Réforme foncière : Vers un accès plus facile à la propriété

Le décret du 24 janvier 2025 fixant les prix de cession et les redevances des terrains publics à usage commercial, industriel, artisanal, scolaire, de bureau et d’habitation est reconnu comme une avancée. Mais, des appréhensions demeurent sur les éventuelles spéculations des particuliers dont les terrains restent soumis à la loi du marché

Publié mercredi 19 février 2025 à 07:47
Réforme foncière : Vers un accès plus facile à la propriété

Au Mali, la question foncière est une source de tensions et de préoccupations constantes. Entre spéculation et difficultés d’accès, l’acquisition de terrains reste un casse-tête pour de nombreux citoyens. Pour pallier cette situation, le gouvernement a pris plusieurs initiatives visant à assainir et à réguler le secteur. L’une des plus récentes est l’adoption du Décret N°2025-0028/PT-RM du 24 janvier 2025, fixant les prix de cession et les redevances des terrains publics à usage commercial, industriel, artisanal, scolaire, de bureau et d’habitation.


 Cette réforme s’inscrit dans une volonté de rendre le foncier plus accessible et mieux encadré. Toutefois, il est essentiel de distinguer ces terrains publics des terrains privés appartenant à des particuliers, qui restent soumis aux lois du marché. En d’autres termes, si l’État impose un cadre tarifaire pour ses propres terrains, les propriétaires privés restent libres de vendre leurs biens au prix du marché. Cette mesure est perçue comme une avancée majeure dans l’amélioration de la gestion des parcelles. C’est l’avis de nombreuses personnes qui espèrent une application stricte de la décision.

Pour Seydou Coulibaly, commerçant, avec l’application stricte de cette loi, les choses iront mieux pour la population. Mais, il soutient que les prédateurs ont toujours les moyens de contourner la loi. Il estime que la réglementation des prix est une bonne initiative, mais il reste sceptique face aux pratiques bien ancrées de contournement des lois. «Si les autorités ne veillent pas à une application rigoureuse et transparente, ce décret risque d’être détourné au profit d’une minorité influente», prévient le commerçant.  Son avis est partagé par Oumar Sacko. Ce jeune entrepreneur insiste sur la nécessité d’un suivi strict pour éviter que le favoritisme et la corruption ne viennent compromettre les objectifs du décret. «Sur le papier, c’est une très bonne mesure, mais il faut voir comment elle sera appliquée dans la réalité», renchérit-il.

 Le ministre chargé de l'Urbanisme, Imirane Abdoulaye Touré

Selon Ismael S. Maïga, agent immobilier, la principale difficulté dans l’acquisition foncière ne réside pas uniquement dans les coûts élevés, mais aussi dans des problèmes structurels comme la double attribution des parcelles. Toutefois, il estime que ce décret constitue une avancée, car dit-t-il, les coûts sont à la portée des citoyens, rendant ainsi la propriété foncière plus accessible à une plus grande partie de la population.

De son côté, le directeur général des domaines et du cadastre par intérim, Aliou Touré, tient à lever certaines ambiguïtés concernant les concessions urbaines d’habitation, les anciennes lettres d’attribution et les permis d’occuper. Il précise que ces documents n’accordent qu’un droit d’usage et de jouissance. «Si quelqu’un veut être propriétaire, il doit transformer ces documents en titre foncier», souligne-t-il. 

 

TITRES FONCIERS- Ce décret s’inscrit dans la nouvelle loi domaniale et foncière, qui ne reconnaît désormais que le titre foncier comme document officiel de propriété. Pour permettre à un plus grand nombre de Maliens d’accéder à la propriété, les autorités ont décidé de baisser les prix de cession des terrains. Cependant, Aliou Touré précise que ces prix varient en fonction de plusieurs critères : la superficie, la localité et la vocation du terrain (habitat, commercial, industriel). «Nous avons constaté qu’il y avait trop de titres provisoires en circulation.


Les détenteurs avaient uniquement des droits de jouissance, sans être réellement propriétaires. Cela va faciliter l’accès à la propriété aux Maliens», explique-t-il, avant d’annoncer que des textes complémentaires seront bientôt adoptés afin d’éviter la spéculation et d’assurer un accès équitable au foncier. 
Le responsable intérimaire des domaines et du cadastre insiste sur le respect des plans d’urbanisme sectoriels, qui définissent la vocation des parcelles. «Ceux qui ne respectent pas ces règles s’exposent à des sanctions», avertit-il.


Le directeur général par intérim rappelle que les domaines publics sont inaliénables et insaisissables. «Ils appartiennent à la collectivité et ne peuvent être vendus», explique-t-il. En revanche, les terrains classés dans le domaine privé de l’État peuvent être cédés à des particuliers ou des entreprises. Aliou Touré distingue deux formes de baux permettant d’utiliser des terrains appartenant à l’État à savoir le bail emphytéotique et celui avec promesse de vente. Ce dernier, explique-t-il, consiste pour l’État de mettre une parcelle en location moyennant des redevances.


