Sitan Samaké en est une
exception. Le style est rutilant, les doigts magiques, l’art du raffinement
chevillé au cœur, la jeune peintre en bâtiments âgée de 27 ans déborde
d’entrain. Elle a créé son entreprise : «Fany Décor», spécialisée
dans toutes les formes de peinture des bâtiments (huile, murale, décorative,
sol, bois), voire du staff.
Un jour de février dernier aux environs de 11 heures, la jeune femme était
en train de peindre un bâtiment R+1 à Niamakoro en Commune VI du District de
Bamako. Les passants pouvaient apercevoir l’ouvrière dans ses œuvres. Vêtue
d’un t-shirt noir et d’un pantalon gris, tacheté de peinture, la jeune femme
hurle des ordres à ses employés (hommes et femmes) et tient au travail bien
fait de son entreprise. Elle supervise les travaux et de temps en temps retire
un rouleau à peinture à l’un des apprentis pour le plonger elle-même dans seau
de peinture et partage son habilité à badigeonner un mur. «Tu montes sur l’échelle pour peindre cette
partie», ordonne-t-elle à une autre personne.
Sitan Samaké s’est lancée dans cette activité en 2016 après deux échecs au
baccalauréat. «J’ai appris le métier avec un peintre qui était l’ami de mon
oncle. En tant qu’aînée de ma fratrie, je ne voulais pas rester à me tourner
les pouces», explique-t-elle. Selon l’entrepreneure, le travail de peintre est
difficile. C’est harassant et ça demande beaucoup de courage. «Dans mon équipe,
j’avais initié une cohorte de jeunes filles qui ont fini pour la plupart par
abandonner. Maintenant, il ne reste au sein de l’équipe que trois jeunes dames
qui sont mes amies.
J’encourage celles-ci à rester travailler avec moi»,
déclare la femme peintre. Elle dénonce aussi le fait qu’une certaine clientèle
par méfiance à l’égard de la femme est souvent réticente à lui confier un tel
travail. Sitan Samaké explique
clairement qu’à ses débuts, les clients ne sollicitaient pas son entreprise.
«Seulement ceux qui me connaissaient me donnaient de petits marchés à
exécuter». Aujourd’hui, elle arrive à s’imposer par la qualité de ses
prestations et ses publications sur ses plateformes numériques attirent aussi
les internautes et donc une bonne clientèle.
La femme peintre en bâtiment affirme que le fait d’être autonome économiquement protège de beaucoup de vices. «Tu as la possibilité de subvenir à tes propres besoins sans tendre la sébile à la famille ou aux amis. Quand tu travailles, tu gagnes ta vie», insiste-t-elle. Elle invite la gent féminine à se décomplexer pour entreprendre des activités génératrices de revenus et ne pas compter sur l’argent des hommes. Surtout, souligne-t-elle, sans tenir compte de la pesanteur sociale ou du regard des autres. Elle a eu une philosophie toute faite. Pour elle, l’essentiel, c’est de gagner sa vie honnêtement à la sueur de son front.
Djénéba KASSOGUE
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