Caisse des dépôts et consignations : De vieille doléance à outil puissant de financement

Cette structure permettra de financer les projets de développement des collectivités territoriales dans un contexte de décentralisation où, la mobilisation des ressources devient de plus en plus un casse-tête

Publié mercredi 11 décembre 2024 à 07:29
Caisse des dépôts et consignations : De vieille doléance à outil puissant de financement

La Caisse peut aider à financer les PME/PMI et la construction de logements pour les plus démunis

 

Le développement économique d’un pays passe par des investissements structurants qui permettent à un État d’assurer le bien-être de sa population. Ces investissements nécessitent des financements conséquents. Dans le but de disposer de ressources financières abondantes et peu onéreuses, le gouvernement de la Transition, selon le communiqué du Conseil des ministres du 23 octobre dernier, estimait important d’explorer d’autres sources de financement à long terme pour des projets productifs. D’où l’adoption d’un projet de textes portant création de la Caisse des dépôts et consignations du Mali (nouveau format).

Sa mission consistera à recevoir, administrer et conserver pendant tout le temps nécessaire et dans les circonstances légalement et administrativement prévues, les sommes qu’il importe de protéger. Cela en raison soit de leur origine, d’un litige, d’un état d’indécision ou d’une affectation dont elles sont l’objet. Il ressort de ce communiqué du Conseil des ministres que l’ancienne Caisse des dépôts et consignations du Mali a été créée par la loi n°63-77/AN-RM du 27 décembre 1963. Et de sa création à nos jours, une petite portion de ses attributions est exercée par une section de l’Agence comptable centrale du Trésor. Toutefois, cette dernière «n’est pas compétente» pour exercer toutes les attributions dévolues à la Caisse.

Il y a lieu de préciser que la création de la Caisse est une forte demande du secteur privé, notamment du Conseil national du patronat du Mali (CNPM). «Nous accueillons avec beaucoup d’enthousiasme la création de la Caisse des dépôts et consignations, surtout pendant cette période où les secteurs privé et public rencontrent beaucoup de difficultés pour accéder aux financements des projets structurants. Sa création est une vieille doléance du secteur privé, puisque nous sommes convaincus que cet outil est un puissant moyen de financement de l’investissement public et privé», se réjouit le vice-président du CNPM, Houd Baby.

Les missions assignées à la Caisse prennent en compte les préoccupations du CNPM et du secteur privé en général. «Nous souhaitons bien que les financements soient orientés surtout vers les infrastructures qui peuvent soutenir et encourager les investissements privés.

Il s’agit notamment des investissements dans les infrastructures comme l’électricité, les routes, l’internet, les zones industrielles, entre autres», plaide-t-il. Et d’ajouter que la création de cette caisse, permettra de sécuriser des fonds qui sont logés à plusieurs endroits avec des utilisations «non contrôlées», mais également d’assurer le financement à moyen et long terme de notre économie à travers une bonne gouvernance de la structure.

S’agissant de son opérationnalisation, l’entrepreneur se veut formel : «Pour que la caisse soit rapidement opérationnelle, il faut qu’on lui donne une autonomie de gouvernance, donc de gestion. Il faut que l’on mette à la direction de cette structure, des hommes et des femmes d’expérience dans le domaine de la gestion des fonds d’investissement et surtout se conformer aux règles générales de fonctionnement des caisses de dépôts et consignations, dans notre environnement.» Houd Baby informe que certains pays de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb ont pu réaliser des investissements structurants grâce aux financements de leurs caisses de dépôts et consignations.

 

AUGMENTER LE TAUX DE BANCARISATION- De son côté, Dr Boubacar Konaté, spécialiste en économie appliquée, explique que la Caisse des dépôts et consignations est une institution financière publique qui exerce des activités d’intérêt général en mobilisant une partie de l’épargne. Elle a pour objet de financer le développement économique à long terme pour le compte de l’État ou des collectivités territoriales, soit du secteur privé. La Caisse investit dans des domaines peu rentables là où les banques ordinaires ne souhaitent pas investir pour des questions de rentabilités financières.

