Garde à vue et mandat de dépôt : Deux mesures judiciaires concourant à la manifestation de la vérité

Dans une interview, Pr Mamadou Guissé, enseignant-chercheur à la Faculté de droit privé de l’Université Kurukanfuga de Bamako (UKB), explique les raisons de la garde à vue et du mandat de dépôt, deux mesures judiciaires qu’on entend maintenant en longueur de journée. Si la première peut être ordonnée par un officier de police judiciaire, par contre la deuxième est décidée par un juge d’instruction pendant l’instruction du dossier

Publié mardi 02 septembre 2025 à 07:18
Garde à vue et mandat de dépôt : Deux mesures judiciaires concourant à la manifestation de la vérité

Parlant d’abord de la garde à vue, l’enseignant-chercheur explique que c’est une mesure privative de liberté décidée par l’officier de police judiciaire au cours de l’enquête préliminaire. Pr Mamadou Guissé dira que comme son nom l’indique, la garde à vue consiste à détenir une personne de façon illisible dans les locaux de la police ou de la gendarmerie qui constituent les lieux d’exécution de cette mesure.

Selon l’universitaire, les raisons qui peuvent pousser l’officier de la police judiciaire à décider de la garde à vue ont trait à l’existence d’indices graves et concordants de nature à motiver l’inculpation d’une personne poursuivie au cours de l’enquête préliminaire et la sauvegarde de la vie de l’individu lui-même. Il soutient que commettre un certain nombre d’infractions peut entrainer la colère de la population ou des personnes victimes.


Donc, on pourrait porter atteinte à la vie de la personne poursuivie lorsqu’on estime qu’elle a commis une infraction de nature assez grave et qui irrite la population. L’autre raison pouvant justifier la mesure de garde à vue est de protéger l’enquête elle-même, selon l’universitaire. Car, la personne poursuivie, lorsqu’elle n’est pas placée en garde à vue, peut détruire les preuves. Et s’il n’y a pas de preuves, il n’y a pas d’infraction, explique l’enseignant-chercheur.

Il ajoutera que sans cette mesure, la personne poursuivie peut également cacher les preuves ou essayer de mettre la pression sur les témoins voire les soudoyer ou les menacer. «Tout cela constitue des moyens d’entrave à la procédure. D’où la décision de mettre la personne en garde à vue», souligne Mamadou Guissé. 

 

DÉLAI DE GARDE À VUE- En outre, le professeur de droit précise que seul l’officier de police judiciaire enquêteur peut être en mesure de décider de la garde à vue. Il signale au passage que le délai de cette mesure varie selon les circonstances et la nature de l’infraction commise.

D’après Pr Guissé, la garde à vue de droit commun est de 48 heures. Pour lui, cette durée peut être prolongée jusqu’à 72 heures sur autorisation spéciale du procureur de la République. L’universitaire ajoute que la durée de la garde à vue peut être également prolongée jusqu’à six jours voire au-delà lorsqu’il s’agit par exemple d’infractions plus complexes comme le terrorisme.

Après ce délai, quel peut être le sort de la personne mise en cause ? À cette question, Pr Mamadou Guissé répond qu’une fois la durée de la garde à vue terminée, lorsque l’officier de police judiciaire estime qu’il existe toujours des indices concordants de nature à motiver l’inculpation, il décide de dresser un procès-verbal et de le notifier au procureur de la République qui va décider du sort de la personne mise en cause.

«S’il y a toujours des indices concordants qui motivent l’inculpation de la personne, le procureur peut décider d’ouvrir une enquête en saisissant le juge d’instruction. Dans le cas contraire, le juge et le procureur peuvent décider de relâcher la personne. C’est ce qu’on appelle une procédure de classement sans suite», explique l’universitaire.

 

MANDAT DE DÉPÔT, UN POUVOIR DU JUGE D’INSTRUCTION- S’agissant du mandat de dépôt, Pr Guissé dira que lorsque le procureur de la République estime qu’il y a lieu de poursuivre, il saisit le juge d’instruction qui peut exercer les mêmes actes de procédure que la police judiciaire en matière de garde à vue. L’objectif principal étant de retrouver les éléments de preuves, les auteurs et leurs complices et d’aller vers le jugement.

«Au cours de l’enquête de la procédure d’instruction préparatoire, lorsque le juge d’instruction estime également qu’il existe des indices graves et concordants de nature à motiver l’inculpation de la personne, il peut décider de placer la personne poursuivie sous mandat de dépôt», fait savoir l’enseignant-chercheur. D’après lui, le mandat de dépôt est une mesure permettant d’envoyer une personne poursuivie de manière provisoire dans un lieu d’incarcération comme par exemple la Maison centrale d’arrêt (MCA) de Bamako en attendant le jour de son jugement. Il dira que le délai du mandat de dépôt est de 6 mois renouvelables une fois en matière délictuelle. Tandis qu’en matière criminelle, son délai est d’un an renouvelable deux fois (donc 3 ans au maximum).