«Le locataire à l’obligation durant un certain délai de mettre en valeur le terrain selon un plan validé par les services compétents. Une fois cette obligation remplie, il peut en demander l’acquisition», détaille-t-il. Le bail emphytéotique est de très longue durée avec un loyer modéré. «En ce qui concerne ce cas, l’État ne cède pas la parcelle, mais permet au locataire d’exploiter le terrain. Ce dernier peut même hypothéquer les investissements réalisés sur la parcelle», poursuit-il. 
Cette réforme marque ainsi une étape clé dans la modernisation du foncier afin de garantir un accès plus équitable à la propriété et à renforcer la sécurité foncière des citoyens.

Amadou GUEGUERE

Lire aussi : Supposée libération de terroristes : La DIRPA dénonce une pure manipulation

Acculés par la pression militaire exercée par les Forces armées maliennes (FAMa), les groupes armés terroristes et leurs parrains se rabattent désormais sur le terrain médiatique pour tenter de déstabiliser notre pays. Cette dénonciation a été faite par le patron de la Direction de l’inf.

Lire aussi : Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme: Le rapport annuel d’activités 2025 remis au Garde des Sceaux

Les deux tomes du rapportLe rapport annuel d’activités 2025 constitue un document monumental de 1.087 pages, structuré en deux volumes distincts avec un premier tome de 381 pages consacré aux services centraux et un second tome de 706 pages dédié aux juridictions nationales..

Lire aussi : Un choc exogène lié aux tensions géopolitiques

La hausse des prix du carburant au Mali, observée il y a quelques jours, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes au sein de la population..

Lire aussi : À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon.

Lire aussi : Il y a 30 ans, la Flamme de la Paix à Tombouctou

Par décision N° 96-06 /PM du 26 Février 1996, il a été crée une Commission nationale d’organisation de la cérémonie «Flamme de la Paix» présidée par SEM Dioncounda Traoré, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration afri.

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Entre héritage des martyrs de 1991 et refondation de l’Etat

Trente-cinq ans après les évènements historiques de mars 1991, le Mali ne se contente plus de commémorer. Il s'interroge. À l'heure où la Transition place la souveraineté au cœur de l'action publique, la question de l'héritage des martyrs de la démocratie revêt une dimension nouvelle.

Les articles de l'auteur

Énergie : Le ministre Traoré à l’écoute des agents de EDM-SA

Nouvellement nommé, le ministre de l’Énergie et de l’Eau poursuit ses prises de contact avec les structures relevant de son département. C’est dans ce cadre qu’il s’est rendu, mercredi dernier, à la direction générale de l’Énergie du Mali (EDM-SA), pour échanger avec les responsables de la société sur les enjeux du secteur énergétique et les efforts en cours pour améliorer la fourniture d’électricité aux populations..

Par Amadou GUEGUERE


Publié vendredi 27 mars 2026 à 08:55

Start-up au Mali : L’accompagnement des incubateurs, un levier pour les jeunes

Des initiatives existent, portées aussi bien par les pouvoirs publics que par les structures d’appui à l’entrepreneuriat. Toutefois, ces efforts demeurent insuffisants pour soutenir pleinement l’innovation.

Par Amadou GUEGUERE


Publié mercredi 25 mars 2026 à 08:51

Accès au financement : Le CNPM mobilise banques et entreprises

C’était à la faveur de la 1ère édition de la Journée des solutions de financement dédiées au secteur privé. L’initiative est du Conseil national du patronat du Mali (CNPM).

Par Amadou GUEGUERE


Publié mercredi 25 mars 2026 à 08:44

Approvisionnement en carburant : plus de 500 citernes réceptionnées, les autorités rassurent

Plus de 500 camions citernes chargés d’hydrocarbures ont été réceptionnés, ce vendredi 13 mars 2026, à l’Office malien des produits pétroliers (Omap). Cette opération vise à renforcer la disponibilité du carburant et à stabiliser l’approvisionnement du marché national, dans un contexte marqué ces derniers jours par une forte affluence dans les stations-service..

Par Amadou GUEGUERE


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:43

Approvisionnement en carburant : Plus de 500 citernes réceptionnées, les autorités rassurent

Plus de 500 camions-citernes chargés d’hydrocarbures ont été réceptionnés ce vendredi 13 mars 2026 à l’Office malien des produits pétroliers (Omap). Cette opération vise à renforcer la disponibilité du carburant et à stabiliser l’approvisionnement du marché national, dans un contexte marqué ces derniers jours par une forte affluence dans les stations-service..

Par Amadou GUEGUERE


Publié samedi 14 mars 2026 à 19:04

RN 27 Bamako-Koulikoro : Les travaux connaissent un léger retard

Les travaux d’aménagement et d’élargissement du tronçon urbain de la Route nationale 27 (RN 27), reliant Bamako à Koulikoro sur un linéaire de 9,420 km, affichent un taux d’exécution physique d’environ 26,25 % pour un délai consommé estimé à 66,11 %..

Par Amadou GUEGUERE


Publié mardi 03 mars 2026 à 08:19

Ramadan : la société CMM SA offre 12 tonnes de riz et 12 tonnes de sucre aux populations riveraines

Au-delà de ses activités industrielles, l’entreprise Ciments et Matériaux du Mali (CMM SA) perpétue sa tradition de solidarité à l’occasion du mois béni de Ramadan..

Par Amadou GUEGUERE


Publié mercredi 25 février 2026 à 08:55

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner