Un attroupement de clients devant une fabrique de glace
Lundi 11 mars, premier jour du Ramadan à Bamako. Le soleil s’éclipse, au
grand bonheur des fidèles épuisés par la forte chaleur. Sur les routes de la
capitale, le trafic se densifie au fur et à mesure que l’heure de la rupture
s’approche. Le désordre et le tintamarre sur nos routes, aux heures de
descente, sont bien connus des usagers. Mais un autre phénomène fait son
apparition avec le Ramadan, celui des attroupements autour des vendeurs de glace
dont certains n’hésitent pas à occuper les emprises des voies publiques. Et
pour leurs clients, la sécurité est le cadet des soucis : il faut avoir de la
glace, même au péril de sa vie.
Une trentaine de personnes sont rassemblées autour d’une seule personne
devant le Centre de santé communautaire (Cscom) de Sébénicoro, en Commune IV du
District. La jeune vendeuse Fatou n’a pourtant qu’un seul sac de 50 kg rempli
de glace. Insuffisant pour satisfaire la horde qui l’assaille. La marchande
tente, tant bien que mal, de garder le contrôle dans un tohu-bohu
indescriptible. Les insultes entre clients fusent, reléguant au second plan les
préceptes islamiques interdisant les comportements excessifs quand on est en
jeun. Grâce à sa témérité, Abou Keïta réussit finalement à avoir deux boules de
glace à 500 Fcfa. «Auparavant, je payais l’unité à 50 de Fcfa», dit ce chef de
famille qui a cherché en vain de la glace au centre-ville.
Seydou, lui, n’a pas eu la même chance qu’Abou. Il n’a pas eu une seule boule. Anxieux, le jeune enfourche sa moto et continue son chemin. «Avec cette chaleur, il sera vraiment difficile de faire la rupture sans glace. Mais on comprend qu’avec les coupures d’électricité, il est vraiment difficile pour les vendeuses de satisfaire la demande. Que Dieu nous fasse miséricorde», laisse-t-il entendre.
250 FCFA L’UNITÉ- La star du jour, Fatou, avait passé une commande auprès
d’un client depuis plus de trois jours pour obtenir ces glaces. «Mon client me
vend chaque unité à 150 Fcfa et je les revends ensuite à 250 Fcfa chacune.
Cette année, les vendeurs se plaignent du manque de glace à vendre en raison du
délestage. Beaucoup de mes fournisseurs ont arrêté cette année pour ne pas
subir de pertes», explique la vendeuse.
À Mamaribougou, un quartier situé dans la Commune du Mandé, nous assistons
au même scénario : deux personnes se disputent pour une boule glacée. Chacun
prétend être le premier à l’avoir prise et aucun des deux ne veut la céder à
l’autre. Ici aussi, cette boule blanche est vendue sans discussion au prix
unitaire de 200 Fcfa. À moins d’une demi-heure seulement, Sitan a pu écouler sa
marchandise. Sourire aux lèvres, elle s’apprête à aller chercher à se
ravitailler.
«C’est une première pour moi de venir vendre des glaces au bord de
la route principale (goudron). J’ai un réfrigérateur très rapide qui produit de
la glace en quelques heures. Mais je vis loin, mes clients ne peuvent donc pas
venir jusqu’à chez moi pour acheter de la glace», témoigne cette nouvelle
vendeuse qui utilise des panneaux solaires installés par son mari pour produire
des glaces.
Certaines personnes n’ont aucune préférence ni exigence quant à la qualité de la marchandise. Peu importe le degré de solidification ou de transformation de l’état liquide à l’état solide. Qu’il y ait juste la présence de glace dans le liquide afin de leur permettre de se rafraîchir durant quelques heures après avoir passé une longue journée de jeûne.
Fadi CISSE
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