Finance islamique : Mariage réussi entre l’économie et l’éthique islamique

À travers ce modèle, l’institution financière apporte l’argent et l’autre partenaire met son savoir-faire à disposition. Il y a donc une association du capital fiduciaire et du capital humain. Quand le projet est réalisé, le revenu rentable est redistribué entre les parties

Publié mercredi 26 juillet 2023 à 05:40
Finance islamique : Mariage réussi entre l’économie et l’éthique islamique

 Dr Sidy Bouaré, directeur général de Takaful-Mali Assurance islamique

 

La finance islamique est très peu connue sous nos cieux d’où la méfiance qu’elle suscite. De quoi s’agit-il en réalité ? En quoi peut-elle être un mode de financement alternatif ? Quels sont ses enjeux ? À ces questions, Sidy Bouaré, docteur en finance islamique et directeur général de Takaful-Mali Assurance islamique, donne des éléments de réponse. Cette compagnie d’assurance est agréée sous le n°5342/Mef-SG du 20 décembre 2021 pour exercer l’activité de l’assurance Takaful générale, conformément à l’article 912 du règlement n°003/CIMA/PCMA/PCE/2019.

L’expert en la matière définit la finance islamique comme un système qui «essaye de rapprocher tout ce qui est l’économie à l’éthique islamique». Elle fonctionne exclusivement sur les principes de la loi islamique (Charia). À ce titre, la finance islamique est fondée sur cinq principes dont le premier est l’interdiction de prise d’intérêt qui est la pièce maîtresse du système classique. En d’autres termes, l’intérêt est le maître mot du système conventionnel alors qu’il est complètement banni en finance islamique.

Le second principe concerne l’interdiction de financer des secteurs ou des activités illicites, c’est-à-dire tout ce qui est hors de l’éthique islamique. Les 3è et 4è principes sont respectivement l’interdiction de la spéculation et la recommandation de partager ou une prise de risques par les acteurs autour des projets. «La finance islamique encourage la prise de risque entre les acteurs que le transfert des risques comme on le voit dans d’autres contrats commerciaux. Elle n’exige aucune garantie en revanche et se consacre strictement aux besoins du demandeur», précise Dr Sidy Bouaré. Enfin, le cinquième principe veut que toute transaction soit adossée à une activité tangible ou un service.

Le fonctionnement de la finance islamique, dont l’Assurance islamique Takaful-Mali est l’une des composantes, est adossé à ces principes. Cette Assurance est la première dans le domaine dans les 14 pays de la sous-région. «Takaful est un régime contractuel par lequel un groupe de personnes appelées adhérents, s’engage à s’entraider en cas de réalisation du risque ou au terme fixé au contrat d’assurance Takaful et ce à travers le paiement d’une somme en guise de donation appelée cotisation», explique Dr Sidy Bouaré.

Ainsi, poursuit le diplômé en finance islamique, Takaful-Mali est chargée de collecter et gérer les fonds d’assurances des adhérents en contrepartie d’une commission fixée d’avance et ce conformément aux exigences de la «Charia» sur les transactions commerciales et financières.

C’est en 2019 que la Conférence interafricaine des marchés d’assurance (CIMA), qui est l’autorité de régulation, a adopté des textes et des lois autorisant ses pays membres à faire l’assurance islamique Takaful. Par la suite, Takaful-Mali a été la première à demander l’agrément. Mais le processus ne prendra fin qu’en 2021 et dès 2022, la société a commencé ses activités. «C’est une compagnie qui est réglementée comme les autres compagnies d’assurance. Nous sommes dans la branche générale. Tout l’argent que nous encaissons ne nous appartient pas. Du fait que nous prêtons nos services, les participants nous paient en contrepartie une somme (peut être 35% de la somme versée) et le reste est mis de côté en leur nom, dans un compte spécifique.

En cas d’accident, nous puisons dans ce fonds pour gérer leurs problèmes», explique Dr Bouaré. Et d’insister : «La différence avec les assurances conventionnelles, c’est qu’en cas  d’accident, le participant est indemnisé. Dans le cas contraire. Après la constitution des provisions réglementaires, le reste de l'argent est distribué proportionnellement aux participants n'ayant pas réalisée des sinistrés . Aussi, précise-t-il, après le contrat, le reste de l’argent est restitué et la société ne peut prendre que ce qui est convenu avec le participant.

 

MODE DE FONCTIONNEMENT- Chaque assuré «participant» donne mandat à Takaful-Mali S.a comme agent mandataire sous le contrat «Wakala» pour la gestion de l’ensemble des opérations de l’activité Takaful (signature du contrat, gestion des prestations et autres activités). En retour, explique le directeur général, les participants autorisent Takaful-Mali à déduire sur chaque contribution des frais pour les services rendus en vertu de ce contrat. Faut-il rappeler que le titre de participant s’acquiert par le paiement intégral de la contribution au début du contrat.


«Après déduction des frais de gestion, le reste des contributions est affecté à un fonds commun de risque des participants comme «Tabarru» sous réserve des termes et conditions de ce contrat», dit Sidy Bouaré. Ce fonds commun de risque est utilisé pour l’entraide et l’assistance mutuelle entre participants lorsqu’un risque couvert survient chez l’un d’entre eux.

L’expert en finance islamique ajoute que les participants autorisent Takaful-Mali à faire des investissements et des placements avec les fonds collectés sur la base d’un contrat qui prévoit un partage des bénéfices de ces investissements entre la société et ses adhérents, selon une clé de répartition préalablement établie dans ledit contrat.

Il convient de souligner que la finance islamique est différente de la finance philanthropie. «Quand on dit finance islamique, les gens pensent qu’on fait des dons ou de distribution d’argent. Non ! À travers ce modèle, l’institution financière apporte l’argent et l’autre apporte son savoir-faire, donc il y a une association des capitaux (financier et humain).

Ils vont financer le projet et quand le projet est réalisé, le revenu rentable est redistribué entre les parties», développe l’expert. Selon lui, avec ce système, celui qui apporte son savoir-faire n’aura plus besoin à un moment donné de la Banque, parce que les revenus partagés lui permettent de s’autofinancer. De son analyse, c’est ce modèle qui contribue beaucoup au niveau social et au développement humain.

Babba COULIBALY

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