instauration d’un mécanisme efficient d’aide à la décision pour les autorités dans le domaine des ressources humaines de l’État et des collectivités territoriales. Il convient de rappeler que le SIGRH s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’action gouvernemental et est une forte recommandation des Assises nationales de la refondation.

Dans un entretien qu’il nous a accordé, le secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) s’est inquiété que le mois d'octobre dernier a été perturbé, surtout au niveau de l'enseignement, ajoutant que d’autres services n’ont pas été épargnés. «Les autorités ont compris les réactions et ont reconsidéré leur position pour reprendre le dossier», souligne Hamadoun Amion Guindo, tout en rapportant l’implication des partenaires dans la gestion de la crise.  Selon lui, il y a eu beaucoup d'omissions sur la liste des enrôlés. Il soutient que cela est lié en grande partie à l’insécurité dans les Régions de Kidal et de Nara. Malgré tout, affirme le premier responsable de la CSTM, la commission a déployé une équipe dans toutes les régions du Mali pour recenser les agents de l’État. D’après le syndicaliste, la Fédération de l’éducation nationale (FEN), la Fédération nationale de l’éducation, des sports, des arts, de la recherche et de la culture (Fenarec) et le syndicat de la santé ont mis les bouchées doubles auprès de leurs militants pour se faire recenser.

 

SOUTIEN UNANIME- À ce propos, le secrétaire général de la CSTM se réjouit de la baisse du niveau des plaintes. «Nous entrons dans une forme de normalité», remarque Hamadoun Amion Guindo, avant d’ajouter que d'ici la fin de ce mois de février, la Commission aura compilé les résultats pour sortir une nouvelle liste. «Et cette nouvelle liste-là, il faut qu'elle soit encore lue contradictoirement avec tous les gestionnaires des ressources humaines, pour voir s'il n'y a pas d'autres omissions. C'est après qu'on aura une liste définitive», suggère Hamadoun Amion Guindo. S’adressant à l’État, il préconise aux décideurs de gérer efficacement les dossiers en collaboration avec les différents départements et les institutions pour éviter de telles erreurs.  À l'endroit de ses militants ayant des problèmes, il leur a demandé de réagir le plus tôt possible. 

«Après, il y aura une liste définitive et tous ceux-là qui ne seront pas sur cette liste seront considérés comme ne faisant pas partie de l'effectif du personnel de l'État ou des collectivités territoriales», prévient le secrétaire général. évoquant la gestion saine des ressources de notre pays, Hamadoun Amion Guindo trouve que c'est une mesure salutaire, louable et noble. «Il faut que l'État sache quel est l'effectif qu'il prend en charge au budget autant dans la fonction publique que des collectivités», apprécie-t-il, soulignant que c'est un travail continu puisqu'il y a aussi des décès, des partants à la retraite et des embauches. 

Le secrétaire général de la Confédération démocratique des travailleurs du Mali (Cdtm) s’est aussi prononcé sur cette opération. «Après que les chiffres ont été annoncés, surtout ceux qui ont été déclarés comme fonctionnaires fictifs, nous avons estimé que le travail n'était pas arrivé à terme», explique Ousmane Almoudou. Il estime qu’il y avait quatre étapes à suivre et c'est à la fin de celles-ci qu'on peut aller à la suspension de salaires.

En sa qualité de secrétaire général du syndicat national des enseignants fonctionnaires des collectivités, non moins, porte-parole des Syndicats de l'éducation signataires du 15 octobre 2016, il a fait savoir qu’il était prématuré de suspendre des salaires. à son avis, depuis la publication du rapport, le syndicat a communiqué pour manifester son mécontentement au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social sur les conséquences d’un tel désagrément sur l’année scolaire.

