Cependant, ils font face à des défis qui ont pour noms : pertes de clients, cherté des matières premières et désintérêts pour les tissus traditionnels. Immersion dans un secteur jadis florissant. Acteur majeur de la préservation et de la valorisation des tissus traditionnels, le centre Ndomo de Ségou est une entreprise évoluant dans l’entreprenariat social. On y retrouve des artisans indépendants. Ils assurent ensemble la production de tissus.
Boubacar Doumbia, son fondateur souligne qu’avant la crise sécuritaire, son établissement accueillait des touristes venus de l’étranger. «Durant la saison touristique qui va d’octobre à février, le travail ne manquait pas et les commandes affluaient. Chaque artisan pouvait gagner sa part. Aujourd’hui, les touristes ne viennent plus et les Bamakois qui viennent se procurer nos tissus le font rarement à cause de l’insécurité et de la pénurie du carburant», explique-t-il. Soulignant que désormais, les artisans envoient leurs produits en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, en Suède, en France, aux États-Unis, au Japon et en Espagne.
Boubacar Doumbia trouve que cette période de vaches maigres ,temporaire. Il appelle ses collègues à la patience, les exhorte au travail malgré les conditions difficiles. Almoustapha Soumaré, un de ses artisans, cumule plus de 30 ans d’expérience dans le métier du textile. Il ne cache pas que le centre N’Domo traverse actuellement de grandes difficultés dues à la crise que traverse notre pays. L’absence de touristes a considérablement réduit les ventes. « Nos commandes étaient si nombreuses que les artisans du centre avaient parfois du mal à achever tout le travail » se souvient-il.
Il explique que le centre dispose de 25 travailleurs repartis en deux équipes de travail. L’une chargée de la décoration (tapis, tableaux, sous assiettes, couvre-lits et nappes) et l’autre dédiée au trempage. Cependant, l’engouement pour le basin et d’autres tissus contemporains entraîne une marginalisation des tenues traditionnelles. Pour couronner le tout, le manque de ressources financières freine l’achat de matériels indispensables au fonctionnement du centre.
Pour la décoration des tissus, les artisans du centre N’Domo emploient certaines plantes notamment le N’galama ou Bégou N’gnomo et chaque dessin à un sens spécifique. «On compte 19 symboles, que nos grands-mères utilisaient pour donner des conseils aux mariées afin de restaurer la paix dans les familles. La femme donnait à sa fille un bogolan comme cadeau de mariage pour lui assurer un foyer heureu », révèle Almoustapha Soumaré, rappelant que les artisans du centre participent chaque année à des foires internationales organisées au Sénégal et au Burkina Faso pour promouvoir et vendre leurs produits.
Amadou Diarra, artisan au village artisanal confectionne divers tissus pour ses clients. En plus de son propre travail, il intervient couramment pour aider ses collègues confrontés à des fils emmêlés ou à des machines défectueuses. «Certains fils à tisser coûtent cher. Lorsqu’ils se mélangent, il faut tout reprendre», a-t-il déploré. Amadou Diarra vend le mètre de tissu entre 2.000 et 4.000 Fcfa, selon le motif et la longueur. Il souligne que les touristes ne viennent désormais à Ségou qu’à l’occasion du Festival sur le Niger, où ils passent des commandes en ligne et les colis leur sont envoyés. Difficile alors de sortir la tête de l’eau par les temps qui courent.
Pour Yacouba Diarra, tisserand au village artisanal de Ségou, le marché n’est plus comme avant et cette situation a un impact financier considérable sur les artisans.
Quant à Awa, artisane, elle est persuadée qu’une plus grande valorisation de leurs créations à travers la publicité et la vente en ligne permettrait aux acteurs du secteur de vivre de leur art. Elle évolue dans le domaine depuis sa tendre enfance est capable de réaliser 10 à 15 mètres de tissus par jour. Awa Coulibaly estime que le métier nécessite l’apport de chaque partie du corps : les bras et les pieds qui sont constamment en mouvement.
Toutefois, elle se réjouit de l’arrivée de visiteurs sénégalais et burkinabè dans leurs ateliers. «Quand ils viennent, on gagne beaucoup. Mais une fois partis, tout redevient comme avant», affirme-t-elle. Déplorant la cherté des fils à tisser dont le prix varie entre 3.500 Fcfa et 4.500 Fcfa le paquet.
Cependant, elle assure pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.
Aminata PONA
Amap-Ségou
Rédaction Lessor
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