Il est admis par de nombreuses personnes que l'enseignement est un sacerdoce
La profession enseignante, loin de se réduire à un simple métier, est une vocation, un sacerdoce qui exige un engagement profond et multidimensionnel pour la construction de l’avenir. Pour le secrétaire général du Syndicat national des enseignants fonctionnaires des collectivités territoriales (SYNEFCT), Ousmane Almoudou, la vocation enseignante est un engagement profond qui exige de la pédagogie, de la didactique et, avant tout, de l’amour pour les enfants. Il insiste sur le fait que l’enseignant, en travaillant avec une «couche fragile» de la société, endosse une responsabilité plurielle.
Il est à la fois enseignant, instituteur et parent. Cette mission primaire est liée à la protection, la sécurité et la transmission des savoirs. Ousmane Almoudou pose un diagnostic approfondi de la crise actuelle de l’école malienne. Pour lui, c’est une crise qui remonte à des années avant avec la décision historique imposée par des bailleurs de fonds étrangers. Ceux-ci ont contraint l’État à mettre à la retraite anticipée un grand nombre d’enseignants.
Il affirme que cette politique a conduit au recrutement massif de personnes sans le profil requis, créant une situation où le tout-venant a été accepté comme enseignant vacataire parce qu’il fallait combler un vide laissé par le départ à la retraite anticipée d’une masse critique d’enseignants de formation.
Cette dilution de l’identité professionnelle a dévalorisé le métier. C’est ainsi que les enseignants ont été désignés comme la cinquième roue du carrosse. Ce qui a engendré un sentiment d’injustice. Pour faire face à ce «péril qui menace le pays», Ousmane Almoudou appelle à une formation de qualité pour que les enseignants puissent produire des produits compétitifs et faire face aux défis d’un monde globalisé.
Il souligne que la formation doit être ancrée dans les valeurs et les savoirs endogènes de notre pays tout en s’adaptant aux nouvelles technologies. Une autre solution cruciale est la souveraineté éducative, qui passe par la reprise en main par l’État des dépenses liées à l’éducation pour éviter l’influence des Organisations non gouvernementale (ONG) et des pays étrangers. Cela permettrait aux Maliens de «penser au Mali et d’agir malien». Enfin, il mentionne les progrès réalisés depuis le Pacte de stabilité de 2022 et l’importance d’anticiper les revendications syndicales pour éviter les grèves et préserver la qualité des enseignements.
ÉCOLES PRIVÉES-Alassane Touré, secrétaire aux revendications du bureau national des enseignants des écoles privées du Mali (Syleepma), définit la vocation de l’enseignant selon trois dimensions essentielles : morale, sociale et humaine. Pour lui, le formateur est un «bâtisseur d’une société», un guide, un modèle, dont le comportement, la rigueur et le sérieux doivent inspirer les apprenants.
La principale cause de la dépréciation de la vocation enseignante, selon lui, est liée au faible niveau des salaires et le manque de couverture sociale, en particulier dans le secteur privé. Cette précarité matérielle affecte directement le moral des enseignants. À ce propos, il reprend à son compte l’adage selon lequel : «On ne pense pas de la même manière dans un palais que dans une chaumière». Il déplore également la perte de prestige social et le manque de reconnaissance de la profession par les décideurs et la société, en général. Le syndicaliste souligne que les enseignants du privé se surpassent et se sacrifient pour leurs élèves, produisant d’ailleurs «les meilleurs élèves aux différents examens».
Pour renforcer la profession, il demande une reconnaissance formelle du secteur privé par l’État et l’établissement d’une convention collective pour structurer ce domaine et garantir de meilleures conditions de travail. Il invite également l’État à penser à ces «braves enseignants du privé».
Mariam Macalou, directrice d’école à la retraite avec 38 ans d’expérience, se souvient d’un temps où la mission des enseignants était de veiller à la réussite des enfants avec une bonne pédagogie. Elle dénonce la dévalorisation de l’école, notamment due à l’abandon de la méthode syllabique, qui a tout chamboulé. Elle exprime sa préoccupation face au manque de qualification de certains de ses anciens collègues qui avaient «de la peine à formuler des phrases». Elle mentionne aussi les classes surpeuplées et la diminution des châtiments corporels comme des facteurs qui ont affecté l’éducation.
Malgré ces difficultés, Mariam Macalou affirme qu’il existe toujours des enseignants consciencieux qui souhaitent ardemment former les futurs cadres du pays. Elle insiste sur la nécessité de former les enseignants et de leur offrir un salaire décent pour qu’ils puissent bien apprendre la pédagogie. Elle soutient que pour un renouveau, il faut une formation rigoureuse des enseignants, la nécessité d’améliorer les conditions matérielles des enseignants et la reprise en main par l’État de la souveraineté éducative. Ce par cet engagement collectif, insiste-t-elle, que la profession pourra retrouver le prestige qu’elle mérite et redevenir le pilier de la nation.
Fatoumata Mory SIDIBE
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