«Au cours de la détention provisoire, lorsque le délai est expiré, le procureur ou le juge d’instruction est obligé de relâcher la personne avant le jugement ou est obligé de saisir la juridiction qui va statuer sur la culpabilité ou non de l’individu», détaille l’homme de droit. Selon Pr Mamadou Guissé, la réforme dans le nouveau Code de procédure pénale concerne le mandat de dépôt. Il dira qu’on a estimé que ce mandat est utilisé dans certains cas de manière abusive.


 «Pour cette raison, on veut dessaisir le procureur de la République du mandat de dépôt et mettre en place un collège qui sera chargé désormais de la décision de placement sous mandat de dépôt», indique l’enseignant-chercheur.

D’après lui, ce collège sera formé de grands magistrats qui vont décider du sort de la personne poursuivie, c’est à dire la placer ou non sous mandat de dépôt. 

Bembablin DOUMBIA

Lire aussi : Supposée libération de terroristes : La DIRPA dénonce une pure manipulation

Acculés par la pression militaire exercée par les Forces armées maliennes (FAMa), les groupes armés terroristes et leurs parrains se rabattent désormais sur le terrain médiatique pour tenter de déstabiliser notre pays. Cette dénonciation a été faite par le patron de la Direction de l’inf.

Lire aussi : Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme: Le rapport annuel d’activités 2025 remis au Garde des Sceaux

Les deux tomes du rapportLe rapport annuel d’activités 2025 constitue un document monumental de 1.087 pages, structuré en deux volumes distincts avec un premier tome de 381 pages consacré aux services centraux et un second tome de 706 pages dédié aux juridictions nationales..

Lire aussi : Un choc exogène lié aux tensions géopolitiques

La hausse des prix du carburant au Mali, observée il y a quelques jours, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes au sein de la population..

Lire aussi : À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon.

Lire aussi : Il y a 30 ans, la Flamme de la Paix à Tombouctou

Par décision N° 96-06 /PM du 26 Février 1996, il a été crée une Commission nationale d’organisation de la cérémonie «Flamme de la Paix» présidée par SEM Dioncounda Traoré, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration afri.

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Entre héritage des martyrs de 1991 et refondation de l’Etat

Trente-cinq ans après les évènements historiques de mars 1991, le Mali ne se contente plus de commémorer. Il s'interroge. À l'heure où la Transition place la souveraineté au cœur de l'action publique, la question de l'héritage des martyrs de la démocratie revêt une dimension nouvelle.

Les articles de l'auteur

Sécurité alimentaire : Le Plan national de réponses 2026 partagé avec les PTF

Le gouvernement a partagé les documents du Plan national de réponses à la sécurité alimentaire (PNR) 2026, mercredi dernier, avec les Partenaires techniques et financiers (PTF) intervenant dans le domaine de la sécurité alimentaire..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié vendredi 27 mars 2026 à 08:55

Sécurité alimentaire : Une distribution de près de 20.000 tonnes de vivres prévue en 2026

Le gouvernement malien a partagé ce mercredi 25 mars, le Plan national de réponse à la sécurité alimentaire (PNR) 2026 avec les partenaires techniques et financiers impliqués dans les actions de sécurité alimentaire. La session organisée, à cet effet, s'est tenue au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 20:37

Aige : Huit agents distingués par la Nation

Au nom du Président de la Transition, le Grand chancelier des ordres nationaux, le Général de brigade Amadou Sagafourou Guèye, a procédé, hier au siège de l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), à la décoration de huit agents de cette structure..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 25 mars 2026 à 08:46

Fête du Ramadan : Le Président Goïta prône la paix et le vivre ensemble

À la fin de la prière collective, jeudi dernier au Palais de Koulouba, le Général d’armée Assimi Goïta a salué l’initiative «Sunkalo solidarité» durant le mois béni et les efforts des Forces de défense et de sécurité pour la stabilité de notre pays.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié lundi 23 mars 2026 à 08:19

Fête de Ramadan : Le Président Goïta prône le vivre ensemble dans le pays

A l'occasion de la fête de l´Aïd-el Fitr, communément appelée Fête de Ramadan, le Président de la Transition, le Général d'armée Assimi Goïta a participé, au Palais de Koulouba, à la prière collective..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié jeudi 19 mars 2026 à 11:54

Uemoa : le rapport annuel 2025 de la commission présenté aux parlementaires de l’Union

Le document dresse le bilan de l'année écoulée et partage les perspectives sur le processus d’intégration de l’union.

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:29

Cercle de Yélimané : Les FAMa portent un coup dur aux groupes terroristes

L'État-major général des Armées informe que, dans le cadre des opérations de surveillance du territoire, ce samedi 14 mars, les vecteurs aériens des Forces armées maliennes (FAMa) ont pris en filature trois motocyclistes des groupes armés terroristes qui ont rejoint d'autres individus non loin de Sinewali dans le Cercle de Yélimané..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié dimanche 15 mars 2026 à 05:15

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner