Les Sotrama sont le moyen de déplacement le plus accessible dans la capitale malienne
À l’aube comme à la tombée de la nuit, elles sillonnent les grandes artères de Bamako. Les Sotrama, avec leur couleur verte devenue familière, transportent chaque jour une grande partie de la population de la capitale. Pour des milliers de travailleurs, d’élèves et de commerçants, elles demeurent le moyen de déplacement le plus accessible. Mais derrière cette présence massive se cache une réalité moins reluisante : véhicules vieillissants, sièges dégradés, inconfort, surcharge aux heures de pointe et émissions de fumées qui rappellent les limites d’un parc arrivé à bout de souffle.
Depuis plusieurs années, la modernisation du transport urbain est annoncée comme une priorité. Mais entre les ambitions affichées et la réalité des routes, le fossé reste encore important. Le Mali cherche aujourd’hui à bâtir un système de mobilité capable d’accompagner l’évolution démographique et économique de ses villes. Une nécessité dans une capitale où les déplacements deviennent chaque année plus longs, plus coûteux et plus difficiles.
La Politique nationale des transports, des infrastructures de transport et du désenclavement (PNTITD), adoptée en 2016, ambitionne d’instaurer, à l’horizon 2035, un système multimodal, intégré, efficace, fiable et sécurisé. Cette vision est également reprise dans la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD) 2024-2033, explique le directeur de la mobilité et de la facilitation, Baboye Dia.
Pour les professionnels du secteur, le renouvellement du parc reste une urgence. Selon Souleymane Diallo dit « Joli », secrétaire général de la Coordination nationale des syndicats et associations des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali, des discussions ont récemment eu lieu avec des partenaires autour d’un projet de renouvellement des Sotrama. Un document leur a été soumis pour examen.
Mais le responsable syndical estime que la réponse ne peut pas se limiter au remplacement des minibus verts. « Il n’y a pas seulement le parc de Sotrama. Il faut aussi penser aux autres moyens de transport », souligne-t-il, citant notamment les bus et les véhicules électriques.
UN MAILLON D’UN SYSTÈME PLUS LARGE. Pour les autorités, la modernisation du transport urbain ne peut être réduite à une simple opération de changement de véhicules. La Sotrama, explique Djibril Sidibé, directeur de la régulation de la circulation et des transports urbains à la mairie du District de Bamako, « n’est pas un système, mais un élément d’un système ». Elle doit donc évoluer dans un ensemble où différents modes de transport se complètent.
Cette approche explique pourquoi plusieurs projets ont été envisagés ces dernières années : bus avec la Chine, Métrobus avec la Türkiye ou encore projet de « train intelligent », présenté comme un bus électrique fonctionnant selon un principe proche du train. Mais aucun n’a encore vu le jour.
Les raisons de ces blocages sont multiples. Elles ne tiennent pas uniquement au financement, mais aussi aux garanties demandées par les partenaires, au partage des risques et aux changements de contexte. Le projet de bus avec la Chine, par exemple, avait atteint un niveau avancé avant d’être stoppé par la pandémie de Covid-19.
Au-delà des véhicules, la transformation implique également une réflexion sur l’aménagement urbain. « Un projet de tramway, ce n’est pas seulement un projet de transport, c’est un projet urbain », rappelle Djibril Sidibé. Il nécessite des études approfondies, afin d’assurer son intégration dans une ville appelée à grandir davantage.
DES AMBITIONS QUI PEINENT À DEVENIR RÉALITÉ- Du côté du ministère des Transports et des Infrastructures, les orientations sont clairement définies : meilleure organisation des lignes, professionnalisation des opérateurs, renouvellement du parc, développement de transports collectifs de grande capacité, renforcement du contrôle technique et mise aux normes des véhicules.
Parmi les projets structurants, figure le renouvellement du parc automobile de transport commercial, basé sur une étude financée par l’Union européenne en 2015. Cette étude avait identifié un besoin de 1.800 véhicules, dont 450 bus et 600 minibus destinés notamment au transport urbain assuré par les Sotrama.
Le mécanisme imaginé reposait sur plusieurs leviers : un fonds de garantie, une ligne de crédit à taux bonifié, des exonérations sur les véhicules neufs, une contribution des bénéficiaires et un dispositif d’accompagnement après acquisition.
Mais près de dix ans plus tard, le projet reste au stade des intentions. Aucun programme concret d’acquisition et de mise à disposition des véhicules n’a encore été lancé. Pour Baboye Dia, le manque de ressources financières constitue l’un des principaux obstacles. À cela, s’ajoute la faible structuration des entreprises de transport, alors que le dispositif exige des opérateurs capables de mobiliser un apport personnel et de rembourser les crédits.
L’étude de 2015 doit également être actualisée. Les besoins actuels ne peuvent plus être évalués sur la base des réalités d’il y a une décennie. L’évolution de la population, l’extension de la ville et l’augmentation des déplacements imposent une nouvelle évaluation du parc nécessaire.
Le défi n’est donc plus seulement de remplacer des véhicules anciens. Il s’agit de construire un véritable système de mobilité, capable d’offrir aux Bamakois des transports plus sûrs, plus confortables, plus réguliers et moins polluants.
Car au-delà des Sotrama, c’est l’avenir même de la mobilité urbaine qui est en jeu. Dans une capitale en pleine expansion, repousser encore la modernisation du transport reviendrait à laisser complexifier un problème qui touche le quotidien de millions de citoyens. Le temps n’est plus seulement aux projets annoncés : il est désormais à leur concrétisation.
Aïchata SISSOKO
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