Femmes dans les médias africains : La bataille silencieuse pour le pouvoir

Ces journalistes présentent les journaux télévisés, animent les grandes émissions, réalisent des reportages de terrain. Pourtant, derrière cette présence de plus en plus visible, les femmes restent en dehors des cercles de décisions dans les médias africains. Entre stéréotypes, plafonds de verre et quête de légitimité, leur combat se poursuit

Publié mercredi 10 juin 2026 à 09:13
Femmes dans les médias africains : La bataille silencieuse pour le pouvoir

Yolande Bodiong, promotrice d’un média au Cameroun

 

Sur les écrans, les voix féminines sont omniprésentes. Dans les salles de rédaction, elles sont nombreuses à traiter l'information. Mais lorsqu'il s'agit de diriger un groupe de presse, de piloter une rédaction ou d'influencer les grandes orientations éditoriales, on leur attribue les rôles de seconds couteaux. Ce paradoxe est frappant.

Les femmes occupent l'espace médiatique sans pour autant détenir une part équivalente du pouvoir médiatique. Cette réalité a été au cœur des discussions du panel «Femmes et médias : enjeux de la représentation et de la représentativité» organisé lors de la première édition du Forum panafricain des médias à Bamako (FOPAME). Une rencontre qui a permis de pousser la réflexion sur cette situation identique dans de nombreux pays africains. «La place ne se donne pas, elle se conquiert», a lancé la promotrice camerounaise Yolande Bodiong devant un parterre de professionnels venus de tout le continent. Derrière cette formule se cache une question fondamentale : pourquoi les femmes doivent-elles encore se battre davantage pour accéder aux mêmes responsabilités ?

 Dans les pays africains, les femmes ont progressivement investi le journalisme. Elles sont aujourd’hui reporters, présentatrices, chroniqueuses, techniciennes ou entrepreneures de médias. Mais dans plusieurs organes de presse, elles sont davantage associées aux contenus culturel, sociétal ou de divertissement tandis que les rubriques politique, économique ou les postes de direction sont le plus souvent réservés à la gent masculine. Ce déséquilibre ne relève pas du hasard. Il trouve ses racines dans des réalités sociales profondément ancrées.


 Les contraintes familiales pèsent encore lourdement sur les carrières féminines. Les horaires atypiques du métier, les déplacements fréquents et les responsabilités domestiques continuent de limiter les possibilités d'évolution de nombreuses professionnelles. À cela s'ajoute un phénomène plus insidieux: le doute permanent sur les compétences des femmes. Là où un homme est spontanément perçu comme légitime, une femme doit souvent démontrer davantage pour obtenir la même reconnaissance.

 

LE POIDS DES STÉRÉOTYPES- Les préjugés restent tenaces dans l'univers médiatique africain. Une femme ambitieuse est parfois jugée sévèrement. Une dirigeante affirmée peut être qualifiée d'autoritaire là où un homme sera considéré comme un leader. Ces perceptions influencent les recrutements, les promotions et l'accès aux responsabilités. Le numérique, souvent présenté comme un espace d'émancipation, n'a pas totalement changé la donne. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses journalistes africaines sont régulièrement confrontées au harcèlement, aux insultes et aux campagnes de dénigrement. Certaines deviennent même la cible d'attaques organisées dès lors qu'elles abordent des sujets sensibles.

Face à ces obstacles, un mot revient avec insistance: compétence. C'est le message défendu par Yolande Bodiong à Bamako. Pour elle, la véritable force des femmes réside dans leur capacité à maîtriser leur métier, à se former continuellement et à produire des résultats irréprochables. Cette vision tranche avec les approches fondées uniquement sur les quotas ou la discrimination positive. Elle appelle à construire une légitimité durable basée sur l'excellence professionnelle. Dans un environnement médiatique bouleversé par l'Intelligence artificielle, les plateformes numériques et les nouveaux modes de consommation de l'information, la maîtrise des outils et des compétences devient effectivement un facteur déterminant.

Le débat sur les femmes dans les médias dépasse cependant la seule question de l'égalité. Il touche également à la souveraineté narrative du continent. Comment raconter l'Afrique dans toute sa diversité lorsque la moitié de ses voix demeure sous-représentée dans les espaces de décision ? Comment construire des médias véritablement inclusifs sans une participation pleine et entière des femmes ? Le FOPAME a justement placé cette réflexion au cœur de ses travaux. L'ambition affichée est de bâtir une Afrique médiatique capable de produire ses propres récits, de défendre ses intérêts et de porter sa vision du monde. Dans cette bataille pour la souveraineté informationnelle, les femmes apparaissent comme des actrices incontournables.

L'enjeu n'est plus seulement d'augmenter le nombre de femmes dans les médias. Il est désormais de leur permettre d'accéder aux lieux où se décide l'information. La prochaine décennie dira si les médias africains parviennent à franchir ce cap. À Bamako, un message semble avoir fait consensus : l'Afrique ne pourra construire des médias forts, crédibles et souverains en laissant une partie de ses talents à la porte des responsabilités.

Mariam A. TRAORÉ

Lire aussi : Opération Dougoukoloko : Les FAMa détruisent de nombreuses bases terrorisées dans la région de Mopti

Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, poursuivent leurs opérations permanentes de surveillance, de contrôle et de sécurisation du territoire national dans le cadre de l'opération Dougoukoloko..

Lire aussi : Ministère de la Sécurité et de la Protection civile : Remise d’un important lot de véhicules neufs aux forces de sécurité

Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, a présidé ce vendredi 31 juillet la cérémonie de réception d’un important lot de véhicules destiné aux forces de sécurité. L'événement s'est déroulé devant la Direction générale .

Lire aussi : Journée panafricaine des femmes : La gent féminine mobilisée pour relever le défi de l’assainissement

Les associations féminines intervenant dans le secteur plaident pour un véritable encadrement de la collecte et l’évacuation des ordures, l’accord de crédits bancaires aux GIE et l’application immédiate des sanctions contre l’utilisation, la commercialisation et la production des sachet.

Lire aussi : ANPE : 77 % du plan de travail 2025 réalisé

Malgré un contexte économique difficile, l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) a exécuté 77 % de son Plan de travail annuel (PTA) 2025 au 31 décembre dernier. Le bilan a été présenté lors de la 52è session du Conseil d’administration, tenue jeudi dans les locaux de l’Agence, sous.

Lire aussi : CFP-Sénou : 1.940 jeunes déjà formés

Le Centre veut accélérer la cadence pour mieux répondre aux besoins du marché de l’emploi.

Lire aussi : FACEJ II : De jeunes entreprises prennent leur envol

À Kalaban Coura et Kalaban Coro, la ministre Oumou Sall Seck a pu mesurer les effets positifs et concrets de l’accompagnement du FACEJ II auprès de jeunes entrepreneurs engagés dans la création d’emplois et le développement de solutions innovantes.

Les articles de l'auteur

Subvention des intrants agricoles : Les producteurs au cœur du dispositif

En maintenant à 15.000 Fcfa le sac de 50 kg d’engrais subventionné, l’État veut donner aux producteurs les moyens de mieux préparer la campagne agricole 2026..

Par Mariam A. TRAORÉ


Publié jeudi 30 juillet 2026 à 09:26

Office du Niger : Le grand pari du renouveau

À l’horizon 2063, l’Office du Niger ambitionne de changer de dimension. Il ne s’agira plus seulement d’un vaste périmètre irrigué, mais d’une véritable puissance agro-industrielle capable de porter la souveraineté alimentaire du Mali et de rayonner dans la sous-région..

Par Mariam A. TRAORÉ


Publié jeudi 30 juillet 2026 à 09:23

Quand l’or servait comme unité de mesure

Imaginez un marchand akan, il y a plusieurs siècles. Au cœur d’un marché animé, quelque part entre les royaumes de l’Afrique de l’Ouest, il sort une petite balance. Dans sa main, quelques grains de poudre d’or. Pour les peser, il choisit un petit objet en bronze représentant un poisson-scie..

Par Mariam A. TRAORÉ


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 08:46

Paiement instantané : Le grand défi reste l’usage

Dix mois après son lancement, la plateforme régionale de paiement instantané (PI-SPI) affiche des chiffres qui impressionnent : 30 millions de personnes connectées, un million de transactions et 110 milliards de Fcfa échangés. Mais derrière cette progression se cache un paradoxe : le réseau s’élargit plus vite que les usages. Au Mali comme dans les autres pays de l’Uemoa, le véritable test commence désormais : faire du paiement instantané un réflexe du quotidien.

Par Mariam A. TRAORÉ


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 08:44

Politique monétaire de l’UMOA : La Bceao prend langue avec les journalistes économiques

Après deux jours de travaux, le séminaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à l’intention des journalistes économiques de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) s’est achevé sur une note de satisfaction. Les participants ont salué la qualité des échanges et des thèmes abordés tout en formulant des recommandations visant à renforcer la collaboration entre l’institution et les professionnels des médias.

Par Mariam A. TRAORÉ


Publié mardi 28 juillet 2026 à 09:52

COFEB : la 48è promotion du Master en Finance et Techniques Bancaires achève sa première phase de formation

Le Centre ouest-africain de formation et d’études bancaires de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a célébré, samedi 25 juillet 2026 à Dakar, la promotion du Master en Finance et Techniques Bancaires. Trente auditeurs des huit États de l’UEMOA ont reçu leurs attestations.

Par Mariam A. TRAORÉ


Publié lundi 27 juillet 2026 à 08:18

Musée de la Monnaie de la BCEAO : Une immersion entre mémoire et avenir

Dakar. Il est 14 heures lorsque les portes du Musée de la Monnaie de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) s’ouvrent devant notre groupe de journalistes. Dans le vaste hall d’accueil, le silence des lieux contraste avec l’effervescence de l’avenue Abdoulaye Fadiga, au cœur du quartier du Plateau..

Par Mariam A. TRAORÉ


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 11:45

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner