Recyclage du textile : Les coupons font la bonne affaire

Dans les ateliers de couture, les morceaux de tissus sont utilisés pour confectionner des habits et d’autres objets comme les sacs à main. Un travail utilitaire qui permet d’éviter la pollution de notre environnement

Publié mardi 21 avril 2026 à 08:10
Recyclage du textile : Les coupons font la bonne affaire

L’industrie textile génère des quantités astronomiques de tissus en tout genre. Ces étoffes sont utilisées pour confectionner des habits pour la population. Mais comme toute activité industrielle ou artisanale, elle génère aussi des résidus qui posent de gros soucis de recyclage. De plus en plus, ces résidus ou chutes de tissus (donc des morceaux d’étoffes) qui traînent sous les pieds des tailleurs dans les ateliers de couture, retrouvent une utilité à travers le recyclage.

Le recyclage du textile s’impose aujourd’hui comme un enjeu crucial pour la protection de l’environnement. Après la confection de vêtements, les chutes de tissus, souvent considérées comme de simples déchets, possèdent pourtant un fort potentiel de revalorisation. Le recyclage consiste ainsi à récupérer, traiter et valoriser ces textiles usagés pour leur redonner une utilité concrète. Jeter ces coupons contribue à l’encombrement des décharges et peut aggraver les effets du changement climatique, à l’instar des plastiques qui polluent la nature.

Malgré cette réalité, de nombreux tailleurs ignorent encore que ces coupons peuvent être transformés plutôt que de finir dans les poubelles. Ba Sanogo, tailleur dans le quartier de Dravela Bolibana depuis une vingtaine d’années, souligne qu’une grande partie de ses coupons n’est pas recyclée. Si certains morceaux sont transformables, d’autres finissent au rebut, générant une pollution visuelle et physique qui pèse sur les artisans.

Avec cinq machines et plusieurs apprentis, son atelier produit une telle quantité de chutes que, lors des fêtes, il doit payer 1.000 Fcfa par sac de 50 kg pour s’en débarrasser. Bien que certains clients récupèrent leurs propres coupons, d’autres, qui venaient autrefois les acheter pour les transformer, se font rares. Pour éviter l’encombrement de son espace de travail, le couturier se voit souvent obligé de les jeter.

À Sirakoro Méguétana, Bourama Sanogo partage ce quotidien difficile. Devant sa table de coupe, un tissu Wax en main, il contemple les nombreux coupons éparpillés à ses pieds, issus de sa production journalière. Pour lui, l’unique issue reste la décharge, ce qui lui coûte environ 5.000 Fcfa par mois en frais d’enlèvement. Parfois, des enfants les récupèrent pour confectionner des habits de poupées.


Un pagne fait avec des chutes de divers tissus



Une nouvelle génération d’artisans mise sur l’économie circulaire. Mariam Coulibaly, récemment diplômée, a appris à transformer les coupons en coussins, chouchous pour cheveux ou vêtements de poupées. Sa technique consiste à utiliser un tissu en popeline comme matériau de base, qu’elle rembourre de chutes, puis de le recouvrir d’un tissu esthétique pour créer des oreillers très prisés par sa clientèle. Cette approche lui permet de réduire considérablement sa production de déchets.

DES TENUES «BAYE FALL»- Kadiatou Famanta, doyenne de 81 ans installée à Banankabougou, a fait de la collecte des coupons sa spécialité depuis 1973. Elle achète des sacs de tissus entre 3.000 et 5.000 Fcfa pour les trier par matière, comme le Wax ou le Basin. Grâce à son savoir-faire, elle confectionne des robes, des pagnes, des tenues «Baye Fall» (le nom d’une communauté religieuse du Sénégal), des culottes ou des chemises qu’elle revend entre 500 et 7.500 Fcfa. Pour elle, jeter ces coupons revient à saturer inutilement les dépôts de transit alors qu’ils représentent une ressource économique réelle.

Cette vision est partagée par Mme Koné Oumou Diop, directrice de la Maison de la femme, de l’enfant et de la famille de la rive gauche (Mafef-RG). Face à l’importante production de chutes de ses quatre salles de couture, elle a initié la transformation des déchets en oreillers. De plus, 15 jeunes filles y ont été formées pour fabriquer des sacs destinés au transport de condiments. Ces sacs lavables et durables permettent de se débarrasser des sachets plastiques et d’éviter des achats répétitifs. Ces coupons servent également à la confection de petites culottes pour bébés.

À l’échelle industrielle, la gestion des déchets devient un levier financier. Ibrahim Samaké de la Compagnie malienne des textiles (Comatex), explique que l’entreprise valorise presque tous ses rebuts: emballages, ferrailles, résidus de coton ou pièces usées. Cette gestion permet à la compagnie de réaliser un chiffre d’affaires annuel de plus de 50 millions de Fcfa. Les résidus de coton sont notamment transformés en engrais. Quant aux produits chimiques, ils subissent un traitement avec des agents destructifs avant d’être évacués vers le fleuve Niger. Selon Ibrahim Samaké, l’impact environnemental de ces déchets reste limité à 5% par rapport aux avantages qu’ils procurent.

