Le Président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté (c)
Face aux mutations profondes que connaît le paysage médiatique malien, la Maison de la presse veut prendre les devants. Elle a lancé, vendredi dernier, les travaux de la Cellule de préfiguration de l’Organe d’autorégulation des médias (CPOAM) et de la Commission de relecture de la Convention collective de la presse (CRCCP). Deux chantiers majeurs qui traduisent la volonté de l’institution de contribuer à l’assainissement, à la structuration et à la valorisation d’une profession souvent confrontée à de nombreux défis.
Réunissant responsables de médias, organisations professionnelles et acteurs du secteur, la cérémonie présidée par le président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté, marque une étape importante dans la quête d’une presse malienne plus organisée, plus responsable et mieux protégée.
À travers ces deux structures, la Maison de la presse entend apporter des réponses concrètes à deux préoccupations centrales : d’une part, doter les médias d’un mécanisme d’autorégulation capable de renforcer la crédibilité de la profession ; d’autre part, réviser la Convention collective de la presse, afin de l’adapter aux réalités actuelles et améliorer les conditions de travail des journalistes et autres professionnels des médias.
Présidée par Abdoulaye Séga Diabaté, la Commission de relecture de la Convention collective de la presse aura pour missions d’examiner le document adopté en 2009, d’identifier les dispositions devenues obsolètes ou insuffisantes et de proposer un texte adapté aux évolutions du secteur. Elle devra également recueillir les contributions des différentes parties prenantes, afin d’aboutir à un projet consensuel soumis à validation.
Un travail d’autant plus nécessaire que la première Convention collective, malgré son adoption, n’a jamais véritablement été appliquée. Selon Abdoulaye Séga Diabaté, les efforts de sensibilisation menés à l’époque dans plusieurs régions du pays avaient permis de faire connaître son contenu, mais son entrée en vigueur nécessitait un accompagnement plus fort, notamment de la part des pouvoirs publics.
Aujourd’hui, le contexte a profondément changé. L’essor des médias numériques, l’apparition de nouveaux acteurs et les transformations des pratiques professionnelles imposent une adaptation du cadre réglementaire et social. « On ne peut pas parler de protection sociale sans parler de Convention collective », a rappelé le président de la commission, mettant en avant l’importance de ce chantier pour l’avenir de la profession.
Mais la réussite de cette mission dépendra de la capacité des acteurs à dépasser leurs divergences. La commission devra relever plusieurs défis : trouver un consensus autour des nouvelles dispositions, mobiliser l’ensemble des professionnels et obtenir les conditions nécessaires à une application effective du futur texte.
Parallèlement, la Cellule de préfiguration de l’Organe d’autorégulation des médias, dirigée par Sadou Yattara, aura la lourde responsabilité de préparer la naissance d’une structure appelée à jouer un rôle essentiel dans la régulation interne du secteur.
Cette cellule devra notamment définir l’architecture du futur organe, ses missions, ses compétences et ses règles de fonctionnement. Elle travaillera également sur l’élaboration des statuts, du règlement intérieur ainsi que sur l’actualisation du code d’éthique et de déontologie des médias.
Au-delà des textes, l’enjeu est de créer un véritable mécanisme professionnel permettant de traiter les manquements, de favoriser la médiation et de régler les différends dans le respect des principes d’indépendance, d’impartialité et de représentativité.
Pour Bandiougou Danté, cette initiative répond à une nécessité pour une presse qui aspire à renforcer sa crédibilité. « On a besoin d’une telle structure dans l’environnement médiatique, dans toute démocratie et dans toute presse qui se respecte », a-t-il affirmé, précisant que la forme définitive du futur organe sera définie dans une démarche inclusive avec tous les acteurs concernés.
Le président de la Maison de la presse a également insisté sur la vocation de son institution : être un espace de rassemblement et de facilitation au service de l’ensemble de la corporation. « La Maison de la presse n’est ni une organisation patronale, ni un syndicat. Elle se veut le creuset de l’ensemble des expressions plurielles », a-t-il expliqué.
Cette démarche témoigne ainsi d’une volonté de faire évoluer la presse malienne vers davantage de responsabilité et de professionnalisme. Dans un environnement où l’information occupe une place stratégique, l’autorégulation et la protection des acteurs apparaissent comme des conditions indispensables pour préserver la confiance du public.
Avec un délai de 90 jours, renouvelable si nécessaire, la CPOAM et la CRCCP disposent désormais d’une mission claire : jeter les bases d’une presse mieux structurée, capable de défendre ses valeurs, d’assumer ses responsabilités et de consolider son rôle dans la construction démocratique du Mali.
Amadou GUEGUERE
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