Ousmane Almoudou dit avoir attiré l’attention des autorités de la Transition sur la spécificité du corps enseignant. « Nous avons souhaité que les équipes partent dans les Académies d’enseignement et les Centres d’animation pédagogique (Cap) pour être plus proches des enseignants», a fait savoir Ousmane Almoudou, regrettant que cela n'a pas été fait au début du processus. Le patron de la CDTM a dénoncé cet état de fait qu’il a qualifié de manquement à l'organisation du projet. Pour lui, le reproche fondamental, c'était la suspension des salaires.


 «En fait, les 6.000 agents qui avaient effectivement fait l'enrôlement se sont retrouvés dans la phase des non enrôlés», témoigne Ousmane Almoudou, avant de confirmer que c’était dû aux erreurs de machine. Le syndicaliste clarifie que même sur les 36.151, il y avait beaucoup de personnes, du côté de l'éducation, qui avaient fait l'enrôlement.

 

AMÉLIORATION-Toutefois, Ousmane Almoudou se réjouit de l’amélioration dans le secteur de l'éducation du fait que le délai a été prorogé. «Nous avons sollicité un deuxième passage des équipes dans les localités où il y avait des difficultés, notamment à Kayes, à Tombouctou, à Gao et à Ménaka», a indiqué le secrétaire général qui a salué le gouvernement pour avoir prêté une oreille attentive à cette requête. «La situation s'est fortement améliorée en ce qui concerne la prise en charge des préoccupations des enseignants », ajoute-t-il. Notant que c'est important que l’État puisse maîtriser la masse salariale. Le porte-parole des syndicats de l'éducation réitère son soutien au processus.

Abondant dans le même sens, le 2è secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) signale que le Système est bon. Issa Bengaly de relever à cet effet la lutte contre la fraude, la fiabilité des salariés. Selon lui, le dysfonctionnement constaté dans le temps était une erreur humaine. Le syndicaliste assure que les autorités vont de façon pragmatique pour ne pas commettre d’autres erreurs.

«L’État ne peut continuer de payer des gens qui n’existent pas», martèle-t-il, saluant l’initiative du SIGRH pourvu que l’état parvienne à déceler les fonctionnaires «fictifs». Parlant de la position de l’UNTM, Issa Bengaly maintient l’adhésion totale de sa centrale syndicale à ce projet. «C’est une bonne chose, un syndicat ne peut mieux chercher qu’avoir une administration bien assainie», argumente le 2è secrétaire général. L’objectif, pour lui, est d’avoir des données fiables.

Ce qui explique le travail ardu de la Direction des ressources humaines du secteur des infrastructures (DRH-SI). Ainsi, elle a reçu 177 dossiers physiques transmis par les directions et les organismes personnalisés pour le contrôle physique biométrique. Ces travailleurs issus des ministères des Transports et des Infrastructures; des Domaines, de l’Urbanisme, de l’Habitat, de l’Aménagement du territoire et de la Population ainsi que du département de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, sont respectivement 54, 79 et 40. Eux, tous ont validé leur contrôle. En clair, sur les 177 agents devant fournir les actes administratifs, 173 ont pu remplir les formalités, soit un taux de satisfaction de 97,7%.

Les 4 agents restants n’ont pu valider leurs identifications en raison des problèmes de lecture de leurs empreintes digitales. Néanmoins, deux travailleurs relevant du corps des contrôleurs de travail et de la sécurité sociale que nous avons rencontrés, ont manifesté leur satisfaction après leur contrôle physique.  S’exprimant sous le couvert de l’anonymat, ils ont fait cas de la suspension de leurs salaires, trois mois pour l’un et un mois pour l’autre. «Dès que nous avons introduit nos dossiers, nous avons recouvré nos droits», se réjouissent-ils.

Somme toute, l’on retient qu’à la faveur du contrôle physique qui a nécessité le deuxième déploiement des équipes d’enrôlement sur toute l’étendue du territoire national et dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali, le constat révèle, pour la plupart, des difficultés liées aux empreintes digitales. C’est là que l’Agence nationale de sécurisation des actes d’état civil (ANSAEC) est fortement sollicitée.

Namory KOUYATE

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