Enfin, des initiatives innovantes comme celle de Issa Diakité, de l’entreprise Iso Sahel, utilisent les déchets textiles pour l’isolation thermique des bâtiments. Ce procédé favorise l’économie d’énergie et le confort thermique tout en créant des emplois locaux, puisque ce sont des femmes couturières qui collectent et vendent les tissus pour cette transformation. Ce matériau isolant, souvent ignifugé pour répondre aux normes de sécurité, démontre que le recyclage textile peut s’intégrer dans des secteurs techniques de pointe tout en protégeant l’environnement.

Fatoumata Mory SIDIBE

Lire aussi : Ziyara de feu imam Cheick Ousmane Haïdara Khalafo : La foi et la communion

La 33e édition de la ziyara commémorative du décès de feu l’Imam Cheick Ousmane Haïdara Khalafo à Hamdallaye s’est tenue samedi dernier. Cet événement a rassemblé de nombreux fidèles musulmans venus de Bamako et d’autres régions pour témoigner leur attachement à la mémoire de lâ€.

Lire aussi : Journée internationale des monuments et des sites : Un engagement clair pour la protection du patrimoine culturel

À l’occasion de la Journée internationale des monuments et des sites que consacre le 18 avril de chaque année, le Conseil international des monuments et des sites (Icomos), en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), a organisé.

Lire aussi : Gao : Le site du Tombeau des Askia rénové

La fondation de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine culturel dans les zones en conflit (ALIPH) a financé les travaux de réhabilitation du site du Tombeau des Askia. Ce projet a permis de renforcer l'état de conservation physique et améliorer les commodités d'usage de ce s.

Lire aussi : Mopti : Le comité régional consultatif de sécurité fait le point des activités de 2026

Le gouverneur de la Région de Mopti, le Général de brigade Daouda Dembélé, a présidé, jeudi 16 avril dans la salle de conférence du gouvernorat, les travaux de la première réunion ordinaire du Comité consultatif de sécurité (CCS)..

Lire aussi : Kayes : Le gouverneur Soumaré préside une réunion de commandement

Cette rencontre revêt une importance capitale pour le renforcement de la présence de l’État dans la Région.

Lire aussi : Recueil 2026 : Le CESEC à l’écoute de nos compatriotes établis en Chine

Une délégation du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), conduite par Yacouba Katilé, président de l’institution, séjourne en République populaire de Chine. Et ce, dans le cadre de la mission de collecte des attentes, des besoins et des problèmes de nos compatriot.

Les articles de l'auteur

Chambre des mines : Vers un nouveau cadre organisationnel

Le gouvernement de la Transition a dissous en janvier 2025 les organes de la Chambre des Mines du Mali marquant ainsi une volonté claire de refondation et de dynamisation de cette institution vitale pour l’économie nationale..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mercredi 18 mars 2026 à 08:21

Uemoa : Ouverture de la 11ème session de la revue annuelle des réformes, politiques, programmes et projets communautaires

La 11ème session de la revue annuelle des réformes, politiques, programmes et projets communautaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) au Mali se tient depuis hier dans un hôtel de Bamako..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié jeudi 26 février 2026 à 08:42

Pafeem : Des formateurs formés aux nouvelles techniques

La session de formation des formateurs consacrée aux techniques de facilitation de l’apprentissage organisée par le Projet de promotion de l’accès au financement, de l’entreprenariat et de l’emploi au Mali (Pafeem), sous l’égide du ministère de l’Économie et des Finances et en partenariat avec la Société financière internationale (SFI), a été clôturée, lundi dernier, dans les locaux du projet..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié vendredi 20 février 2026 à 08:38

Information géospatiale : Les acteurs se concertent sur le plan d’actions

Le Forum national d’appropriation du plan d’actions national pour une gestion intégrée de l’information géospatiale (Plan GIIG) se tient, depuis hier, dans un hôtel de Bamako. Objectif : renforcer l’adhésion de l’ensemble des parties prenantes (administration, secteur privé et société civile) au document..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mercredi 11 février 2026 à 08:48

Vocation d’enseigner : À l’épreuve des défis

Pour transmettre le goût d’enseigner, il est nécessaire de s’appesantir sur la formation rigoureuse des pédagogues et l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Mais la reprise en main par l’État de la souveraineté éducative est aussi une exigence.

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié lundi 05 janvier 2026 à 08:44

Billets de banque neufs : Un marché au rythme des cérémonies

Dans ce business, les cambistes n’ont pas d’état d’âme. Les commissions prélevées dans les échanges de vieux billets en précieux «craquants» peuvent aller de 10 à 20 %. Par exemple pour échanger 100.000 Fcfa, le client peut perdre jusqu’à 20.000 Fcfa.

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mercredi 31 décembre 2025 à 08:52

Secteur semencier : L’Assema lance un plan pour fédérer les énergies

L’Association semencière du Mali (Assema) a officiellement lancé, hier à la Maison de la femme (rive droite), son Plan stratégique de plaidoyer 2026-2030. L’événement a rassemblé les parties prenantes pour favoriser le réseautage et les informer sur cette stratégie afin qu’elles s’en approprient..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mardi 23 décembre 2025 à 08:20

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner