Port du casque : Peu de motocyclistes s’en accommodent

Face à cette situation, usagers, commerçants et syndicats proposent des solutions. Certains prônent l’intensification des activités d’information et de sensibilisation des usagers pendant que d’autres suggèrent que l’État fasse en sorte qu’aucune moto ne soit vendue sans casque

Publié mercredi 01 février 2023 à 07:18
Port du casque : Peu de motocyclistes s’en accommodent

Sur le marché, le prix du casque varie entre 7.500 et 15.000 Fcfa, voire 60.000 Fcfa  pour les grosses motos et selon la qualité

 

 

Ils sont encore nombreux à s’accommoder mal du port du casque, pourtant exigé par les textes pour tout utilisateur (conducteur et passager) d’engins à deux ou trois roues. En annonçant la mise en œuvre effective des dispositions portant port obligatoire du casque, à partir du 1er janvier 2023, la ministère des Transports et des Infrastructures espérait un changement de comportement. Une vaste campagne de sensibilisation a été déployée à cet effet par le département, à travers l’Agence nationale de la sécurité routière (Anaser). Des casques de protection ont même été gratuitement distribués.

Ainsi, des usagers ont effectivement adopté le port du casque. Leurs motivations sont diverses : certains, par peur de s’exposer à la rigueur de la loi ; et d’autres, parce qu’ils ont tout simplement compris que cela y va de leur survie en cas de choc. Difficile d’évaluer l’impact de cette campagne et autres actions menées. Nos tentatives auprès de l’Anaser, pour être éclairés sur le sujet, ont été infructueuses.

Globalement, dans la circulation, un constat s’impose : les motocyclistes et les passagers qui ne portent pas de casque sont plus nombreux que ceux qui observent cette mesure de protection. Plusieurs facteurs favoriseraient cette réticence au port du casque. Fousseyni Kouma, motocycliste, trouve la période inappropriée en raison de la cherté de la vie. Aussi, évoque-t-il, le déficit de communication. Lassine, lui, pense que la campagne de sensibilisation n’a pas été d’une grande envergure. Raison pour laquelle, soutient-il, les usagers n’ont pas totalement adhéré au projet.

Tous les deux reconnaissent que la campagne de sensibilisation de l’Anaser a néanmoins encouragé certains motocyclistes à porter le casque. Pour réussir davantage cette mission, la plupart de nos concitoyens estiment que l’on devrait conditionner l’accès à certaines infrastructures et documents au port du casque. Par exemple, Fousseyni Kouma propose que l’obtention de la vignette des motos en soit conditionnée. Et pour Lassine, les autorités doivent plutôt mettre en place des accords avec les grossistes et les revendeurs afin de rendre les casques plus accessibles.

Rachel Diarra a une autre grille de lecture. En effet, l’étudiante en communication estime que le gouvernement n’a pas joué son rôle comme il le fallait, «parce qu’à la dernière minute, il a levé la mesure contraignant les motocyclistes à porter le casque». Elle est convaincue que ce revirement est à l’origine de la faible adhésion des usagers à la règle.

 

NÉCESSAIRE IMPLICATION DES SYNDICATS- Le président du Syndicat national des motos-taxis (Synamota), Adama Traoré, se réjouit du fait que les autorités aient opté pour la sensibilisation en vue d’atteindre leurs objectifs. Selon lui, c’est la manière la plus appropriée pour faire adhérer tout le monde à l’idée du port du casque. Par ailleurs, le syndicaliste déplore que son syndicat n’ait pas été associé à cette campagne. «Nous avons tenu une réunion à la mairie du District de Bamako avec pratiquement tous les acteurs, y compris l’Anaser. Après cette réunion, d’autres rencontres étaient prévues avant janvier. Malheureusement, aucune autre rencontre n’a suivi», explique-t-il. Et d’ajouter que les canaux utilisés pour cette campagne de sensibilisation ne concernaient pas les conducteurs de moto-taxi.

«C’est dans les médias et sur les réseaux sociaux que l’Anaser a fait les campagnes de sensibilisation et, quelquefois, dans des lieux publics. Ainsi, au sein des conducteurs de moto-taxi, la campagne sur le port du casque n’a pas eu un grand impact bien que la plupart d’entre eux ont des casques», souligne Adama Traoré qui invite l’Anaser à prolonger la campagne et faire en sorte que tous les syndicats des conducteurs de moto-taxi adhèrent à l’opération. «Aujourd’hui, il y a beaucoup de syndicats nationaux des motos-taxis. Nous travaillons tous ensemble. Si on avait été associé, l’information serait plus accessible aux cibles», déclare le syndicaliste.

Si le port du casque peine à s’imposer dans le trafic routier, les points de vente ne connaissent pas non plus d’affluence. Du côté des marchands de casques, les stocks s’écoulent timidement. Alors qu’ils attendaient réaliser de bons chiffres d’affaires, suite à l’annonce faite par les services en charge de la question du port de casque. Sur le marché, le prix du casque varie entre 7.500 et 15.000 Fcfa, voire 60.000 Fcfa pour les grosses motos et selon la qualité.

«Au moment de l’annonce de cette décision, on recevait quelques clients. Mais après, le marché est devenu très timide depuis que la ministre des Transport et des Infrastructures a annoncé que c’était juste une campagne de sensibilisation», se désole Aboubacar Konté, un vendeur de casques installé près du ministère de l’Éducation nationale. Selon lui, les autorités ne devraient pas revenir sur leurs décisions. Pour lui, le motocycliste doit s’imposer le port du casque puisque cela le protège contre la poussière et le traumatisme crânien en cas s’accident de circulation.

Abondant dans le même sens, Salif Diankoumba, vendeur grossiste de casques au Grand marché de Bamako, assure que le prix du casque n’a connu aucun changement. «Depuis l’annonce de la décision sur le port obligatoire du casque, les gens viennent acheter mais pas comme nous l’espérions. On ne reçoit que nos clients ordinaires, ces mêmes revendeurs que l’on voit aux abords des routes», indique ce marchand qui évolue dans le domaine depuis plus de 7 ans. Il soutient que les autorités devraient maintenir leur décision exigeant le port du casque, tout en continuant la sensibilisation. Il propose que l’État fasse en sorte qu’aucune moto ne soit vendue sans casque, ce qui rendrait cet équipement vital plus accessible pour les usagers.

Amadou GUEGUERE

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