«Le rôle qui lui est assigné est de mobiliser une partie de l’épargne des agents économiques à travers ce qu’on qualifie d’épargne populaire. Elle collecte également les fonds litigieux ou contestés par exemple dans le cadre des procédures judiciaires et comptables. La Caisse récupère et gère les comptes issus des comptes bancaires et les contrats d’assurance vie inactifs et perçoit les dépôts des notaires lors des transactions immobilières, de successions, etc.», explique l’analyste Konaté.

S’agissant de l’intérêt pour un pays d’avoir une caisse des dépôts et consignations, notre interlocuteur soutient qu’elle permet de collecter une manne financière qui a tendance à échapper au système financier ordinaire. «Elle permettra d’augmenter le taux de bancarisation à travers la collecte de l’épargne. La principale difficulté de mise en œuvre de nos politiques de développement réside dans l’accès au financement et la caisse se présentera comme une alternative pour les financer», relève le spécialiste. Ainsi, pour un pays comme le nôtre, la Caisse des dépôts permettra de financer les projets des collectivités territoriales (santé, eau, école, etc.) surtout dans un contexte de décentralisation où la mobilisation des ressources se révèle être un casse-tête insurmontable, selon Dr Boubacar Konaté.

L’auteur de l’ouvrage sur la corruption et la croissance économique dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ajoute que la Caisse des dépôts et consignations se positionne également pour financer par exemple les logements pour les plus démunis, les Petites et moyennes entreprises ou industries (PME/PMI) qui éprouvent des difficultés à trouver un financement dans la sphère privée. «Elle joue un rôle d’incubateur public et l’avantage est que les prêts sont à long terme, ce qui offre une marge de manœuvre plus grande pour les entreprises», complète l’enseignant chercheur à l’Institut national de formation des travailleurs sociaux (INFTS) de Bamako.

 

ORTHODOXIE FINANCIÈRE- Pour l’opérationnalisation de la Caisse, l’économiste estime qu’il faut tout d’abord de la volonté politique, mettre en place un système de gouvernance basée sur la transparence. Il s’agira aussi de décentraliser le système dans les régions ou en fonctions des pôles économiques et de développement, maintenir une présence régulière sur les marchés, et transférer dans le portefeuille de la caisse, les dépôts juridiques, les consignations, les fonds de transferts de titre de propriété. Il suggère également de confier à la Caisse les ressources des structures publiques qui génèrent des fonds au lieu de laisser dormir cet argent dans les caisses des organisations ou dans les banques.

Afin que cette Caisse puisse répondre aux attentes, il préconise le respect des règles d’orthodoxie financière en matière de gestion et de fonctionnement d’une Caisse des dépôts et consignations. «Puisque la Caisse de dépôts ne verse pas de dividende à des actionnaires, une partie des recettes doit servir à financer les investissements et compenser les pertes s’il y a lieu», indique-t-il. 

Certes la caisse est un établissement public, mais de l’analyse de Dr Boubacar Konaté, elle devrait tisser de solides relations avec le secteur privé en ce sens que ce dernier détient la clé de voûte de la création de richesses. «Si elle veut s’inscrire réellement dans la durée, il est important de créer des partenariats avec les PME/PMI, et veillez à ce que l’expertise du privé soit mise à contribution à travers les ressources humaines de qualité», insiste notre interlocuteur.

Pour éviter un échec, il est important de faire une évaluation sans complaisance des défis et opportunités ainsi que les menaces et faiblesses pouvant peser sur le système. «La commission de surveillance doit être composée de personnalités qui ont une certaine expertise en fonction des domaines d’intervention de la Caisse, puisqu’il s’agit des questions de développement tout en maintenant la santé financière de l’institution», conseille le chercheur en économie institutionnelle.

Babba COULIBALY

Lire aussi : Supposée libération de terroristes : La DIRPA dénonce une pure manipulation

Acculés par la pression militaire exercée par les Forces armées maliennes (FAMa), les groupes armés terroristes et leurs parrains se rabattent désormais sur le terrain médiatique pour tenter de déstabiliser notre pays. Cette dénonciation a été faite par le patron de la Direction de l’inf.

Lire aussi : Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme: Le rapport annuel d’activités 2025 remis au Garde des Sceaux

Les deux tomes du rapportLe rapport annuel d’activités 2025 constitue un document monumental de 1.087 pages, structuré en deux volumes distincts avec un premier tome de 381 pages consacré aux services centraux et un second tome de 706 pages dédié aux juridictions nationales..

Lire aussi : Un choc exogène lié aux tensions géopolitiques

La hausse des prix du carburant au Mali, observée il y a quelques jours, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes au sein de la population..

Lire aussi : À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon.

Lire aussi : Il y a 30 ans, la Flamme de la Paix à Tombouctou

Par décision N° 96-06 /PM du 26 Février 1996, il a été crée une Commission nationale d’organisation de la cérémonie «Flamme de la Paix» présidée par SEM Dioncounda Traoré, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration afri.

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Entre héritage des martyrs de 1991 et refondation de l’Etat

Trente-cinq ans après les évènements historiques de mars 1991, le Mali ne se contente plus de commémorer. Il s'interroge. À l'heure où la Transition place la souveraineté au cœur de l'action publique, la question de l'héritage des martyrs de la démocratie revêt une dimension nouvelle.

Les articles de l'auteur

Impôts : Les partants à la retraite célébrés

Ce sont onze fonctionnaires de la catégorie «A», six de la catégorie «B-1» et trois de la catégorie «C» qui ont fait valoir leurs droits à la retraite. Leur mérite a été salué par la direction générale des Impôts et l’ensemble du personnel.

Par Babba COULIBALY


Publié mardi 31 mars 2026 à 11:23

Affaire Wave : Le décryptage dE Mamadou Coulibaly

L’expert en audit stratégique des filières économiques soutient que la régulation du secteur du mobile money au Mali nécessite d’équilibrer la concurrence, d’harmoniser les tarifs et de renforcer la sécurité des consommateurs.

Par Babba COULIBALY


Publié mercredi 11 mars 2026 à 08:47

Axes Bamako-Kati : Les travaux s’accélèrent après un temps d’arrêt

Le constat a été fait hier par le directeur général des routes, Cheick Oumar Diallo et son équipe. Les deux chantiers coûteront plus de 92 milliards de Fcfa.

Par Babba COULIBALY


Publié vendredi 27 février 2026 à 08:54

Modibo Mao Makalou : «Le code minier de 2024 fait bondir les recettes minières de l’État de 547 à 835 milliards de Fcfa»

Le secteur minier malien connait d’importantes réformes à travers un nouveau code qui prévoit un contenu local afin que l’or puisse briller pour tous les Maliens. Le secteur stratégique des mines contribue déjà fortement au budget national. Dans ce décryptage, l’économiste Modibo Mao Makalou aborde les questions relatives à la souveraineté minière, au nouveau code minier, ainsi que les recettes d’exportation et fiscales générées par le secteur minier.

Par Babba COULIBALY


Publié mercredi 25 février 2026 à 08:49

Assemblée consulaire de la CCIM : Plusieurs points à l’ordre du jour

L’assemblée consulaire de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), session 2026, s’est tenue hier au Parc des expositions de Bamako. L’ouverture des travaux a été présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, en présence du président de la CCIM, Madiou Simpara, des membres de l’institution consulaire et des délégués..

Par Babba COULIBALY


Publié vendredi 20 février 2026 à 08:49

Madani Dravé, DG de EDM-SA : «Notre objectif, c’est une fourniture plus maîtrisée et plus stable»

Aujourd’hui, la priorité est la mise en service complète des infrastructures existantes, dont certaines sont à l’arrêt depuis quelques années.

Par Babba COULIBALY


Publié jeudi 19 février 2026 à 08:46

Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali : Moussa Coulibaly rempile

Le secrétaire général (sortant) de la Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali (FENAME), Moussa Coulibaly , a été reconduit à son poste pour un mandat de cinq ans. Il dirige un bureau de 36 membres, en plus des 7 membres de la Commission de vérification..

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 09 février 2026 à 09:02

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner