Vocation d’enseigner : À l’épreuve des défis

Pour transmettre le goût d’enseigner, il est nécessaire de s’appesantir sur la formation rigoureuse des pédagogues et l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Mais la reprise en main par l’État de la souveraineté éducative est aussi une exigence

Publié lundi 05 janvier 2026 à 08:44
Vocation d’enseigner : À l’épreuve des défis

Il est admis par de nombreuses personnes que l'enseignement est un sacerdoce

 

La profession enseignante, loin de se réduire à un simple métier, est une vocation, un sacerdoce qui exige un engagement profond et multidimensionnel pour la construction de l’avenir. Pour le secrétaire général du Syndicat national des enseignants fonctionnaires des collectivités territoriales (SYNEFCT), Ousmane Almoudou, la vocation enseignante est un engagement profond qui exige de la pédagogie, de la didactique et, avant tout, de l’amour pour les enfants. Il insiste sur le fait que l’enseignant, en travaillant avec une «couche fragile» de la société, endosse une responsabilité plurielle. 


 Il est à la fois enseignant, instituteur et parent. Cette mission primaire est liée à la protection, la sécurité et la transmission des savoirs. Ousmane Almoudou pose un diagnostic approfondi de la crise actuelle de l’école malienne. Pour lui, c’est une crise qui remonte à des années avant avec la décision historique imposée par des bailleurs de fonds étrangers. Ceux-ci ont contraint l’État à mettre à la retraite anticipée un grand nombre d’enseignants.

Il affirme que cette politique a conduit au recrutement massif de personnes sans le profil requis, créant une situation où le tout-venant a été accepté comme enseignant vacataire parce qu’il fallait combler un vide laissé par le départ à la retraite anticipée d’une masse critique d’enseignants de formation.

Cette dilution de l’identité professionnelle a dévalorisé le métier. C’est ainsi que les enseignants ont été désignés comme la cinquième roue du carrosse. Ce qui a engendré un sentiment d’injustice. Pour faire face à ce «péril qui menace le pays», Ousmane Almoudou appelle à une formation de qualité pour que les enseignants puissent produire des produits compétitifs et faire face aux défis d’un monde globalisé.

 Il souligne que la formation doit être ancrée dans les valeurs et les savoirs endogènes de notre pays tout en s’adaptant aux nouvelles technologies. Une autre solution cruciale est la souveraineté éducative, qui passe par la reprise en main par l’État des dépenses liées à l’éducation pour éviter l’influence des Organisations non gouvernementale (ONG) et des pays étrangers. Cela permettrait aux Maliens de «penser au Mali et d’agir malien». Enfin, il mentionne les progrès réalisés depuis le Pacte de stabilité de 2022 et l’importance d’anticiper les revendications syndicales pour éviter les grèves et préserver la qualité des enseignements.  

ÉCOLES PRIVÉES-Alassane Touré, secrétaire aux revendications du bureau national des enseignants des écoles privées du Mali (Syleepma), définit la vocation de l’enseignant selon trois dimensions essentielles : morale, sociale et humaine. Pour lui, le formateur est un «bâtisseur d’une société», un guide, un modèle, dont le comportement, la rigueur et le sérieux doivent inspirer les apprenants.

La principale cause de la dépréciation de la vocation enseignante, selon lui,  est liée au faible niveau des salaires et le manque de couverture sociale, en particulier dans le secteur privé. Cette précarité matérielle affecte directement le moral des enseignants. À ce propos, il reprend à son compte  l’adage selon lequel : «On ne pense pas de la même manière dans un palais que dans une chaumière». Il déplore également la perte de prestige social et le manque de reconnaissance de la profession par les décideurs et la société, en général. Le syndicaliste souligne que les enseignants du privé se surpassent et se sacrifient pour leurs élèves, produisant d’ailleurs «les meilleurs élèves aux différents examens».
  

Pour renforcer la profession, il demande une reconnaissance formelle du secteur privé par l’État et l’établissement d’une convention collective pour structurer ce domaine et garantir de meilleures conditions de travail. Il invite également l’État à penser à ces «braves enseignants du privé».  

Mariam Macalou, directrice d’école à la retraite avec 38 ans d’expérience, se souvient d’un temps où la mission des enseignants était de veiller à la réussite des enfants avec une bonne pédagogie. Elle dénonce la dévalorisation de l’école, notamment due à l’abandon de la méthode syllabique, qui a tout chamboulé.  Elle exprime sa préoccupation face au manque de qualification de certains de ses anciens collègues qui avaient «de la peine à formuler des phrases». Elle mentionne aussi les classes surpeuplées et la diminution des châtiments corporels comme des facteurs qui ont affecté l’éducation.  

Malgré ces difficultés, Mariam Macalou affirme qu’il existe toujours des enseignants consciencieux qui souhaitent ardemment former les futurs cadres du pays. Elle insiste sur la nécessité de former les enseignants et de leur offrir un salaire décent pour qu’ils puissent bien apprendre la pédagogie.  Elle soutient que pour un renouveau, il faut une  formation rigoureuse des enseignants, la nécessité d’améliorer les conditions matérielles des enseignants et la reprise en main par l’État de la souveraineté éducative. Ce par cet engagement collectif, insiste-t-elle, que la profession pourra retrouver le prestige qu’elle mérite et redevenir le pilier de la nation.

Fatoumata Mory SIDIBE

Lire aussi : Création de l’Office malien de substances précieuses : Le CNT donne son feu vert

Cette structure sera chargée notamment de constituer des réserves d'or et de promouvoir la transformation locale du métal jaune sur place.

Lire aussi : Semaine nationale de la sécurité routière : Offensive contre l’occupation anarchique des voies publiques

L’incivisme et l’indiscipline traduisent un manque de respect des règles de circulation et mettent directement en danger la vie des citoyens. Notre pays a enregistré en 2025 pas moins de 7.691 accidents corporels, causant 648 décès et 8.863 blessés.

Lire aussi : Lutte contre les stupéfiants : L’OCS et la société civile unissent leurs forces

Dans le cadre de la célébration du 26 juin, Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite des drogues, l’Office central des stupéfiants (OCS) a organisé, jeudi dernier dans ses locaux, une rencontre de prise de contact avec les structures impliquées dans la lutte contre les st.

Lire aussi : Financement du matériel roulant : Transporteurs et financiers à la recherche de solutions durables

Le transport routier constitue un pilier de l'économie malienne. Assurant près de 80% des échanges extérieurs et le désenclavement des territoires, il reste pourtant confronté à d'importantes difficultés de financement, notamment pour l'acquisition et le renouvellement du matériel roulant..

Lire aussi : Protection des données : L’APDP mise sur la formation pour bâtir la souveraineté numérique

La Faculté des Sciences administratives et politiques (FSAP) de l'Université Kurukanfuga de Bamako a servi de cadre, jeudi dernier, à une double cérémonie organisée par l'Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP) dans le cadre de son dixième anniversaire..

Lire aussi : Stratégie nationale des solutions durables : Le Mali mobilise ses forces pour redonner espoir aux déplacés

Face à l'ampleur des déplacements forcés, le gouvernement et ses partenaires entendent accélérer la mise en œuvre de réponses durables. Réunis à Bamako, les principaux acteurs nationaux et internationaux veulent renforcer leurs capacités et harmoniser leurs actions, afin d'offrir aux centa.

Les articles de l'auteur

Commande publique : 91 acteurs outillés sur la question

L’Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public (ARMDS) organise, depuis hier, deux sessions simultanées de formation d’initiation à l'intention des acteurs de la commande publique (autorités contractantes) du District de Bamako..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mardi 09 juin 2026 à 13:27

Commande publique : 91 acteurs outillés sur la question

L’Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public (ARMDS) organise, depuis hier, deux sessions simultanées de formation d’initiation à l'intention des acteurs de la commande publique (autorités contractantes) du District de Bamako. Portant sur les procédures nationales de passation, d’exécution, de contrôle et de règlement des marchés publics et des délégations de service public, ces sessions se tiendront sur cinq jours à l’École nationale d’administration (ENA)..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mardi 09 juin 2026 à 10:01

Jouets pour enfants : Un marché très lucratif

Pour satisfaire les mômes, les parents se plient volontiers à leurs caprices, ce qui fait le bonheur des vendeurs de ces objets de distraction.

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mercredi 22 avril 2026 à 08:08

Recyclage du textile : Les coupons font la bonne affaire

Dans les ateliers de couture, les morceaux de tissus sont utilisés pour confectionner des habits et d’autres objets comme les sacs à main. Un travail utilitaire qui permet d’éviter la pollution de notre environnement.

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mardi 21 avril 2026 à 08:10

Chambre des mines : Vers un nouveau cadre organisationnel

Le gouvernement de la Transition a dissous en janvier 2025 les organes de la Chambre des Mines du Mali marquant ainsi une volonté claire de refondation et de dynamisation de cette institution vitale pour l’économie nationale..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié mercredi 18 mars 2026 à 08:21

Uemoa : Ouverture de la 11ème session de la revue annuelle des réformes, politiques, programmes et projets communautaires

La 11ème session de la revue annuelle des réformes, politiques, programmes et projets communautaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) au Mali se tient depuis hier dans un hôtel de Bamako..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié jeudi 26 février 2026 à 08:42

Pafeem : Des formateurs formés aux nouvelles techniques

La session de formation des formateurs consacrée aux techniques de facilitation de l’apprentissage organisée par le Projet de promotion de l’accès au financement, de l’entreprenariat et de l’emploi au Mali (Pafeem), sous l’égide du ministère de l’Économie et des Finances et en partenariat avec la Société financière internationale (SFI), a été clôturée, lundi dernier, dans les locaux du projet..

Par Fatoumata Mory SIDIBE


Publié vendredi 20 février 2026 à 08:38

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner