A la Cour d’appel de Bamako, le procès relatif au dossier Paramount, du nom d’une société Sud-africaine d’équipements militaires, reste l’affaire qui retient toutes les attentions ces derniers jours. Lors de l’audience d’hier, pour un procès qui a donné son coup d’envoi depuis le 22 décembre 2025 devant le Pôle national économique et financier, Bougadaly Bah était à la barre. Celui qui était le responsable de la logistique de l’Armée de terre au moment des faits comparaissait pour être entendu sur la conclusion d’un avenant du contrat initial paraphé par l’état malien avec la société Paramount en 2015.
En effet, désigné chef de délégation d’une mission de vérification sur le site industriel de Paramount en Afrique du Sud, le rapport produit par Bougadaly Bah est perçu comme «l’élément déclencheur » de la conclusion de l’avenant incriminé qui aurait impacté le contrat initial à hauteur de 4,23% du montant total. Interrogé d’abord sur sa désignation en tant que chef de mission pour faire l’inventaire physique des matériels destinés au Mali, le Colonel-ingénieur en génie électrique a rétorqué qu’il présume que c’est parce qu’il était le représentant du service bénéficiaire, à savoir l’Armée de terre, et qu’il a effectué la mission en ayant les compétences nécessaires. «C’était une mission de vérification des statuts des travaux en cours.
Elle n’a pas été mal préparée», s’est-il défendu à la barre. D’après Bougadaly Bah, à l’arrivée de la mission sur le site de production de Paramount, le Mali était en retard de payement. De ce fait, a-t-il ajouté en citant les fournisseurs, que la production pour notre pays était à l’arrêt car « Paramount n’avait reçu aucun sou.».
Ainsi, dans son rapport, le chef de mission affirme avoir écrit que la «mission recommande vivement la diligence de ce dossier au regard du besoin de l’Armée », d’autant plus que la société « nous avait fait savoir qu’elle connaissait des difficultés parce que l’argent n’est pas versé par le Mali. » à la suite de ces réponses, le président de la chambre criminelle du Pôle national économique et financier a encore demandé à l’accusé si, toutefois, il n’estime pas qu’il a été «léger» voire «imprudent» dans l’exécution de sa mission. Samba Tamboura a également posé la question de savoir si la valeur proportionnelle au payement effectué par le Mali était juste. En réponse, le responsable de la logistique de l’Armée de terre de l’époque des faits a répliqué qu’il ne connait pas le contenu de cet avenant encore moins celui du contrat dans sa globalité et que de ce fait, il n’a pas de jugement de valeur.
Dans sa kyrielle d’interrogations, le magistrat a aussi cherché à savoir auprès du prévenu si son rapport a été déterminant dans la conclusion de l’avenant qui fait l’objet de sa comparution. Le présumé complice de faux et usage de faux, d’atteinte aux biens publics a alors répondu que la mission recommande, mais ne conclut pas un avenant et que le rapport de celle-ci, dans le domaine militaire, n’est pas contraignant pour la hiérarchie.
Pour étayer ses propos, il dira que l’Armée est une institution hautement hiérarchisée et qu’une suggestion d’en bas de l’échelle ne peut pas être une décision sur la hiérarchie. « Le rapport n’est pas un compte-rendu des faits réels sur le site de Paramount. Il n’est pas une instruction à la hiérarchie », a-t-il affirmé avant d’ajouter qu’il a le sentiment d’avoir correctement effectué une mission militaire. « Dans la production du rapport, je n’avais aucune intention malveillante », a-t-il soutenu.
Alassane Cissouma
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